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  • : Grand lecteur de romans noirs, de science-fiction et d'autres trucs bizarres qui me tombent sous la main
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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 15:38

     Histoire de rompre avec la monotonie menaçant ce blog, voici deux compte-rendus au lieu d'un seul. L'occasion de souligner l'excellent travail de deux petits éditeurs : La Tengo et Écorce.

     Pour autant les ouvrages dont il sera question ici ne seront pas négligés. Ils le méritent, vu leurs nombreuses qualités et un enthousiasme personnel, je l'espère communicatif.

 

Guez_paris_nuit_P.jpg     Paris la nuit et Retour à la nuit ne partagent pas qu'un mot de leur titre. Ils se distinguent aussi des habituels pavés par leur brièveté, leur caractère incisif, brut de décoffrage, et par leur style.

     Optant pour l'immersion (je est-il un autre ?), Jérémy Guez et Eric Maneval semblent traiter de lieux commun de la littérature policière : le casse qui tourne mal pour l'un, le serial killer pour l'autre. Pourtant, c'est tout autre chose qui surgit au détour de leur intrigue. Une inquiétude sourde, un malaise, pour ne pas dire un mal être imprègnent les pages de leurs romans.

     Les deux auteurs mettent ainsi en lumière l'indicible, cette part d'ombre que chacun porte en soi, et dont le polar, ancré dans le réel, oublie trop souvent de se faire le porte-parole.

Ce double compte-rendu sera donc celui d'un lecteur convaincu. Libre à chacun après d'en critiquer les arguments ou de trouver à redire.


     Commençons par le roman de Jérémy Guez. Annoncé comme le premier volet d'une trilogie, Paris la nuit peut toutefois se lire indépendamment des autres titres (seul Balancé dans les Cordes est disponible à la date de cet article). L'histoire forme un tout, avec un début et un dénouement, conclut en 126 pages.

     La capitale fournit la ligne directrice de cette suite, pour l'instant inachevée. Pas le Paris des touristes, la ville musée et ses cabarets aux enseignes criardes. Plutôt le Paris des voies de traverse, des chambres sordides, des bars de nuit aux arrière-salles enfumées et des boulevards nocturnes. Un univers beaucoup plus prosaïque, bien éloigné des clichés glamours. L'univers quotidien des petites gens, une foule bigarrée et anonyme, entre travail chagrin, débrouille et délinquance.

     On suit l'itinéraire d'Abe et de ses potes, petits délinquants embarqués dans la spirale de la toxicomanie, de l'alcoolisme et de l'autodestruction. Un désert culturel en toile de fond pour une existence ne se souciant guère du lendemain, avec comme seul exutoire la violence.

 

« La majorité des gens ont peur de la vie et la seule chose qui les empêche de se flinguer, c'est de croire qu'il y a une justice, que, finalement, tout ira bien pour eux. À aucun moment ils n'envisagent la vie comme un processus chaotique, comme quelque chose de fortuit, qui ne doit pas son cours à une volonté supérieure mais seulement à un lancer de dé. Un dé dont on ne connaît ni la forme, ni le nombre de faces. »

 

     Paris la nuit se lit comme un instantané en noir et blanc. Dans un style oral, heurté, visuel et rapide, Jérémy Guez parvient à dévoiler de façon convaincante le malaise et le nihilisme d'une jeunesse perdue. Il ne fait aucun doute que je le suivrai pour son prochain roman.

 

MANEVAL-2009.jpg     Retour à la nuit est au moins aussi visuel que Paris la nuit. Toutefois, là où Guez ne ménage aucune pause, Maneval prend son temps pour installer son récit.

     On suit ainsi l'histoire d'Antoine, un type au passé chargé, à la jeunesse fracassée suite à un épisode traumatisant dont il garde les cicatrices sur tous le corps.

     Nuit après nuit, durant ses longues veilles, dans ce foyer où il travaille comme veilleur, Antoine prend le lecteur à témoin. Il lui confie ses pensées, le fruit de ses cogitations nocturnes, car la nuit, les barrières tombent.

Travaillant auprès d'adolescents à problèmes, une jeunesse en souffrance comme on dit pudiquement, Antoine perçoit dans ces jeunes comme un écho à ses propres problèmes. Il éprouve une empathie qui le trouble et qu'il essaie de canaliser.

     Puis, peu à peu, le passé resurgit. Le compte-rendu d'une affaire judiciaire entrevue à la télé dans une émission jouant avec le sensationnalisme. Un meurtre dans lequel Antoine croit reconnaître une ressemblance avec son traumatisme. Et la machine molle s'emballe... Car la nuit, les barrières tombent...

 

     Je ne peux m'empêcher de considérer Retour à la nuit comme une réussite. Au moins un cran au-dessus de Jérémy Guez. Eric Maneval tisse une atmosphère d'étrangeté vénéneuse, distillant l'angoisse au fil des réminiscences d'Antoine, de ses craintes et de la fausseté de son assurance d'adulte.

     Il floute les contours de son passé, introduisant progressivement le doute sur ses origines et sur la stabilité de son esprit. Et à la fin, on ne sait plus. Machination ? Fantasme ? Bien malin qui pourra dénouer les fils. Mais peu importe, les impressions demeurent. Intenses. En somme, la marque d'un grand auteur...

 

 

Paris la nuit de Jérémy Guez – réédition J'ai Lu, mars 2012

Retour à la nuit de Eric Maneval – Editions Ecorce, 2009

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commentaires

Hervé 20/09/2012 17:04


2 bons romans en effet. Concernant Jérémie Guez, son deuxième texte (Balancé dans les cordes) est également une réussite (peut-être "un cran au-dessus" lui aussi...).

yossarian 22/09/2012 10:33



Il figure dans la liste de mes prochaines lectures.