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  • : Grand lecteur de romans noirs, de science-fiction et d'autres trucs bizarres qui me tombent sous la main
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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 16:19

 

     À l'instar de Philip Kerr, Jonathan Rabb nous propose sa trilogie berlinoise. Premier volet d'une série consacrée à l'Allemagne de l'entre-deux-guerre, Rosa se poursuit avec L'homme intérieur et Le second fils. Manière pour l'auteur américain d'explorer l'Histoire allemande entre 1919 et 1936, avec comme guide l'inspecteur Nikolaï Hoffner. Un flic de la Kripo (Kriminal Polizei) désabusé et loin d'être exemplaire du point de vue personnel, ce qui n'est pas sans rappeler certains archétypes de la littérature policière et du roman noir.

     Cependant, même si la reconstitution historique m'est apparue crédible, je vais y revenir, je confesse que l'enquête ne m'a pas passionné énormément. Impression de déjà-lu sans réel plaisir de lecture. Jonathan Rabb use des ressorts et des codes du roman noir sans en maîtriser la rugosité, l'âpreté, bref tous les éléments contribuant à donner de la chair aux faits historiques, à les faire vivre en quelque sorte.

 

     On a souvent une vision tronquée de la république de Weimar et des circonstances présidant à sa mise en place. Écrasée entre la Grande guerre et la montée du nazisme, la période peine à exister. Au mieux, elle passe à la trappe. Au pire, elle apparaît entachée par les sous-entendus idéologiques, le tumulte des révolutions issues du bolchevisme n'arrangeant rien à l'affaire. Comme tout interrègne, l'année 1919 est un moment chaotique ouvert à toutes les aventures, à tous les espoirs, rarement réalisés...

     À l'instar de la nature, le pouvoir politique a horreur du vide, ne s'embarrassant guère de morale pour le combler. L'idéalisme et l'utopie ont tôt fait de trépasser sous les coups d'une real politik attachée au maintien des équilibres sociaux et des rapports de force.

 

     Avec Rosa, Rabb américain montre sa grande connaissance de la période sans se laisser aller à un didactisme pesant. On en attendait pas moins de la part d'un fils et petit-fils d'historiens ayant suivi des études en science politique.

     Situé immédiatement après la répression du mouvement spartakiste, le roman se focalise sur le contexte instable précédent la république de Weimar. On y découvre un pays gangréné par le nationalisme, en proie à l'agitation populaire, aux velléités autoritaires des corps francs et des autres organisations para-militaires pullulant à cette époque comme la vérole sur la bas clergé. Mais l'avenir de l'Allemagne ne se joue pas à ce niveau. Il se dessine en coulisse, entre industriels enrichit par la guerre et politiques manipulateurs. Entre intérêt bien compris et duplicité. Entre lutte des classes et prémisses du mysticisme nazi.

     Si le prénom de Rosa Luxembourg fournit son titre au roman, le personnage n'influe que par la bande sur le déroulement de l'intrigue. Puisant dans sa correspondance avec son amant Léo Jogiches, Jonathan Rabb dévoile la part intime de la passionaria du spartakisme, témoignant pour la femme une certaine sympathie. Pour le reste, l'histoire reste essentiellement criminelle.

     Reprenant les conventions et les codes du thriller politique, l'auteur américain met à profit les quelques mois s'écoulant entre la disparition de Rosa Luxembourg et la découverte de son cadavre flottant dans le Landwehrkanal, pour échafauder un énième récit de serial killer mâtiné de conspiration politique. L'ensemble est suffisamment bien fait pour maintenir l'intérêt, mais il manque ce supplément d'écriture faisant vivre littéralement une histoire. Le personnage de Nikolaï Hoffner avait le profil idéal pour fournir ce supplément. Il apparaît malheureusement terne, à l'image d'une ville de Berlin noyée dans la grisaille, cherchant l'inspiration pour dénouer les fils d'une enquête dont on saisit rapidement les enjeux.

 

     Au final, même si Jonathan Rabb maîtrise son sujet, je ne peux m'empêcher de trouver Rosa banal et terne. L'auteur fait son travail, de façon très appliqué, mais sans éclat notable. Dommage...

 

 

Rosa.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rosa de Jonathan Rabb – Éditions 10/18, collection « Grands détectives »

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