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  • : Grand lecteur de romans noirs, de science-fiction et d'autres trucs bizarres qui me tombent sous la main
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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 18:42

     Retour au roman noir, ici d'obédience sociale, avec ce livre de Pascal Dessaint, un auteur que je découvre (bien qu'il me semble avoir lu jadis un Poulpe dut à sa plume). On l'a déjà dit et on le redit, le polar français souffre de nombreux défauts, notamment une propension à ressasser les mêmes motifs, vieilles lunes usées jusqu'à la trame, et à asséner les convictions politiques de l'auteur comme des vérités suprêmes.

     Pourtant, il me semble qu'il y ait des raisons d'espérer. Déjà, Les villas rouges d'Anne Secret me paraissait se détacher de ce militantisme en gros sabots, en brossant le portrait d'une jeune idéaliste embrigadée dans une action armée lorgnant davantage du côté de la pègre. Même si les personnages manquaient un tantinet d'épaisseur, Bien connu des services de police de Dominique Manotti, avec son écriture comportementaliste impeccable, dressait le constat d'une police nationale ayant perdu sa raison d'être, du fait de son instrumentalisation politique et de la culture du chiffre voulue par les instances supérieures. Et je ne parle pas de Thierry Marignac (son recueil paru chez Moisson rouge m'a donné envie de creuser son œuvre), DOA (très bon Citoyens clandestins), Antoine Chainas (qu'il faut que je lise rapidement), Abdel Hafed Benotman... Bref, voici des raisons d'espérer et de multiples pistes de lecture à suivre. Les derniers jours d'un homme me semble relever de ce roman noir français, tant par le sujet abordé – la liquidation de l'usine Métal Europ – que par son traitement, intimiste, pudique et politique, à l'opposé du militantisme bas de plafond.

 

     Roman à deux voix, père et fille, un intervalle d'une quinzaine d'années séparant les deux lignes narratives, Les derniers jours d'un homme restitue, d'une manière criante de vérité, le malaise du milieu ouvrier. Des gens fiers de leur travail mais en même temps conscients que leur outil de travail leur coûte leur santé et celle de leurs proches. Terrible dilemme qu'ils vivent au quotidien. L'usine conditionne leur existence. Elle leur donne la vie et les tue aussi sûrement. Pas d'autre horizon que le crassier et l'autoroute les isolant du reste du monde. Pour ces damnés de la terre, confinés dans un enfer accepté, intégré à leur existence, l'usine vaut mieux que l'inconnu. Pourtant, la pollution les environne.

     Dans le sol, dans l'air et dans ce qu'il mange ; quelques légumes cultivés dans leurs moments perdus. Cadmium, zinc et surtout plomb leur pourrissent la carcasse, générant des tarés et raccourcissant l'espérance de vie. On lave à grande eau la cour de l'école régulièrement. On enferme les enfants lorsque le vent est défavorable. Rien n'y fait. Pas un papillon ou un oiseau pour redonner l'espoir. Une poussière grise, omniprésente, recouvre sous sa chape les rêves d'avenir. Un mot n'ayant plus guère de sens depuis que l'usine a fermé, mise à l'encan par un patron voyou.

 

     Roman noir et social dans la meilleure acception du terme, Les derniers jours d'un homme témoigne beaucoup mieux que bien des documentaires de ce désarroi de la classe ouvrière. Usant d'une écriture simple et sincère, Pascal Dessaint n'oublie pas de nous narrer une histoire humaine, faite de non-dit, de lâcheté ordinaire, de bêtise, de générosité, de révolte et surtout de beaucoup de résignation. Et pendant que le système broie les hommes, ils continuent de broyer du noir, et de reprendre un verre, parce que c'est dur.

 

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Les derniers jours d'un homme de Pascal Dessaint – Éditions Rivages, février 2010

 

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