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  • : Grand lecteur de romans noirs, de science-fiction et d'autres trucs bizarres qui me tombent sous la main
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15 juin 2011 3 15 /06 /juin /2011 17:25

     Lorsque Thibaud Eliroff a annoncé la création de la marque Nouveaux Millénaires (signe des temps, on ne dit plus collection mais marque ou label), j'ai été traversé d'un frisson rétrospectif.

     Pas de sous-entendu salace, petits chenapans, car voyez-vous, le souvenir de la défunte collection Millénaires hante encore ma mémoire. Excusez du peu, Ken McLeod, J.-C. Dunyach, Ayerdhal, K. W. Jeter, Stephen Baxter, Connie Willis, Fabrice Colin, Laurent Genefort, Roland C. Wagner pour ne citer que ces quelques auteurs, joli palmarès quand même ! Des heures de lecture passionnante, des découvertes bouleversantes (j'en rajoute si je veux) et quelques écrivains dont j'ai continué à suivre le petit bonhomme de chemin depuis. Et tout ça jusqu'à ce qu'on (comprendre le marché) décrète la collection non rentable... Foutre !

     Bref passons.

     D'abord méfiant à l'annonce de cette (re)création, je me suis dit qu'il me faudrait juger sur pièce. Deux titres sont parus : une autobiographie de Daniel Keyes (l'auteur du classique Des fleurs pour Algernon) et un roman de Nick Sagan. N'étant pas trop fan des biographies et considérant qu'être le « fils de untel » ne constitue pas un gage de réussite absolue, j'ai laissé passer. Prudence ou frilosité, pensez ce que vous voulez.

     Histoire de me faire un avis tout de même, j'ai opté pour le roman de Charles Stross, auteur dont j'ai plutôt apprécié Le bureau des atrocités et l'amusant Crépuscule d'acier (Singularity Sky). Au final, le choix s'est avéré judicieux. Bonne pioche dirait-on même chez les adeptes de jeux de société. Je me suis régalé, engloutissant l'objet en une courte journée, et sans doute est-ce là le seul reproche (avec le prix du bouquin) que l'on puisse faire. Palimpseste me semble être un roman un tantinet à l'étroit dans ses 160 pages. Pour le reste, l'intrigue conjugue les qualités d'une vraie madeleine science-fictive et un vertige spéculatif ébouriffant. Pourtant l'argument de départ du roman ne brille pas pour son originalité. C'est même une impression de déjà-vu qui prévaut. Jugez-vous même.

 

     À l'instar d'un Manse Everard, Pearce a été contacté par les agents de la Stase pour préserver l'Histoire de l'humanité. Avec discrétion, cette organisation intervient sur le déroulement des faits pour prévenir les efflorescences irraisonnées et autres tentatives vaines d'un genre humain accoutumé aux excès. Il s'agit bien de protéger l'avenir. Rien de moins.

Mais, les civilisations sont mortelles disait Georges Bernanos. Un jugement confirmé par les professeurs chargés de former Pearce. Ayant coupé les ponts définitivement avec son histoire personnelle, le jeune homme apprend les rudiments du métier. Il se familiarise avec les extinctions massives, avec la technique du Réensemencement, fonde une famille dans le futur entretemps, et se coltine avec l'expérience traumatisante du palimpseste. Car l'Histoire semble être l'objet d'une lutte entre deux factions. Tel un palimpseste, elle est réécrite souvent avec perte et fracas. Des lignes historiques entières basculent dans la non-histoire et sont remisées dans les oubliettes de la Grande Bibliothèque.

 

     Au-delà du simple décalque ou hommage à Fritz Leiber (La guerre modificatrice) et Isaac Asimov (La fin de l'éternité) et je ne parle même pas de La patrouille du temps de Poul Anderson, Palimpseste déborde d'idées généreuses, de celles que je recherche en SF depuis mes débuts de lecteur. Je reste admiratif de l'art et la manière avec lesquels Charles Stross réutilise et enrichit un des thèmes les plus rebattus du genre. Parce que raconter un récit de voyage dans le temps, avec le passif traîné par le thème, il fallait oser tout de même !

     L'auteur anglais s'en sort de manière plus qu'honorable, agrémentant son intrigue de clins d'œil par-ici – le paradoxe de l'assassinat du grand-père – et de morceaux de bravoure par-là – le principe du palimpseste appliquée ici à l'Histoire. Et puis, il provoque bon nombre de réflexions sur le sens de l'Histoire, la notion de libre-arbitre et la mémoire.

 

     Bref, voici un court roman que tout amateur de SF se doit de lire. Vertige garanti.

 

Palimpseste.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Palimpseste (Palimpsest, 2009) de Charles Stross – Editions J'ai Lu, collection Nouveaux Millénaires, mai 2011 (roman inédit traduit de l'anglais par Florence Dolisi)

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commentaires

blob 18/06/2011 16:55



Palimpeste, c'est la novella qui est paru dans Wireless ou c'est sa transformation en roman?



yossarian 18/06/2011 17:31



C'est la novella.