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  • : Grand lecteur de romans noirs, de science-fiction et d'autres trucs bizarres qui me tombent sous la main
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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 21:20

     John Moon est un marginal. Un type ne correspondant pas vraiment à l'image du battant, sûr de lui, dont le cinéma se plaît à mettre en scène the struggle for life. Pourtant John Moon ne dépare pas dans le paysage de l'Amérique profonde.

     Contraint de vivre dans une caravane à l'orée de la forêt, il croupit dans la rancune depuis que sa femme l'a quittée avec enfant et bagages. Il faut dire que le bougre n'a pas que l'apparence d'un raté. Il en partage aussi tous les attributs. Des petits boulots, histoire de gagner sa croûte, et un brin de braconnage dans la réserve naturelle jouxtant sa caravane, sans autre perspective d'avenir que celle de se lamenter sur son sort. Voilà pour le quotidien. Il n'en faut pas moins pour sceller une séparation.

      À sa décharge, Moon a le sentiment d'être passé à côté de sa vie. La ferme de son père, son héritage, a été hypothéquée par la banque. Ses amis se comptent sur les doigts d'un poing fermé et ils ne valent guère mieux que lui. Comble de vacherie, son épouse a repris ses études, le trompant certainement avec un professeur plus doué que lui avec les mots. Alors, il aligne les bières et contemple la nature, indifférente à son malheur.


      Un dimanche matin, il part chasser dans les bois et croise un cerf qui déguerpit sans lui laisser le temps de le viser. La traque prend une tournure dramatique. Il abat une jeune fille tapie dans un bosquet. Dans ses affaires, il trouve un sac bourré de billets. Désormais riche, John Moon a cependant le triomphe alourdi par une culpabilité en plomb massif. Du genre à ne plus dormir de la nuit. Et comme si cela ne suffisait pas, le petit ami de la fille s'est mis en tête de récupérer son fric et de lui faire la peau. C'est sûr, John Moon n'a pas fini de se faire un sang d'encre pendant ses nuits blanches...

 

      Certains bouquins jouent de malchance. On aimerait les apprécier, on souhaiterait adhérer au propos de l'auteur, sursauter lorsqu'il nous pousse à le faire, s'émouvoir ou jubiler quand il nous y invite. Et puis, il ne se passe rien. On tourne les pages constatant que certaines descriptions sonnent justes, qu'elles contribuent à créer une atmosphère, celle d'une nature indifférente aux tracas des hommes, mais au final on est obligé de se rendre à l'évidence : ça ne marche pas.

      On reste à l'extérieur du roman, anticipant les surprises et s'agaçant de certaines tournures de phrase inadaptées, ou du moins ne correspondant pas au personnage. (j'avoue que le coup des lèvres vaginales charnues a failli me faire lâcher le bouquin)

      On s'échine pourtant à débusquer les qualités d'une prose désespérément plate, atone et percluse de clichés où prévaut une impression de déjà lu. Hélas, la mansuétude a ses limites...

 

      En lisant ce roman de Matthew F. Jones, on ne peut s'empêcher de penser à Daniel Woodrell, à Ron Rash, ô combien plus convaincants pour décrire le milieu des White trash ou mettre en scène la petitesse de l'homme face à la nature. Il suffit de lire La mort du petit cœur ou Un hiver de glace pour sonder la misère et la sauvagerie des damnés du rêve américain. Il suffit de lire Serena pour côtoyer la majesté de la nature et son caractère inhumain. Face à ces maîtres, Jones a tout de l'élève appliqué et besogneux.

 

      Une semaine en enfer n'est pas un mauvais roman. Il est juste banal et aussi attirant qu'un plat de nouilles froides. On aimerait le détester. Toutefois, même cela, on n'y parvient pas.

 

Semaine_enfer.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une Semaine en enfer (A Single Shot, 1996) de Matthew F. Jones – Denoël, collection Sueurs Froides, janvier 2013 (roman inédit traduit de l'anglais [États-Unis] par Pascale Haas)

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commentaires

Slicte 26/02/2013 00:18


Salut camarade.


J'ai failli me laisser tenter et puis le sujet m'a semblé risqué. 


Curieusement, Daniel Woodrell a apprécié puisqu'il a rédigé un avant-propos à l'édition américaine (à lire sur Amazon.com). Etonnant, non ?


J'ai préféré lire le dernier Ron Rash que j'avais sous le coude. Et c'était bien bon. Il n'a pas besoin de forcer son talent pour donner une présence à ces personnages, que la petite histoire, ou
la Grande, façonnent sans que jamais ils ne puissent l'ignorer. Malgré l'aveuglement des tourments, la lucidité, tel un torrent glacial, vient leur couper le souffle d'abord, puis les apaiser. Et
soudain, leur vérité vient s'accorder à la crudité et à la violence du paysage. La mère de Leonard le dit bien : avant les interrogations métaphysiques, il faut avoir un monde, sous les yeux. Un
ancrage profond dans cette vie.


Au passage, merci pour toutes ces chroniques qui égayent la morosité ambiante ...


 


 


 

yossarian 27/02/2013 08:11



Salut camarade.


Je crois qu'après Woodrell et Rash, tous les romans sur un sujet semblable vont me paraître fades, même s'ils sont antérieurs, ce qui est le cas pour Une
semaine en enfer dont la parution en France me semble liée à l'éventualité d'une adaptation au cinéma.


ps : vas-y mollo sur les louanges. J'ai mes points faibles...



Cachou 21/02/2013 21:40


Pour te citer (je ne cite que les grands bien sûr): "On aimerait les apprécier, on souhaiterait adhérer au propos de l'auteur,
sursauter lorsqu'il nous pousse à le faire, s'émouvoir ou jubiler quand il nous y invite. Et puis, il ne se passe rien. On tourne les pages constatant que certaines descriptions sonnent justes,
qu'elles contribuent à créer une atmosphère, celle d'une nature indifférente aux tracas des hommes, mais au final on est obligé de se rendre à l'évidence : ça ne marche pas."


 


Je crois que c'est un des trucs les plus douloureux dans la lecture, que cette impression que tout est là, tous les ingrédients sont réunis pour nous emporter... et puis non. La sauce ne prend
pas. Sans qu'on ne comprenne pourquoi. C'est une frustration beaucoup plus intense que celle d'avoir à subir un texte mal écrit trouvé-je...

yossarian 24/02/2013 18:36



Grand ? 1m 82 tout au plus.


Sinon, pour te répondre, tout dépend du degré de mauvaise écriture...