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  • : Grand lecteur de romans noirs, de science-fiction et d'autres trucs bizarres qui me tombent sous la main
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9 septembre 2006 6 09 /09 /septembre /2006 20:17

Pour commencer quelques faits.

 Les Mondes d’Aldébaran est une série déclinée en deux cycles, bientôt trois, créée par Leo (scénariste et dessinateur).

  Le premier cycle entamé en 1994 s’intitule Aldébaran (bis) et se compose de cinq albums. Son synopsis est assez simple à exposer. Suite à un accident, les premiers colons humains sur la planète Aldébaran (ter) n’ont plus de contact avec la Terre depuis leur arrivée. Coupés de leur Terre patrie, ils sont contraints de s’adapter en autarcie à leur nouveau monde. Très rapidement - les vieux réflexes reprennent le dessus –, leur communauté tombe sous la coupe d’un dictateur.

 Au moment où la série débute, Kim, une jeune et très libérée adolescente brune à la forte poitrine, est confrontée à la destruction de son village natal par un phénomène cataclysmique… heu… inexpliqué. Jetée sur les routes avec un ami au torse juvénile musclé, elle va être mêlé – dans le désordre – à un coup d’Etat, à la résolution de l’énigme la destruction de son village, au rétablissement des communications avec la Terre, à la découverte d’une entité à l’intelligence supérieure (la Mantrisse) et à la révélation du pouvoir de son corps sensuel, je sais, vous l’attendiez vils coquins.

Le deuxième cycle commencé en 2000 – faisons plus court –, se déroule quelques années plus tard. Kim qui vient d’achever ses études de biologie sur Terre, est invitée par son amie Alexa à enquêter sur un autre accident (encore) qui a touché cette fois-ci la colonisation de Bételgeuse. Cinq nouveaux albums se succèdent pour découvrir un autre écosystème extra-terrestre et résoudre la nouvelle énigme.  

N’en disons pas davantage.

Les Mondes d’Aldébaran est un grand succès pour Dargaud. Personnellement, ce qui me choque dans cette série, c’est sa globale et totale indigence...

 Hum...

  Pardon...

Excusez-moi...

On m’interrompt à l'instant. Le fan qui sommeille en moi ne cesse de me clamer mentalement : « Hey Toto ! Et l’imaginaire de démiurge qui préside à la création de ces écosystèmes étranges et merveilleux. Et le suspense haletant de chaque épisode. Et la Mantrisse…»

Justement, évoquons ces aspects qui constituent les principaux points forts, il me semble, de la série.

  Aldébaran l’océanique et Bételgeuse la continentale (on ne sait pas encore, ce que nous réserve Antarès à part l’accent grave sur le « e »), sont le cadre planétaire de deux écosystèmes extra-terrestres radicalement opposés. Pourtant, c’est le quasi même bestiaire coloré, voire très coloré à rayures, bestiaire se composant de prédateurs et de proies que nous propose Leo. En conséquence passé le premier cycle, l’émerveillement adolescent que l’on éprouve devant toutes ces bébêtes – faune et flore bizarres - s’évapore sérieusement. Et puis, à y regarder de plus près, force est de reconnaître que ces écosystèmes ne sont pas pensés en terme écologique (je parle de la science, pas de la pantalonnade politique) mais conçus pour leur seule valeur de dépaysement exotique.  

L’argument de la mantrisse peut tout aussi rapidement être remis à la place qui lui revient : une répétition affadie d’un thème science-fictif classique. L’adjectif peut sembler lapidaire, voire diffamatoire aux yeux du profane. Il est pourtant fondé. Que nous propose Leo avec cette Mantrisse ? Une rencontre entre l’Humanité et une forme différente d’intelligence, forme qui la dépasse et avec laquelle, elle ne sait pas communiquer. Un premier contact qui sert de prétexte à un message humaniste et écologiste simpliste. Tout lecteur de SF, doté d’un minimum de culture, est apte à énumérer une liste de romans traitant de ce thème avec davantage de profondeur et davantage de réflexion que ce que nous expose Leo avec ses libertinages libidineux. Je vais d’ailleurs y venir immédiatement sur ces libertinages en définitive très mous.  

