Grand lecteur de romans noirs, de science-fiction et d'autres trucs bizarres qui me tombent sous la main
Verfébro, deuxième satellite de Vélag-B. Ce monde des confins n'attire pas vraiment le visiteur, surtout depuis que la multimondiale à qui il appartient l'a soumis à une restriction technologique. Une population partagée entre clans primitivistes et employés de la compagnie, coincée entre l'unique plateau défriché et les lisières de la forêt monde. Une colonie en butte au harcèlement incessant des indépendantistes, à l'inexorable pression de la forêt, de sa faune et de sa flore mortelles, voilà pour compléter le tableau. Finalement, seuls le Drac et le soma, substance tirée de son sang censée conférer l'immortalité, suscitent un maigre intérêt pour Verfébro. Juste une légende aux yeux des cadres de la compagnie. Un objet de culte pour les primitivistes. De toute façon, ils ne sont guère nombreux ceux qui peuvent se vanter d'avoir approché la créature.
Pourtant, quatre voyageurs d'outre-monde débarquent, prêts à braver les dangers de la Maréselva. Ils cherchent un guide et cachent dans leurs bagages beaucoup de secrets...
Pourquoi est-ce que j'aime la science-fiction ?
À cette question, je ne saurais mieux répondre que Ursula Le Guin.
« J'aime la plupart des genres littéraires, généralement pour les mêmes qualités, dont aucune n'est particulière à un genre. J'aime en science-fiction les vertus suivantes : la vitalité, l'ampleur et la précision de l'imagination, l'aspect ludique, la richesse et la puissance de la métaphore, la liberté par rapport aux attentes et aux maniérismes littéraires conventionnels, la sincérité morale, l'esprit, le punch, et enfin, la beauté (intellectuelle, esthétique et humaine). »
Tout est dit à l'exception d'une donnée intime : l'âge.
(Parenthèse 3615mylife)
En effet, la science-fiction figurent parmi mes premiers émois. Lorsque j'en lis, je me replonge aussitôt dans mes jeunes années, celles où les poils ne défloraient pas encore mon menton. Et ceci confère au genre une qualité essentielle à mes yeux : ressusciter l'émerveillement de ma jeunesse.
(Fin de parenthèse 3615mylife)
Retour à mes amours de jeunesse donc, avec Le Sang des Immortels, titre jadis paru dans la mythique collection Anticipation du Fleuve noir.
Autant le dire tout de suite, ce court roman de Laurent Genefort ne brille pas par son originalité. Au-delà du motif de la quête, opportunément rappelé par la quatrième de couverture, l'intrigue reste très plan-plan. Une course-poursuite à travers les paysages hostiles d'un monde forêt, des rebondissements téléphonés et des caractères stéréotypés, on ne baigne pas dans la complexité, bien au contraire, ce serait plutôt dans l'alimentaire.
Cependant en dépit de toutes ces faiblesses, ce n'est pas sur ce point que j'attendais Laurent Genefort, auteur autrement plus connu pour sa thèse sur les livres-univers. Je le guettais plutôt pour ces fameuses vertus mentionnées plus haut par Ursula Le Guin.
Vitalité, ampleur et précision de l'imagination ; l'auteur français nous gâte d'entrée de jeu avec son monde forestier. Verfébro s'avère doté d'un fort potentiel : une écologie fascinante furieusement immersive et crédible ; un arrière-plan géopolitique apparemment assez fouillé, même si on ne fait que le deviner ici. Parmi les trouvailles de Genefort, c'est incontestablement la Maréselva, cette forêt ne faisant qu'un avec l'océan, comme une sorte de mangrove planétaire, qui marque l'esprit.
Question esprit ludique, Laurent Genefort démontre de réelles qualités de conteur. Le Sang des Immortels est fun sans aucune autre prétention que celle de distraire. Par contre, pour la richesse et la puissance de la métaphore, pour la beauté (intellectuelle, esthétique et humaine), on repassera. L'histoire est juste du niveau d'un proto-Avatar ou d'un sous-Le nom du Monde est forêt.
Bref, c'est un peu déçu que je ressors de cette lecture, ou du moins avec le sentiment de ne pas en avoir eu complètement pour mon argent. Et c'est maintenant avec d'autant plus d'impatience que j'attends la réédition du cycle d'Omale, l'opus majeur de Laurent Genefort, dont la parution est annoncée pour 2012.
ps : Chapeau bas à l'illustration de couverture qui réussit à faire jeu égal avec celle de l'édition Fleuve noir en matière
de laideur...
Le Sang des Immortels de Laurent Genefort – Editions Critic Science-Fiction, septembre 2011