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5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 16:01

 livre-d-or-Spinrad.jpg    Auteur américain incontournable, Norman Spinrad est dit-on un talentueux nouvelliste. N'ayant jusqu'à présent lu que ses romans, j'ai décidé de combler mes lacunes. Après avoir mis la main sur les deux anthologies composées par Patrice Duvic, je me suis aussitôt lancé pour juger sur pièces. Bien m'en a pris car, mis à part quelques textes un tantinet décevants, j'ai jubilé comme rarement je l'ai fait en lisant des nouvelles, me délectant au passage avec quelques perles à porter au rang de chefs-d'œuvre de la S-F.

 

     Dans sa préface, Patrice Duvic insiste d'entrée sur la difficulté à définir l'œuvre de Norman Spinrad. Une difficulté au moins aussi grande que celle consistant à définir la S-F elle-même. Car une chose semble certaine à la lecture de ces deux recueils : la vertigineuse diversité d'inspiration, de ton, de style et de thèmes d'un auteur pour qui la speculative fiction « est la seule forme de littérature qui soit vraiment en prise avec notre époque, qui explore la réalité multiple dans laquelle nous vivons. »

 

     Enfant de la contre-culture, Spinrad considère la S-F comme un moyen d'élargir le champ de la conscience. À l'instar de la drogue, un des sujets de prédilection de l'auteur, le genre créé un effet esthétique et littéraire ouvrant les perspectives sur les infinies possibilités générées par l'esprit. Une conception allant de pair avec la notion d'entropie, de chaos, principe vital de l'évolution à ses yeux.

   

     Bref, voyons un peu ce que le sommaire de ces deux anthologies nous propose. Je m'excuse par avance du caractère lapidaire de mes commentaires.  

 

« Le dernier des Romani ». Sur le thème de l'éternel errant, du réprouvé, Spinrad met ici en scène un Rom, le dernier de son peuple, qui trouve son salut, sa patrie, dans l'espace. Ce texte, le premier de l'auteur, est intéressant sans être bouleversant. Toutefois, il augure bien du devenir de celui-ci.

« Subjectivité » Pour assouplir les effets de l'enfermement durant un long vol spatial, on drogue les membres de l'équipage. En proie à des visions psychédéliques, ceux-ci ne parviennent plus à faire la différence entre celles-ci et la réalité. J'avoue m'être beaucoup amusé en lisant cette nouvelle dont le dénouement ne gâche rien. Oh non !

« Les anges du cancer » Un excellent texte sur la rémission et le voyage intérieur doté de surcroît d'un dénouement grinçant du plus bel effet.

« Le dernier hurrah de la Horde d'Or » Franchement bof ! Ce texte mettant en scène Jerry Cornélius, le héros de Michael Moorcock, ne m'a pas frappé. Passons.

« Le grand flash » Rock et apocalypse nucléaire, deux thèmes permettant à Spinrad de déployer sa verve iconoclaste. Bravo !

« L'herbe du temps » Une construction impeccable pour un effet maximum. Alors là, je dis chef-d'œuvre ! Assertion non négociable.

« Continent perdu » Une ballade dans New York, après que les États-Unis aient perdu de leur superbe du fait de la sur-pollution, sert de prétexte à cette nouvelle au propos politique. J'ai beaucoup aimé ce texte qui m'a rappelé l'excellent « Chair à pavé ».

« Nulle part où aller » Je passe, n'ayant pas accroché à la chose...

« La beauté de la chose » Nouvelle ballade dans une cité de New York progressivement dépouillée de ses bâtiments et monuments emblématiques, tous vendus à de riches étrangers. Le texte offre l'opportunité de confronter la subjectivité américaine à celle d'une culture étrangère, ici nippone. J'ai bien aimé.

« Souvenir de famille » Ce texte est une parabole antimilitariste dotée d'un dénouement émouvant. Pas mal sans être bouleversant. J'ai lu beaucoup mieux dans le genre.

« Tous les sons de l'arc-en-ciel » L'argument de départ rappelle celui de Les miroirs de l'esprit. Toutefois, il ne s'agit pas ici de dénoncer la dianétique mais de traiter de la notion de réalité multiple. Bien aimé.

« Black out » Bof ! Dommage de terminer le premier recueil avec cette nouvelle que je juge quelconque.orage-Spinrad.jpg

 

 

« Expansion » On se trouve dans un Empire interstellaire où la durée du temps de voyage confère à la Terre un avantage technologique. Un marchand astucieux essaie de tirer son épingle du jeu. Le propos est classique, le dénouement typiquement spinradien (un affreux barbarisme, je sais).

« Enfant de l'esprit » Que se passerait-il si l'on rencontrait la femme de ses rêves et si l'on pouvait assouvir avec elle tous ses désirs ? Cette expérience est vécue par trois éclaireurs sur une planète étrangère. Une nouvelle fois, un très bon texte.

« L'égalisateur » On connaît la formule : Si tu veux la paix, prépare la guerre. Dans ce texte, Norman Spinrad s'intéresse aux problèmes de conscience soulevés par l'invention d'une nouvelle arme sans tomber dans le piège inhérent à ce genre de sujet. Très bien.

« Question de technique » Un texte humoristique défouraillant tout azimut. Bien aimé.

« Agonie » à nouveau, un chef-d'œuvre démontrant de surcroît que Norman Spinrad peut produire des histoires touchantes.

« Thérapie » Lavage de cerveau et conditionnement. Un court texte très efficace.

« Chéri, recommençons ! » Alors là, bof bof ! Je passe.

« Le syndrome infernal » Un récit humoristique sur les super-héros. Pas mal !

« Les héros ne meurent qu'une fois » Un récit cruel sur le caractère indéfectible de l'amour. Cœurs d'artichaut s'abstenir...

« Les portes de l'univers » Bof ! Le propos est intéressant mais je n'ai pas adhéré au traitement. Tant pis !

« Au cœur de l'orage » Un court texte distrayant, hélas vite oublié.

« Sur la route de Mindalla » Par son thème, la réalisation des fantasmes, ce texte rappelle « Les enfants de l'esprit ». Pas mal mais sans plus.

« En terrain neutre » Une rencontre du troisième type réalisée sous l'emprise de la drogue. Une histoire bien menée dotée d'un dénouement optimiste.

« L'âge de l'invention » L'argument de cette nouvelle sert de prétexte à une satire sur le monde de l'art. Pas mal.

« Impasse » Cette nouvelle illustre à merveille la question : l'herbe est-elle plus verte ailleurs ? On se doute de la réponse...

« L'entropie, bébé, quel pied d'acier » Incontestablement la nouvelle la plus expérimentale des deux anthologies. Je n'ai pas du tout accroché !

 

     Au final, le bilan s'avère plus que positif. Norman Spinrad est effectivement très talentueux et je ne peux que recommander de lire ces deux anthologies.

Yeah !

 

 

Le livre d'or de la S-F – Norman Spinrad – anthologie présentée par Patrice Duvic – Presses Pocket, mai 1978

Au cœur de l'orage – Norman Spinrad – anthologie réunie par Patrice Duvic – Presses Pocket, novembre 1979

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