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  • : Grand lecteur de romans noirs, de science-fiction et d'autres trucs bizarres qui me tombent sous la main
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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 20:16

     À l'ombre des Alpes, le polar n'est pas moins noir en Italie. S'il souhaite se targuer du qualificatif d'amateur de roman noir, le lecteur (je ne l'appelle pas par son petit nom) se doit de creuser le sillon transalpin. Il y trouvera son compte. Et même si la mode profite actuellement au thriller scandinave, on lui conseille de délaisser cette tendance, où on trouve désormais à boire et à manger, pour plonger au cœur d'un recueil déclinant toutes les couleurs du Noir italien, histoire de se faire un avis.

 

     Au sommaire de Petits crimes noirs figurent quelques pointures – Lucarelli, Fois, De Cataldo, Camilleri et Carlotto – et des plumes moins connues – Faletti, Dazieri, De Silva, Ammaniti et Manzini. Jolie distribution pour une anthologie alternant le bon et le moins bon.

 

     Ça commence fort avec le duo Ammantini & Manzini. Exercice de haute voltige à quatre mains, Mon trésor raconte les mésaventures d'un chirurgien esthétique toxicomane et d'un sac de cocaïne baladeur. Je ne dévoilerai pas les péripéties d'une histoire abracadabrante, à la fois drôle et dramatique. Je dirai juste, en guise de teaser, que le dénouement ne déçoit pas.

     Avec la nouvelle suivante, on change d'ambiance. Massimo Carlotto fait rarement dans la dentelle lorsqu'il broie du noir. Il suffit de lire Arriverdeci amore ou L'immense obscurité de la mort pour s'en convaincre. Récit âpre, violent et réaliste, Mort d'un indic n'épargne rien au lecteur. On est plongé au cœur du quotidien d'un flic désabusé, en proie à des problèmes conjugaux, et faisant de la protection de ses indicateurs une question d'honneur. Ouch !

     Après ce bain de noirceur, La tanière de Teresa semble offrir une bouffée d'espoir. Rencontre improbable entre une vieille dame solitaire abandonnée des siens et un jeune révolté utopiste, la nouvelle effleure la question du terrorisme, sujet sensible dans une Italie marquée par les années de plomb. Mais en fait, tout ceci n'est qu'un prétexte. Une manière pour l'auteur de broder un texte émouvant sur les rapports humains et l'amour filial.

     Après ces deux récits tragiques, L'invité d'honneur de Giorgio Faletti apparaît comme un feu d'artifice de drôlerie à l'humour vachard, jalonné de répliques hilarantes. L'auteur nous narre le voyage aux Antilles d'un journaliste assez cynique et de son impertinente nièce. Les deux sont à la recherche d'une star déchue du petit écran, l'un pour lui extorquer un scoop et l'autre pour des raisons moins avouables. Jubilatoire !

     Grand amateur de Sandrone Dazieri, je me réjouissais de retrouver l'auteur. Pour mémoire trois de ses romans sont disponibles aux éditions Métailié. Qu'on se le dise ! La dernière pique nous dévoile le côté coulisse du monde du spectacle, et la pique est ici à prendre au sens propre comme figuré. Sammy Donati, une gloire du passé, fait office de guide dans cette histoire de meurtre et de trahison. Des planches des petits cabarets où évoluent des artistes plus ou moins comiques au miroir aux alouettes de la télévision, il n'est pas au bout de ses (mauvaises) surprises. Même si je me suis bien amusé en lisant cette histoire, je ne me m'empêcher de juger le dénouement trop expéditif.

     Passons à Andrea Camilleri. L'auteur sicilien fait figure de tête d'affiche dans le recueil. Pourtant Équivoques et malentendus m'a laissé sur ma faim. J'ai eu un peu l'impression de lire un exercice de style. Il faudra que j'essaie un roman car cet auteur demeure une lacune dans ma culture.

     Autre grosse déception avec Marcello Fois. J'ai trouvé Ce qui manque carrément mou du genou. Intrigue convenue, rythme mollasson... Suite à un précédent échec avec Shéol, je vais finir par croire que cet auteur n'est pas pour moi.

     Après un assoupissement passager, L'enfant enlevé par la Befana m'a réveillé. Avec cette histoire de faux enlèvement pour une sombre histoire de dette, Giancarlo De Cataldo ne fait pas dans l'originalité. Toutefois, il mène son récit avec suffisamment de maestria pour qu'on ne lâche pas l'affaire avant un dénouement peut-être un peu convenu quand même.

     On termine en beauté avec Carlo Lucarelli. Je ne crois pas avoir dit sur ce blog que j'admirais cet auteur. Jamais déçu par ses romans, j'ai été bluffé par Le troisième coup de feu. Et pourtant, les ressorts de cette nouvelle sont ultra-classiques. Malgré tout, Lucarelli arrive à tirer son épingle du jeu et brosse un superbe portrait de femme policier, bien éloigné des super women télévisuelles. De quoi terminer en beauté cette anthologie. 

 

     Au final, chacun à sa manière, les auteurs de Petits crimes italiens dressent un portrait en creux de l'Italie contemporaine. Un instantané des marges remontant jusqu'au cœur de la société et du malaise social. Un instantané valant bien une multitude d'études sociologiques.

Je ne saurai trop recommander aux éventuels curieux, de piocher dans les ouvrages de littérature italienne, traduits en partie par Serge Quadruppani, aux excellentes éditions Métailié (on y revient), s'ils souhaitent approfondir le sujet. Des pépites noires sont à découvrir.

 

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Petits crimes italiens [Crimini, 2005] – recueil de neuf nouvelles, réédition Seuil, collection « Roman noir », janvier 2011

 

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