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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 15:43

NO FUTUR IN DREAMLAND

 

     À l'ombre des usines à gaz de l'édition ne prolifèrent pas que les herbes folles. Pour preuve, les nombreux romans dignes d'intérêt paraissant dans de petites structures indépendantes où il suffit de chercher pour trouver son bonheur.

Ce que je me suis empressé de faire avec les toutes jeunes éditions Asphalte dont la ligne éditoriale s'annonce alléchante.

« Publier des ouvrages ancrés à la fois dans la ville et dans le monde, à la frontière entre les genres. » dixit le site de l'éditeur.

 

     Fan de Kenneth Cook, dont on peut lire ici et tout le bien que j'en pense, mon choix s'est naturellement porté vers l'auteur australien du catalogue. De Mudrooroo, on dira juste qu'il a publié ce premier roman en 1965 sous le nom de Colin Johnson, identité délaissée pour un pseudo plus en accord avec ses convictions et ses origines aborigènes. Des origines prêtant à controverse en Australie, le bonhomme étant tout sauf paisible.

     Chat sauvage en chute libre comporte une bonne part autobiographique. Les maisons de redressement, la prison, la fréquentation des milieux bohèmes, c'est un peu toute la jeunesse de Mudrooroo. Il alimente le roman de son expérience personnelle, inoculant juste ce qu'il faut de fiction pour éviter le documentaire.

 

     Quid de l'histoire ? L'intrigue brille par sa simplicité et sa concision. On suit l'errance d'un jeune délinquant à peine sorti de prison où il vient de purger une longue peine. Retournera-t-il à l'ombre ? Le découpage du texte ne laisse planer aucun doute. Ce n'est pas le plus important, seul importe le cheminement intime et extérieur. Dans l'intervalle, le jeune homme s'interroge sur son avenir. Il est tenté de retrouver son ancienne bande de bodgies (les blousons noirs de l'époque),à user son fond de pantalon sur les tabourets du milk bar où il avait ses habitudes. Alignant les bières sur le comptoir tout en échafaudant des combines minables.

     Mais une rencontre fortuite sur la plage lui offre l'opportunité de fréquenter les étudiants blancs. Loin d'être complètement abruti, il a mis à profit ses années de prison pour accumuler des connaissances et réfléchir sur sa condition. De cette analyse, il tire une philosophie de vie qui s'inspire en grande partie de l'existentialisme, de Camus, de Beckett et du jazz.

 

« Toutes les choses sont éloignées de moi. Je suis rejeté et par essence parfaitement seul. Rien n'est moi ni ne m'appartient, et je n'ai pas ma place dans ce monde ni dans le suivant. »

 

     Roman nerveux et sans concession, Chat sauvage en chute libre impressionne par son style et son rythme. Porté par une narration fluide, on est immergé sans préambule dans le vécu d'un jeune desaxé. Marginal à plus d'un titre, il n'est pas nommé. Mudrooroo se garde bien d'entrer dans les détails. Il nous livre les informations sur son passé au compte-goutte, sous la forme de réminiscences. Une image, une parole, une situation suscitant un souvenir, un flash-back. Le procédé très cinématographique s'intègre parfaitement à la narration tendue, entrant en résonance avec le propos.

     Roman de combat, Chat sauvage en chute libre exprime l'âme noire d'un peuple enraciné dans sa terre au point de faire corps avec elle. Une volonté d'émancipation, une volonté d'être tout simplement imprègne chaque page. Mudrooroo dénonce tous les poncifs, il vilipende le désir mou de reconnaissance de la culture aborigène qui commence à tarauder les blancs radicaux à cette époque. Près de quarante-cinq ans plus tard, son propos reste plus que jamais d'actualité. Bien au contraire, il n'a pas pris une ride.

 

     Après Kenneth Cook, Mudrooroo rejoint illico mon best-of de la littérature des antipodes. M'est avis que je ne vais pas tarder à lire son autre roman paru en France.

 

p.s. : Le roman est accompagné d'une playlist composée par l'auteur lui-même. On peut l'écouter ici

 

 

  

chat.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

Chat sauvage en chute libre (Wild Cat Falling, 1965) de Mudrooroo aka Colin Johnson, Éditions Asphalte, 2010 – roman inédit traduit de l'anglais (australien) par Christian Séruzier

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