Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

  • : le blog yossarian
  •   le blog yossarian
  • : Grand lecteur de romans noirs, de science-fiction et d'autres trucs bizarres qui me tombent sous la main
  • Contact

Recherche

19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 15:22

     Convenons-en, certains romans assèchent littéralement la plume. J'aimerais énoncer, à grands coups d'adjectifs admiratifs, l'état mental dans lequel je me trouve, mais les mots manquent, l'inspiration se tarit et surtout j'ai peur d'affadir l'œuvre originale avec des banalités. Bref, adoptons le profil bas.

     Sinaloa Story appartient à cette espèce rare de romans, laissant le lecteur sans voix, comme assommé par un trouble persistant qui lui remue au moins autant l'intellect qu'un point de l'anatomie indéterminé, situé à peu près sous le sternum.

(Dans un élan d'autosatisfaction, je trouve cette entrée en matière pas mal. Un peu cliché, mais globalement acceptable. Je continue.)

     De Barry Gifford, j'ai lu ici et là qu'il était l'auteur de Sailor et Lula, un titre adapté au cinéma par David Lynch, et dont Gifford a poursuivi l'histoire sur plusieurs volumes. Sans doute satisfait du résultat, il a continué à collaborer avec Lynch, participant à l'écriture du scénario de Lost Highway. Voilà pour l'aspect informatif.

     Paru chez Gallimard, lorsque la collection Série Noire ressemblait encore à quelque chose, Sinaloa Story emprunte son découpage et ses effets au cinéma. Ellipses, procédés narratifs et impressions visuelles persistantes jalonnent le récit. Le lecteur se trouve ainsi immergé comme dans un scénario de film. Le genre de film noir et intimiste, où la caméra se focalise sur les personnages, révèle par touches progressives l'environnement dans lequel ils baignent et dévoile leurs états d'âme, leurs motivations.

     L'art de Barry Gifford donne sa pleine mesure dans la caractérisation des personnages. Avec un nom – toujours très imagé –, quelques éléments descriptifs, des dialogues, un embryon d'histoire personnelle, Gifford pose son bonhomme ou sa bonne femme. Des marginaux, des écorchés, souvent à la limite de la légalité, à l'image de bon nombre de laissés pour compte aux États-Unis. La prose très crue contribue à leur donner une patine, collant à la réalité.

     Le synopsis de Sinaloa Story donne du roman une image faussement classique. Un homme, une femme, un magot à récupérer avec vengeance à la clé. Le propos a fait les beaux jours de nombreux autres romans et scénarii. Pourtant Gifford tire son épingle du jeu avec une maîtrise impressionnante. De crainte de déflorer l'intrigue, on se contentera de dire que Sinaloa Story commence avec un personnage et se termine avec un autre. Entretemps, on passe d'un protagoniste à un autre, croisant au passage quelques caractères secondaires.

     M'est avis que je vais y revenir bientôt à Barry Gifford. Cela tombe bien puisque les éditions 13e Note l'ont inscrit à leur catalogue. 

 Sinaloa-Story.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

Sinaloa Story (The Sinaloa Story, 1998) de Barry Gifford – Editions Gallimard, Série Noire, 2002 (roman traduit de l'anglais [Etats-Unis] par Lætitia Devaux)

Partager cet article

Repost 0

commentaires

K2R2 30/10/2010 21:49



Rhaaa, tu m'as mis l'eau à la bouche avec ton papier. Je l'ai cherché aujourd'hui en librairie mais nada. Du coup je l'ai commandé.



yossarian 01/11/2010 17:44



Tu as bien fait (dit-il l'air de ne pas y toucher...)