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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 09:18

     Voici sans doute le chef d’œuvre de Michel Pagel. Oui, je sais, cette entrée en matière paraît totalement partiale et subjective. J'assume, ne pouvant résister à afficher mon enthousiasme d’emblée. Pour en juger, veuillez lire ce qui suit...


     Michel Pagel aime l’Histoire. Cela tombe bien, Le roi d’août est un roman historique avec de vrais morceaux de fantastique dedans. L'argument de départ ressemble aux leçons que l’on faisait autrefois dans les écoles primaires sur ces souverains qui ont fait la France. Le roi, ici, c’est Philippe II, futur Auguste. Pour ceux qui ont oublié leur leçon d’Histoire, mais j’avoue que ce type d’Histoire n’est plus pratiqué de nos jours, voici un bref rappel.


     A la jonction du XIe et XIIe siècle, la France se réduit à un domaine royal étriqué, c’est-à-dire quelques fiefs autour de Paris. Le nouveau roi, couronné par précaution avant la mort de son père Louis VII faute d’une autorité suffisamment établie, doit composer avec de grands feudataires et des vassaux aux moeurs pour le moins sanguines. Flandre, Champagne et Artois se disputent le contrôle de son pouvoir naissant.

     De surcroît à l’Ouest, le royaume est flanqué d'un voisin encombrant : l’empire Plantagenêt dont le souverain Henri II doit l’hommage à la France pour ses terres continentales. Si le roi de France considère son voisin comme son parent, il n’est pas dupe de l’allégeance apparente d’un vassal bien plus puissant que lui.

     Malgré cette situation défavorable, le Capétien va pourtant imposer définitivement le règne de sa lignée, renforcer l’embryon de la monarchie française, se débarasser de l'empire Plantagenêt, associant son nom à la victoire de Bouvines.

     Voilà pour la leçon d’Histoire, revenons maintenant au roman.

 

     Ecrit par le roi Philippe II lui-même, Le Roi d'août se veut le récit romancé, par le petit bout de la lorgnette, de son règne. Rassurons immédiatement les lecteurs. Cette histoire est tout sauf une leçon édifiante et soporifique. En fait, ce que raconte Michel Pagel, par le biais du souverain français, est à tout point de vue passionnant et documenté. Ainsi, il ne nous épargne rien des mœurs, des liens féodaux et des luttes politiques de l’époque. Une page d’Histoire se dévoile, servie par un auteur nous régalant de moult détails qui contribuent à rendre vivantes et beaucoup moins épiques, les frasques des princes et souverains de l'époque.

     Pagel n'oublie cependant pas que l'on peut violer l'Histoire, à la condition de lui faire de beaux enfants. Il le fait ici par le biais du fantastique. Dès le début du roman, on découvre un épisode secret de la vie de Philippe II, ignoré, et pour cause, de toutes les chroniques de l'époque. Il éclaire ainsi d'un jour singulier l'ascendance du souverain et explique un certain nombre de croyances attachées à la personne royale en France.

     De cette révélation, le futur roi ressort définitivement marqué. Il doit désormais vivre avec cette connaissance. Une malédiction à ses yeux de chrétien. Elle influe sur ses actes, sur son règne, affecte ses relations avec son entourage, sa femme et sa propre conscience. Elle explique quelques bizarreries de son règne, l'Histoire étant à la fois une grande menteuse et taiseuse sur ce sujet et bien d'autres. Et le lecteur relit le règne du souverain à la lumière de cette révélation, la suspension de l'incrédulité stimulée par un sentiment de vraisemblance historique soigneusement entretenu par l'auteur.

 

     Au final, Le Roi d'août réussit la synthèse entre l'Histoire et le fantastique. Un syncrétisme que l'on retrouve aussi d'une autre manière chez Jean-Louis Fetjaine. Faudra que j'en parle, à l'occasion.

 

Roi-d-aout.jpg

 

 

 

 

Le Roi d'août de Michel Pagel - Réédition J'ai Lu, février 2005, avec la couverture de l'édition originale (que je préfère à celle de J'ai Lu)

 


 

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commentaires

dolarhyde 07/09/2012 22:55


Belle critique qui donne envie. Si je le vois passer je me le prends, et merci pour toutes ces découvertes ...


D.

yossarian 09/09/2012 18:43



Merci.


Je fais ce que je peux.



Cachou 31/08/2012 12:06


Chez moi, ce n'est pas une faiblesse coupable, je revendique cet amour haut et fort, m'en fous qu'ils ne soient pas appréciés par les universitaires, ils me touchent. L'Ophélie de Millais est un
de mes tableaux préférés, si pas LE préféré tout court. Chaque fois que je vais à Londres, je vais lui faire un petit coucou à la Tate ^_^.

Cachou 31/08/2012 09:14


Amusante la comparaison avec Fetjaine, parce que le premier truc que j'ai pensé, c'est qu'ils avaient opté pour le même peintre que celui souvent utilisé pour les couvertures de Fetjaine
(Waterhouse)...

yossarian 31/08/2012 11:59



Les anciennes couvertures de pocket. Pas les nouvelles... Heurk !


J'avoue une faiblesse coupable pour les préraphaélites.


Mais pour revenir à Fetjaine et Pagel, le premier historicise (barbarisme!) la mythologie alors que le second introduit du fantastique dans l'Histoire. Faudra que j'en reparle (et que je relise
mon Fetjaine qui date un peu...)