Mardi 21 février 2012 2 21 /02 /Fév /2012 14:24

     Les lecteurs de ce blog se rappellent peut-être d'une note où je faisais allusion au précédent roman de Sébastien Gendron, une variation burlesque puisant dans le potentiel nanardesque des films de James Bond, le héros éponyme des romans de Ian Fleming. Je m'étais beaucoup amusé à l'époque. Ils comprendront donc mon vif intérêt pour Quelque chose pour le Week-end, nouvel opus empreint de nonsense de l'auteur. Un livre dont le titre fait référence à une chanson du groupe The Divine Comedy, inspiration dont ne se cache pas Sébastien Gendron.

     Bref, l'ouvrage n'attendait plus qu'une ouverture pour atterrir sur ma table de chevet, chose qui s'est produite pas plus tard que la semaine dernière (fin de la séquence 3615 mylife).

     Passons le traditionnel exercice du résumé, guère pertinent ici pour restituer la dinguerie prévalant dans Quelque chose pour le Week-end. Contentons-nous de signaler que Sébastien Gendron se livre à un salutaire jeu de massacre, en trois parties, au sein d'une paisible communauté de ploucs du Yorkshire. Tout ceci par le truchement d'une cargaison de coke rejetée sur la plage par la mer et surtout avec le concours d'une colonie de pingouins.

     Chef de chantier bas de plafond, doyenne d'université refaite des pieds à la tête, concessionnaires crapuleux, retraité criminel, édile avide de pouvoir et toute une ribambelle de joyeux doux dingues, voilà quelques uns des ingrédients de cette satire virant en guerre civile, puis en révolution.

     Personnellement, je me suis follement amusé des scènes surréalistes et des moments de franc délire jalonnant le roman. Des morceaux de bravoure détaillés par l'auteur, sans jamais se départir de cette distanciation so british.

J'aurais juste un bémol à émettre : je trouve que Sébastien Gendron en garde encore sous le pied. Un petit quelque chose que je n'arrive pas à cerner.

 

     Au final, si vous n'avez rien de prévu pour ce week-end, vous savez ce qu'il vous reste à faire. Et si vous n'êtes pas encore convaincu, voici un petit teaser, histoire de se mettre en jambe.

Quelquechose.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelque chose pour le Week-end de Sébastien Gendron – Edition Baleine, novembre 2011

 

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Mercredi 15 février 2012 3 15 /02 /Fév /2012 16:50

     Le Mort-Homme. Plus qu’un mot, ce nom sonne comme un coup de canon dans la mémoire et la chair de nombreuses gueules cassées et autres mutilés de la Première Guerre mondiale. Mais en 2012, près de 100 ans après le début de la Der des der, que reste-t-il de ce passé douloureux ? Quelques clichés photographiques aux teintes sépias ne montrant pas grand chose de la réalité. Des témoignages écrits, faute de poilus pour les faire revivre. Moins de dix pages dans les manuels scolaires et une poignée d’heures dans le programme d’Histoire. Une multitude d'ouvrages historiques, des romans en pagaille, essentiellement de la littérature anti-militariste ou à la rigueur militariste. Et quelques titres insolites, borderline, au rang desquels on peut compter le thriller fantastique de Denis Bretin.

« On dit que les assassins reviennent toujours sur le lieu de leurs crimes, mais on ne parle jamais du fait que les assassinés, eux, ils risquent pas de revenir puisqu’ils en sont jamais partis. »

     Au commencement du roman de Denis Bretin, on trouve une histoire de gosses. Des sales gosses d’ailleurs et l’on pense immédiatement à d’autres histoires, du genre petites histoires. Dan Simmons, Stephen King, des écrivains mettant en scène cette jeunesse exubérante mais guère disciplinée. Becky est l'un de ces morveux, 12 ans à peine, adolescent aux hormones en bataille et fatalement cancre.

     Il a des excuses Becky. Il est la cible de la bande des durs de l’école qui ne souhaitent qu’une seule chose : lui pourrir la vie. Dernière trouvaille de ces petites canailles, l’attraper pour lui faire la bite au bitume car l’expression sonne bien à l’oreille.

