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17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 09:58

     Suède. Lors d'une opération de dragage, on remonte le cadavre d'une inconnue. Nue, avec des traces de strangulation autour du cou, la jeune femme semble avoir subie également des violences sexuelles. Des constatations confirmée par l'autopsie. La presse s'empare aussitôt de l'affaire qui fait rapidement les gros titres. Un tel crime n'est pas courant en Suède, pays réputé pour son calme et le caractère débonnaire de ses habitants. Une impression trompeuse...

     En collaboration avec la police locale, la brigade criminelle de Stockholm récupère l'enquête. Les indices sont minces, mais pour l'équipe de Martin Beck, patience et opiniâtreté ne sont pas de vains mots.

 

     Régulièrement, j'aime étoffer ma culture personnelle en retournant aux fondamentaux. L'exercice me paraît nécessaire, pour ne pas dire essentiel, lorsque l'on souhaite avoir un regard transversal sur un genre et lorsque l'on cherche à en jauger l'évolution, les continuités ou les ruptures.

     Roman à quatre mains, Roseanna est un texte fondateur de la littérature policière scandinave. Il introduit une rupture dans la tradition du roman à l'anglaise, jusque-là pratiquée dans ces contrées, et fonde le polar à la scandinave. Avant même Stieg Larsson, Arnaldur Indridason, et n'importe quel autre auteur nordique squattant les têtes de gondoles, Per Wahlöö et M. Sjöwall fixent sur le papier un type particulier de récit policier, se donnant pour but, au-delà de la simple enquête, de dévoiler la réalité sociale de leur pays : le prétendu « paradis suédois ».

     Couple à la ville, Wahlöö et Sjöwall partagent en effet la même vision de leur société. Leur projet se veut politique et contestataire. Il aboutit à la parution de dix titres entre 1965 et 1975 formant un ensemble appelé Le roman d'un crime.

 

     Mais venons-en à mon ressenti sur Roseanna. Je dois confesser avoir rencontré quelques difficultés au début. La faute à la lenteur, au caractère banal, finalement très prosaïque, des journée de Martin Beck et de ses coéquipiers. Loin des génies de la logique ou des enquêteurs surhumains, capables de résoudre un crime tout en sprintant sous les tirs, Beck se révèle un parfait monsieur tout le monde. Une vie de couple à l'étiage, des relations familiales aussi plates que l'encéphalogramme d'une limande et des douleurs pour seule compagnie. Pas très palpitant tout cela...

     Patient, méticuleux, entouré d'une équipe dévouée au service et à sa personne, un peu à la manière des flics du 87e district de Ed McBain aux dires des connaisseurs, Beck fait office de révélateur, témoignant de l'état de la société suédoise, de ses mœurs et de ses rapports sociaux. Du polar à niveau d'homme en quelque sorte.

 

     Ainsi peu à peu, je me suis attaché au personnage de Beck, me prenant au jeu de son enquête. Et le moins que l'on puisse, c'est que l'on est gâté. Durant près de six mois, tout y passe : interrogatoire, filature, coopération internationale, piège tendu au criminel. Le tout baigné dans une atmosphère grisâtre, très datée – années 1960 obligent –, avec cabines téléphoniques, mini-magnétophones, véhicules à l'avenant.

 

     Au final, je suis bien content de cette découverte. M'est avis que je lirai d'autres titres du Roman d'un crime dans pas longtemps.

PS : En vadrouillant sur le web, j'ai découvert que Roseanna avait fait l'objet d'une adaptation cinématographique en 1993. Un film réalisé par Daniel Alfredson. Le DVD est disponible uniquement en Scandinavie. Avis aux amateurs

 

Roseanna.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Roseanna [Roseanna, 1965] de Per Wahlöö et M. Sjöwall – Réédition Payot, collection Rivages/Noir, 2008 (roman traduit de l'anglais par Michel Deutsch, édition revue à partir de l'original suédois)

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