En effet, insidieusement au fil des tomes, l’enjeu de la série se déplace vers des interactions entre les personnages plus sentimentales. Passons sur la plastique de poupée Barbie et le physique de Ken des personnages emblématiques. Passons aussi sur leurs caractères outrageusement stéréotypés. Concentrons-nous sur leurs relations. Bon, ça va être vite fait puisqu’il s’agit essentiellement de savoir qui couche avec qui, qui a un ticket avec qui, quel va être le prochain flirt d’untel, machin est vachement mignon, cédera-t-elle à ses avances la chienne ! C’est vrai quoi ! Tout le temps en train de se balader à moitié à poil devant lui…  

Désolé, je m’emporte. D’ailleurs, je vais doucher l’enthousiasme de certains immédiatement en révélant qu’il n’y a aucune scène de sexe explicite au final. C’est gnangnan, c’est cul-cul, c’est mou du nœud et les dialogues sont à la hauteur des préoccupations de cette joyeuse communauté de héros adolescents attardés. On en est à souhaiter – et plus d’une fois – à voir débouler les Katzenjammer Kids avec une provision de pétards ou à prier pour que la Mantrisse distribue quelques gélules de viagra, histoire de semer une pagaille du feu de Priape.  

Pour terminer, c’est évidemment très personnel, ajoutons que graphiquement Les Mondes d’Aldébaran sont moches. Leo use d’un style réaliste mais ses personnages sont irrémédiablement inexpressifs, à croire que la Mantrisse en guise d’immortalité, leur a distribué un traitement à base de botox.  

Bref, amateurs de romans photos et d’Harlequinade, Les Mondes d’Aldébaran est sans aucun doute une alternative que vous vous devez d’essayer afin d’assouvir votre passion.  

Pour les autres, je leur recommande vivement d’essayer quelque chose de plus consistant en matière de science-fiction.  

 

* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *

Série : Les Mondes d’Aldébaran  

Auteur : Leo  

Premier cycle : Aldébaran (1994-1998). Cinq albums [T.1 - La catastrophe, T.2 – La blonde, T.3 – La photo, T.4 Le groupe, T.5 – La créature]  

Editeur : Dargaud  

Deuxième cycle : Bételgeuse (2000-2005). Cinq albums [T.1 – La planète, T.2 – Les survivants, T.3 – L’expédition, T.4 – Les cavernes, T.5 – L’autre]

Editeur : Dargaud

 

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commentaires

ARNm 23/11/2006 15:38

Là où tous les galets rêvent de ricochets.
C'est joli chez toi...
ARNm

yossarian 24/11/2006 14:00

Merci.
Je vais rougir et flinguer l'harmonie chromatique de cette page.

K2R2 21/10/2006 11:30

J'aurais bien rajouté un petit "2001, l'odyssée de l'espace", de ce bon vieux Clarke.

Manu 19/10/2006 11:37

Merci pour ces excellents conseils de lecture. J'ai lu la plupart de ces romans, sauf "Héritage", qui fait suite à "Eon" il me semble.

yossarian 19/10/2006 18:23

Je vous en prie.
En ce qui concerne Greg Bear, c'est Eternité qui fait suite à Eon. Héritage est davantage une ramification.

Manu 18/10/2006 14:33

Assez d'accord sur l'analyse de la série Aldébaran, c'est moche, niais, déjà vu et franchement sans intérêt. En revanche, tu nous incites à aller voir ailleurs en littérature concernant le thème de la rencontre du "troisième type", mais tu es pourtant avare en précisions. Quelques pistes de lecture peut-être ?

yossarian 18/10/2006 18:28

Effectivement, ça manque de titres pour étayer mon affirmation. Je vais me limiter à la littérature de science-fiction. J'écarte également l'option "envahisseurs".
- Les chroniques martiennes de Ray Bradbury (classique et poétique)
- Martiens, go home ! de Fredric Brown (classique aussi et humoristique)
- L'homme tombé du ciel de Walter Tevis (triste, voire très triste)
- Solaris de Stanislaw Lem (contact mais impossibilité de communiquer)
- Stalker de Boris et Arkadi Strougatski (une rencontre qui n'a pas lieu et qui remet l'homme à sa juste place)
- Héritage de Greg Bear (découvrir un écosystème entier se fondant sur les théories du naturaliste Lamarck)