     Enfant perdu, enfant abandonné, Becky a été élevé par son oncle, un immonde alcoolique pas piqué des « verres ». Le bougre use du petit sans vergogne pour alimenter un commerce illégal. Grâce à sa petite taille, Becky « la fouine » se faufile dans les anciens boyaux à demi effondrés du champ de bataille de Verdun. Il y récupère des munitions perdues et d’autres reliques monnayables sur le marché interlope des collectionneurs. Ainsi découvrons-nous le Mort-Homme, friche lugubre au passé chargé, dans laquelle l’existence de Becky va prendre un tour surnaturel et sanglant.

     Jusque là, tout va bien, si je peux dire. La pression monte progressivement. Les différentes éléments du décor se mettent en place et je goûte avec plaisir à l’atmosphère et au style imagé d’un récit raconté à la manière d’un enfant mûri avant l’âge. Puis, subitement l’histoire s’égare, dérape, court-circuitée par un épisode se déroulant dans une clinique gériatrique.

     Je m'explique.

     Suite à un accident dans les galeries du Mort-Homme, Becky reçoit des soins dans cet établissement. Il y fait la rencontre d’un inquiétant médecin, sorte de Mengele de la psychiatrie, et d’un jeune employé drogué aux jeux ultra-violents en réseau. On a alors l’impression qu’un second sujet vient parasiter le premier et l’on cherche le rapport entre les deux en espérant que l’auteur sait où il va. Rassurons-nous, le rapport existe, mais il est mince et le roman aurait gagné en efficacité, à mon avis, en éliminant cet aspect superflu pour se concentrer davantage sur le mécanisme de la possession, je vais y revenir, et sur un dénouement, hélas un peu bâclé.

     Revenons au récit. A sa sortie de la clinique, le quotidien de Becky lui retombe sur les épaules avec son fardeau de vacheries journalières. Cependant, le jeune garçon n’est plus le même. Il semble désormais possédé et couche sur le papier un témoignage qui lui échappe. Ceci est d’ailleurs l’occasion pour Denis Bretin de déplacer l’action de son texte pendant la Première Guerre mondiale. Sans doute un des meilleurs moments du roman. Néanmoins, une question reste entière : de qui Becky est-il le porte-parole ?

     La réponse apparaît d’autant plus vitale que les événements prennent rapidement un tour inquiétant, avec notamment la mort violente de plusieurs personnes dans l’entourage du gamin...

     Becky est-il réellement possédé ou tout simplement devenu l'objet d'une fureur homicide ?

     Ne tergiversons pas. Je ressors de ce roman avec une impression mitigée. Sans doute est-on plus exigeant avec les livres que l’on a apprécié. Toujours est-il que je suis au final insatisfait. Denis Bretin propose un texte assez composite en abordant à la fois les domaines du fantastique, de l’Histoire et du réalisme social. Pourquoi pas ? Je ne suis cependant pas convaincu par le liant qu'il a choisi. À vrai dire, l'intrigue m'est apparue un peu brouillonne, un peu comme si l'auteur n'avait pas su opérer un choix entre les différentes composantes de son histoire. Dommage car les personnages, les lieux et les atmosphères avaient du potentiel.

     Et si Le Mort-Hommene se lit pas sans déplaisir, il laisse aussi l’impression d’un roman écartelé entre plusieurs sujets au détriment de la cohérence de l’ensemble.

     Petite déception donc...

 

mort-homme

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Mort-Homme de Denis Bretin - Editions du Masque, octobre 2004

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Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 15:15

     Où l'on retrouve Rolo Diez et Mexico...

     Drôle de façon de commencer un article me dira-t-on. À ma décharge, j'avoue nourrir depuis quelques années une relation textuelle intense avec Rolo Diez. Le pas du tigre, L'effet tequila, Chats de gouttière et surtout Lune d'écarlate. Rarement je n'ai été déçu par le bonhomme.
     Bien sûr, ceci n'excuse en rien ces manières cavalières entachées de va-comme-je te pousse, de familiarité déplacée et autre infraction à la net-étiquette.
     Reprenons-nous !

