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10 avril 2010 6 10 /04 /avril /2010 19:05

     Roman au titre imagé et improbable, que l'on pourrait restituer en français par une expression du genre « une couille dans le potage », Un Chien dans la soupe mérite bien son statut d'histoire barje et amusante. Encore qu'ici l'humour flirte très souvent avec le drame conférant à l'ensemble une tonalité touchante.

     De Stephen Dobyns, Jean-Bernard Pouy (que ces mânes parfument la brise printanière ad vitam aeternam) dit qu'il a écrit un roman hilarant, dérangeant et pourtant passé pratiquement inaperçu. La mention de ce titre n'est en tout cas pas tombée dans l'œil d'un sourd (je mélange les expressions si je veux), pour preuve cet article. Et c'est le moins que l'on puisse faire pour rendre hommage à un auteur qui, depuis, du moins dans l'Hexagone, a basculé du côté obscur du polar, à savoir le thriller (que personnellement je conchie).

     Mais, revenons à notre Chien dans la soupe. 
 

     Jeune homme sans véritable attrait, Michael Latchmer vit et travaille à New York. Débarqué de sa province depuis peu, il ne connaît pas grand monde, du moins en dehors de ses colocataires et collègues de bureau. Aussi, lorsqu'il est invité par Sarah Hugues, une jeune femme qu'il lorgne au club de culture physique, il nourrit quelques espoirs quant à son avenir sentimental. De cet argument de départ, somme toute classique, découle une histoire abracadabrante.

     En effet, la donzelle se révèle rapidement très dévergondée. Elle ne cesse d'asticoter Latchmer avec la main articulée, qu'elle porte en guise de prothèse sur son membre amputé, et lui chuchote des propositions indécentes entre deux portes. Rien de trop direct toutefois, car le couple n'est pas seul. Sarah habite dans un appartement en compagnie de sa vieille mère et de Jasper, un vieux chien à la robe rouge assez remarquable. Mais voilà, le chien meurt subitement et Latchmer se voit chargé de son cadavre avec pour mission de l'enterrer à la campagne. Autant dire une tache quasi impossible à réaliser en début de soirée en plein centre de New York. Débarqué sur le trottoir, les bras encombrés du clebs mort empaqueté dans un sac plastique, Latchmer cherche un taxi. Il hèle un véhicule dont le conducteur, un immigré haïtien, le convainc de vendre le cadavre. On est à New York, ici. Les gens achètent n'importe quoi dit-il. Et voilà Latchmer en route pour un périple nocturne baroque, le pied au plancher, avec maintes rencontres, moult révélations sur lui-même en perspective. 
 

     On n'en dira pas davantage sur une intrigue à la fois drolatique et dramatique qui envoie de surcroît valdinguer les convenances et se complait dans une tonalité absurde de bon aloi. De toute façon, on serait bien en mal de la résumer tant les épisodes saugrenus se succèdent avec nonchalance et naturel dans un crescendo « énaurme » pour aboutir à un dénouement qui en laissera plus d'un, la bouche béante.

     Que l'éventuel lecteur sache toutefois qu'au-delà de la dinguerie de l'histoire, Dobyns livre une satire irrésistible du conformisme américain, de son esprit faussement libéral, tous deux sources de nombreuses rancœurs, aigreurs et autres frustrations.

      Enfin, la virée nocturne de Latchmer fournit au jeune homme l'occasion de surmonter un sentiment de culpabilité tenace le hantant depuis son enfance. 

 

     Bref, vous comprendrez aisément en me lisant que je me suis bien amusé à lire ce roman. Et pourtant, j'ai horreur des chiens. 

 

 Le-chien-2.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un Chien dans la soupe (Cold Dog Soup, 1985) de Stephen Dobyns – Ed. Gallimard, coll. « La Noire », 1993 (roman traduit de l'anglais [Etats-Unis] par Philippe Rouard) - Réédition Folio « Policier »

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