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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 16:53

 

     Et je continue de découvrir la bibliographie de Ron Rash dans le désordre. Après Un pied au paradis (premier roman) et Serena (quatrième roman), son prédécesseur paraît dans nos contrées. Un fait dont je ne me plaindrai pas tant j'attends désormais avec impatience chaque livre de l'auteur américain. Une fois de plus, je ne suis pas déçu...

 

     Le Monde à l'endroit se déroule dans le comté de Madison au cœur des Appalaches. Nous sommes dans les années 1970 en compagnie de Travis Shalton et de Leonard Shuler. Deux individus lambdas partageant le même milieu social – celui des white trash – et un intérêt commun pour la guerre civile, appelée par chez nous guerre de sécession. Un passé encore bien présent dans les esprits et que d'aucuns traînent comme un boulet, ressassant rancunes tenaces et haines recuites, génération après génération*.

     Leonard pourrait être le père de Travis. La différence d'âge plaide en ce sens. Pourtant, il s'instaure entre les deux hommes une relation de confiance. Quelque chose approchant l'amitié, pour ne pas dire une fraternité de cœur.

     Travis a l'avenir pour lui. 17 ans et de réelles capacités intellectuelles, il jouit d'un potentiel ne demandant qu'à s'épanouir, à surgir de la gangue d'un quotidien morne, à la lisière de la délinquance. À la condition d'échapper à la férule d'un père brutal, prompt à l'accabler de critiques plutôt que d'encouragements. Entre alcool et drogue, arrivera-t-il à se libérer de son milieu ?

     De son côté, Leonard a le passé contre lui. Viré de son poste d'enseignant pour détention de drogue, il est revenu tout naturellement dans son comté natal, déchargé de sa responsabilité paternelle par sa femme, partie avec sa fille en Australie sans laisser d'adresse. Depuis, il nourrit son spleen et sa lâcheté dans un mobile home, une compagne toxicomane pour lui faire la conversation et lui adresser des reproches, dealant de la drogue et vendant de l'alcool aux mineurs. Sa rencontre avec Travis lui offrira-t-elle l'opportunité de se racheter ?

 

     Comme je l'ai déjà dit, entre ces deux-là, une relation bien plus qu'amicale va se nouer. Quelque chose de filial, les amenant progressivement à s'apprivoiser l'un et l'autre, à dépasser leur milieu, leur passé personnel et familial.

 

« Tu sais qu'un lieu est hanté quand il te paraît plus réel que toi. »

 

     Magnifique roman d'apprentissage et de rédemption, Le Monde à l'endroit se rapproche également de la manière du roman noir, faisant surgir dans la lumière les angles morts de l'Histoire et la désespérance d'un milieu social. À mille lieues des loosers magnifiques, le roman de Ron Rash nous montre surtout un monde médiocre de gagne-petit acculturés.

     Durs à la peine, empêtrés dans leur préjugés, leurs combines, ils ne brillent que par leur cruauté et leur roublardise. Dans ce domaine, les Toomey, père et fils, passent pour des maîtres, incarnant la figure du mal, dans son acception ordinaire.

 

     En contrepoint de ce drame très noir, la nature majestueuse, dépeinte avec lyrisme et poésie par Rash, déroule la sérénité de ses paysages. L'ombre pesante de la montagne, le jaillissement des rivières, les profondeurs de la forêt.

     Toute cette beauté rappelle à l'homme sa petitesse. Le caractère éphémère et mesquins de son existence. Elle offre un horizon à atteindre et, qui sait, à dépasser ?

 

     Bref, convaincu j'étais, convaincu je reste. On trouve chez Ron Rash cette petite musique faisant toute la différence entre un auteur et un faiseur.

 

     Allez hop ! Lisez Le Monde à l'endroit, et tant qu'à faire les autres romans de l'auteur.

Et plus vite que ça !!

 

*Le roman de Rash évoque le massacre de Shelton Laurel, un des nombreux faits peu glorieux hantant la mémoire américaine et illustrant de belle manière la citation de Simone Weil : « L'art de la guerre a pour véritable objet l'âme même des combattants. »

 

Vielendroit.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Monde à l'endroit de Ron Rash – Éditions du Seuil, septembre 2012 (roman traduit de l'anglais [États-Unis] par Isabelle Reinharez)

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commentaires

Slicte 18/09/2012 22:22


Pour les montagnes j'aurais dit Le convoi de l'eau de Yoshimura.


Sinon, banco pour Serena.


Quand au petit dernier, je l'ai sous le coude depuis sa sortie. Comme une bonne bouteille qu'on met de côté. Saurais-je résister longtemps ?


Merci pour toutes les chroniques que je lis bien sûr assidument.


 


 

yossarian 19/09/2012 18:46



Je note le Yoshimura.


Merci !



BouquetdeNerfs 17/09/2012 21:29


Par curiosité, quel est le livre dont l'histoire se déroule uniquement au coeur des montagnes (ou dans un autre décor loin du béton et des machines) t'aura le plus marqué? Une autre contrainte :
Pas en SF. Donc pas Quinzinzili de Régis Messac. L'Homme à l'envers, sa Majesté des Mouches, ou le Chercheur d'Or (et des nouvelles de Le Clezio) me viennent à l'esprit
pour donner plus de clarté à la question.

yossarian 18/09/2012 18:40



Entre La mort et la belle vie de Richard Hugo et La rivière de sang de Jim Tenuto, mon coeur balance.


Mais en même temps, Serena...



BouquetdeNerfs 15/09/2012 18:40


En plus d'une chronique alléchante toujours aussi bien écrite, la photo en couverture du livre est très réussie.


L'édition Gallmeister réunit une collection de titres dont les histoires (polars, western, policiers...) font une place à part entière à la Nature. Tu t'es déjà laissé tenter?

yossarian 17/09/2012 18:51



Gallmeister, je connais. Il y a un Jim Tenuto qui traîne quelque part sur le blog.



Dolarhyde 14/09/2012 01:22


Merci pour cette belle critique. Un auteur que je ne connais pas mais dont je m'empresse d'ajouter le livre à ma liste d'achat.


L'histoire me fais un peu penser à l'univers de larry brown ... ?


L'un des tondus que je suis te remercie encore.


D.

yossarian 14/09/2012 19:14



Larry Brown ?


Oui, il y a de cela.