     Né au Mexique de parents et grand-parents libanais, Kaluf appartient à la petite communauté musulmane de Mexico. Propriétaire d'une boulangerie prospère dans le quartier Florida, il brigue la présidence du centre social et culturel musulman de La Media Luna. Parfait citoyen lambda, il ne diffère guère de ses concitoyens, petits bourgeois n'aspirant qu'à la tranquillité et à la respectabilité.
     Certes, il a bien une maîtresse, épouse par ailleurs de son pire ennemi et adversaire aux élections. Un fait un tantinet gênant car on ne badine pas avec la moralité dans la communauté, surtout lorsque l'on traîne déjà une réputation de tiédeur religieuse. Heureusement, Kaluf compense tout cela par une réputation de gestionnaire économe et par un clientélisme de bon aloi. Et puis, tant que son incartade reste confidentielle, pas de quoi enflammer le minaret...
     Malheureusement, Kaluf a eu la malchance de revenir indemne de New York un certain 11 septembre 2001. Un des derniers vols avant la suspension du trafic aérien au-dessus des États-Unis. Il devient aussitôt le présumé coupable idéal d'un attentat avorté. Car Mexico bruisse de rumeurs alarmistes. Si l'on peut défier l'hyperpuissance américaine chez elle, plus aucun pays n'est à l'abri... Dans les différents services de police de la capitale, on commence à dresser les listes noires et on s'inquiète de ne pas avoir encore arrêté son terroriste.
     Parmi eux, Saldana compte bien tirer son épingle du jeu. Le bougre a le profil pour cela : il déteste les étrangers, en particulier les Arabes. Et puis, il espère ainsi échapper à la routine, les petits trafics, les enveloppes glissées en douce pour fermer les yeux sur les échanges illégaux du marché de Tepico. Mais surtout, il guigne en silence la proéminente poitrine de la secrétaire de son patron, espérant que la chicha lui accorde le repos du guerrier. 

Oscillant entre satire féroce et roman noir, Les 2001 Nuits dépeint l'atmosphère prévalant après les attentats du 11 septembre. Un cocktail détonnant fait de guerre contre le terrorisme, de chasse aux sorcières, le musulman remplaçant sans coup férir (si l'on peu dire) le rouge, de suspicion établie comme norme sociale, le tout accompagné par un climat délétère de corruption et de criminalité généralisées.


     Redoutable page-turner, Les 2001 Nuits brosse aussi toute une galerie de personnages caricaturaux, évoluant dans un système devenu absurde. C'est peut-être là le point faible du roman. À trop vouloir en rajouter, Rolo Diez rend son propos parfois grotesque. On peut en effet s'agacer de Saldana, superflic de pacotille, dont les préoccupations très terre-à-terre révèlent la nature bassement médiocre et malsaine. On peut juger abracadabrantes les coïncidences permettant à Kaluf de sauver sa peau.


     Fort heureusement, le rythme endiablé, l'humour railleur et l'inexorable mécanique de l'intrigue tendent à gommer ces impressions. Et, on se laisse emporter par les péripéties de l'histoire, ricanant des malheurs de Kaluf, sans arriver pour autant à se départir d'un vague sentiment d'inquiétude.

 

 

2001nuits

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les 2001 Nuits (Las dos mil y una noches, 2010) de Rolo Diez - Editions Payot, collection Rivages/Noir, 2010 (roman inédit traduit de l'espagnol [Argentine] par Alexandra Carrasco-Rahal)

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Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 14:41

     Continuons le massacre...

 

     Oyez ! Oyez !


     Voici la suite tant attendue de la Geste de Guillaume de Beaujeu, de son irrésistible et mâle ost. Après la Terre, c’est l’univers qui s’ouvre désormais à la détermination, à la témérité et à l’astuce de nos vertueux héros. Le bon droit est bien sûr de leur côté, même si dans l’ombre les fourbes chuchotent et complotent.

     Au terme de L’Empire du Baphomet, Guillaume, ses vassaux et ses alliés s'étaient libérés de l’emprise maléfique du Baphomet. Restait la menace de la planète forteresse Baphom, entièrement garnie de ces êtres démoniaques.
     Las, le combat doit donc reprendre incessamment, faute de quoi la doulce Terre risque de succomber, le berceau de la vraie foi se muant en sépulcre de la race humaine.
     Fort heureusement, malgré leur désarroi, les chevaliers du Christ disposent toujours du renfort de leur foi inébranlable. Ils jouissent également des pouvoirs psis de leurs alliés Thibétains, leur permettant d’anticiper les actes des fourbes créatures à face de Géhenne. Enfin, ils gardent dans leur arsenal un duplicopieur avec lequel ils comptent multiplier armes et nefs d’outre espace, comme un christ à la noce.

