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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 17:53

     Adage populaire à ma sauce : quand on aime l'uchronie, on ne compte pas son temps.

Je vous ai entretenu un peu plus loin du thriller de Daniel Easterman. En des termes peu élogieux, malgré la vraisemblance de la divergence proposée, je le confesse.

     Avec SS-GB, on passe dans la catégorie supérieure. D'ailleurs, je ne crains pas de placer également ce roman un cran au-dessus Fatherland de Robert Harris, ouvrage pourtant très réussi dans son genre. Il faudra que j'en dise un mot à l'occasion (autant dire à la Saint Glin-Glin).

     À nouveau l'uchronie sert de décor à un argument regardant davantage du côté du roman d'espionnage. Maniant avec efficacité les codes inhérents à ce type de récit – faux-semblant, double voire triple jeu des protagonistes, tension paranoïaque, coups de théâtre imprévu – Len Deighton ne ménage pas sa peine pour rendre son histoire captivante. Et les pages défilent sans que l'on s'en rende compte.

     Rien de neuf sous le soleil me diront les laudateurs de John Le Carré ou de Éric Ambler. Renseignements pris, il s'avère que Len Deighton jouit d'une réputation flatteuse dans ce domaine, du moins si l'on en juge son premier roman, The Ipcress Files, titre ayant fait l'objet d'une adaptation au ciné (Ipcress Danger immédiat, 1965), déclinée ensuite en série, avec Michael Caine dans le rôle de l'espion Harry Palmer. On en apprend tous les jours. Toutefois, je dois avouer ne pas avoir lu ce roman pour cette raison.

     Non ! L'attrait de l'Histoire alternative m'a saisi une fois de plus, me faisant perdre la raison. Tropisme fatal !

 

     Ahem...

 

     Ouf ! Je n'ai pas eu à regretter ma faiblesse. Car SS-GB est plutôt pas mal dans son genre. Quid de l'argument, le pitch quand on jargonne anglo-saxon ? Si vous croyez que l'Allemagne n'a pas envahi la Grande-Bretagne, reprenez vos manuels d'Histoire alternative. Après un débarquement victorieux et une Blitzkrieg éclair (je redonde si je veux), la Wehrmacht a contraint le gouvernement britannique à capituler. La perfide Albion est désormais sous le joug allemand, son souverain embastillé à la Tour de Londres et son premier ministre – du sang, de la sueur, des larmes, de la souffrance et du labeur – passé par les armes.

     Là, j'avoue que le franchouillard sommeillant en moi se réjouit.

     À Scotland Yard, le commissaire principal Douglas Archer – fin limier surnommé avant-guerre l'archer du Yard – obéit désormais aux ordres du Gruppenführer SS Kellerman, dont l'administration a annexé une grande partie des bâtiments. Archer a le sens de l'État et il ne travaille pas de gaité de cœur pour l'occupant. Mais, il se méfie de ces résistants acharnés dont les actions désordonnées nuisent au retour au calme.

     Appelé sur une scène de crime, il se trouve mêlé bien malgré lui au jeu de dupes animant les différents cercles du pouvoir de l'administration nazie. Un jeu rendu encore plus complexe par les États-Unis et les forces de la Résistance britannique.

     Inutile d'en dire davantage. On trouve dans SS-GB les deux marottes de Len Deighton. Son goût de l'Histoire – le bonhomme est historien militaire, il me semble – et le roman d'espionnage. L'auteur britannique décrit une Grande-Bretagne occupée assez vraisemblable, focalisant son attention sur la bureaucratie allemande. Le quotidien des citoyens lambdas, les pénuries, les ruines engendrées par les combats, l'antisémitisme et la ségrégation, tout ceci est relégué l'arrière-plan, via le point de vue d'Archer. Un type élevé à l'ancienne école, endeuillé par la perte de sa femme dans le Blitz et finalement assez désabusé. Par au point d'apparaître comme un émule de Sam Spade. Il y a chez Archer des sursauts d'espoir et un respect obséquieux des conventions que l'on ne trouve pas chez l'Américain. Mais, on s'éloigne des clichés du genre. À bien y réfléchir, Douglas Archer entretient une parenté troublante avec Harry Palmer, faisant de lui un être de chair et de sang et non un simple archétype de papier.

     Dans ce décor d'uchronie, Len Deighton transpose une intrigue classique de roman d'espionnage. Il suffit de remplacer les SS, la Wehrmacht, la Résistance britannique et les États-Unis par le KGB, la CIA, quelques transfuges et autres opposants clandestins, pour retrouver une atmosphère qui ne dépareillerait pas à l'époque de la Guerre froide. Il faut croire que tous les totalitarismes se valent...

 

     Au final, j'ai bien aimé ce roman, même si l'uchronie n'offre qu'une variation sur un thème somme toute classique et déjà-vu.  

SS-GB.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SS-GB de Len Deighton (SS-GB, 1978) – Editions Alire, 1997 (roman traduit de l'anglais par Jean Rosenthal)

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