     Reste à régler quelques controverses religieuses. La croisade est-elle une action pieuse ? Les habitants des cieux sont-ils pourvus d'une âme ? Peut-on envisager leur évangélisation ? Ces interrogations méritent des réponses car elles engagent le salut de nos vertueux chevaliers. Assemblés en concile, les fiers croisés discourent longuement avant de mettre le dogme chrétien en accord avec la multitude étrange des nouveaux mondes. Halleluya ! Chantons le cantique des quantiques !!

     Bientôt, l’Ost s’élance à la conquête des cieux et, à force de ruse et de prouesses, s’empare des places fortes de l’ennemi. Au fil des combats, les rudes soldats se familiarisent avec leurs nouvelles armes – notamment les redoutables émetteurs de quarks, les mines vhortex et les dispositifs antiquarks – et s’émerveillent des races étrangères qu’ils rencontrent. Autant d’âmes à ramener dans le giron de la Vraie Foi. Autant de duchés, de comtés, de baronnies à se partager. Autant de belles autochtones à séduire et à prendre d’assaut, avec ou sans élan du cœur. 

     Las, les doutes assaillent le maître de l’ordre Guillaume. Dieu est son droit mais a-t-il tous les droits ?
     En outre, on murmure et complote dans son dos. Les Hospitaliers, la papauté s’apprêtent à le destituer. Les Thibétains font défaut. La crise de foi risque de se muer en crise du pouvoir.

     Et puis, Baphom apparaît en ligne de mire pour l’ultime assaut. Retranchés dans leur inexpugnable castel, repus de richesses et de vils plaisirs, les sybarites baphomets sont sur leur garde. Toutefois, ils ne sont déjà plus que l’ombre d’eux-mêmes, drogués par le rusé Marco Polo grimé en marchand extra-terrestre. Néanmoins, les immondes démons ont encore de la ressource. Ils ne comptent aucunement en rabattre.
     Dans un contexte apocalyptique, la fin de la croisade se profile sur un horizon irradié par la victoire totale de la Chrétienté et les quarks en goguette (Mâtin quel lyrisme !). Mais, je n’en dis davantage, ménageant la suspension de l'incrédulité...

     Montjoie Saint Denis ! Quelle lecture !

 

 

Croisadestellaire

 

 

 

 

 

 

Croisade stellaire de Pierre Barbet - Fleuve noir, collection Anticipation, 1974

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Mardi 24 janvier 2012 2 24 /01 /Jan /2012 15:52

     Un petit amuse-gueule, en attendant des choses plus consistantes...

 

     Après moult lectures dans d’autres domaines, l’étreinte de l’uchronie s’est à nouveau faite sentir. Vers quel roman porter mon choix ? Cruel supplice que celui-ci. Fort heureusement, dans sa grande miséricorde, la Providence a guidé naguère mes pas vers un ouvrage de Pierre Barbet.  Un modeste opus de 158 pages s'intitulant de manière fort grandiloquente L'empire du Baphomet.
     Baste ! Peut me chaut l’hideuse couverture de l’enlumineur Caza et le velin rendu velu par l’âge de l’ouvrage. Je me suis rué sur le susnommé roman et me suis rassasié de sa prose. Et comme je suis un prud’homme, laissez-moi vous narrer celle-ci.

     Au cours d’une chasse solitaire à la grosse bête, Hugues de Payn, modeste chevalier mais déjà ardent chrétien, est distrait par la chute d’un artefact igné. N’écoutant que son courage, le féal court sus à l’objet, faisant ainsi la rencontre d’un être à l’apparence démoniaque : le Baphomet. Incontinent, le démon lui propose un marché. Faire profiter Hugues de son savoir et de son art en échange d’une pitance quotidienne. Ah ah ! s’exclame Hugues, tout de suite intéressé. Et il échafaude ses plans pendant que l’idole déjeune. (j'honni qui a l’idée de mal penser !)
     Quelques années plus tard, l’ordre des Templiers, fondé par Hugues afin de défendre la Terre Sainte, dépêche sur place Guillaume de Beaujeu et quelques braves dans le dessein de sauver Saint-Jean-d’Acre. Dès son arrivée, l’ost hardi, convaincu du bien-fondé de sa mission, lève en ces lieux le ban et l'arrière-ban des forces chrétiennes pour porter le fer de la vraie foi dans le cœur perfide des idolâtres mahométans. Le Baphomet a confié à cette avant-garde du Christ, quelques grenades atomiques, histoire de faciliter sa tâche. Mais, c’est un jeu de dupes que se livrent Templiers et Baphomet. Les premiers ne souhaitent que s’affranchir de leur encombrant parrain, pendant que ce fils de drôlesse ourdit secrètement dans son antre l’asservissement de l’espèce humaine.
     Et comme si cela ne suffisait pas, Guillaume ambitionne d’utiliser les armes foudroyantes de l’entité afin de conquérir le monde pour son propre compte, quitte à affronter la puissance des multitudes du khan des khans, Qoubilaï.
Mordiou ! Voilà le début d’une épopée mémorable.

     Petit entracte narrant l’arrivée de la coalition à Bagdad.


« La cour de Bagdad n’avait certes pas usurpé sa réputation de faste, n’était-ce point dans cette cité que l’on tissait les plus belles soies du monde ? Les yeux éblouis, Templiers, Francs et Anglais ne savaient où donner du regard.
Quel contraste entre leurs armures ternies pas le sable, maculées de sang séché et le faste de ce palais des Mille et Une Nuits où satins, brocarts d’or, mousselines chatoyaient sous la lumière d’innombrables lampes à huile finement ciselées dans le cuivre.
Tous se sentaient un peu déplacés en un tel lieu.
La princesse, entourée de ses suivantes et de ses ministres, siégeait sur un trône d’or serti de pierres précieuses. Un léger voile lui masquait en partie le visage et elle portait une tunique violine arachnéenne. Dès qu’il eut contemplé son harmonieuse beauté, Jean de Grailly se senti subjugué. Pour lui, rien n’existait en dehors de cette déesse sortie d’un conte oriental.
Guillaume de Beaujeu, lui, n’était point sensible à ses charmes. Pourtant, lorsqu’elle se jeta à ses pieds, le conjurant de l’épargner, elle et les siens, il la releva d’un geste maternel, assurant :
Ma douce fille, j’aurais grand-honte de me conduire céans en brutal conquérant. Certes, il m’a fallu combattre et, hélas ! tuer le Khan Abaka, votre époux, mais je ne l’ai fait que dans le seul but d’imposer la vraie religion à laquelle vous appartenez. Vous conserverez le trône de Bagdad lorsque je serai parti plus loin poursuivre notre juste croisade. En attendant, je vous demande de nous considérer comme des hôtes et des amis loyaux.
La princesse sembla fort émue par ces paroles et des larmes ruisselaient sur son visage. A cette vue Jean de Grailly ne put se contenir, il se précipita vers elle, saisit respectueusement sa main parfumée de rose et la plaça sur sa tête, puis il s’écria :
Par le ciel, madame, moi Jean de Grailly, fais ici le serment solennel d’être à jamais votre chevalier servant. Si quelqu’un vous faisait affront, je suis prêt à lui rendre raison. »

     Que personne n’ait l’outrecuidance de penser que ce roman est une guieuserie banale sinon il pourrait lui en cuire. L’empire du Baphomet est juste une guieuserie historique. Ça ripaille, ça tripaille dans ce roman en V.O. médiévale. Les ribaudes y lutinent, même le prud’homme, comme des diablesses. Mais l’ost, dans sa mâle détermination, œuvre pour la plus grande gloire de Dieu. Les caparaçons rutilent, les chevaliers ferraillent bravement dans leur blanc harnois, écartant quasiment sans coup férir un ennemi de pacotille.
     Et on n’arrête pas de s’esbaudir à tour de page.

 

 

 

 

Baphomet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’empire du Baphomet de Pierre Barbet  - Fleuve noir, 1972 - Reedition J’ai Lu, 1977

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