Dimanche 1 janvier 2012
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Voici pour commencer l'année, une suite mexicaine. Comme quoi, on ne trouve pas que le virus de la grippe en cette contrée loin
des urbanités policées de l'Hexagone...
Les lecteurs assidus de ce blog (trois pelés, un tondu) connaissent déjà l'indulgence coupable que
j'ai pour ce pays, du moins pour ses habitants. Il faut croire que la lecture des romans de Paco Ignacio Taibo II, Juan Hernandez Luna, Bernardo
Fernandez et Juan Rulfo y est pour quelque chose...
À cette liste, je peux désormais ajouter Gabriel Trujillo Muñoz. Certes, je
n'irai pas jusqu'à dire que les aventures de son héros récurrent, l'avocat Miguel Ángel Morgado, m'ont bouleversées. Toutefois, Muñoz expose un point de vue intéressant sur les
relations entre les États-Unis et le Mexique. Un point de vue qui mérite qu'on s'y arrête.
Officiellement, Miguel Ángel Morgado exerce le métier d'avocat œuvrant à la défense des droits de
l'homme. Un véritable sacerdoce dans un pays où les autorités publiques sont corrompues, où les trafiquants de drogue ont pignon sur rue, faisant jeu égal avec l'armée pour défendre leur
territoire, et où la criminalité bat tous les records.
Officieusement, Morgado ne résiste jamais très longtemps aux sollicitations le poussant à mener
des enquêtes en-dehors de son domaine de compétence. La disparition d'un père dans les années 1950, quelques enlèvements inexpliqués d'enfants, ou la disparition du mari d'un ex-amour de
jeunesse. Toutes ces histoires louches gravitant autour de la Frontière, sur lesquelles les autorités aimeraient bien fermer les yeux, lui titillent le sens éthique et l'affectif. Car Morgado ne
goûte guère l'injustice, même s'il ne nourrit aucune illusion sur ses compatriotes.
On ne peut pas vraiment dire que les enquêtes de Morgado brillent pour leur méandres labyrinthiques. La faute au format sans doute, chaque livre pesant
environ 100 pages. Muñoz procède par allusion, les digressions prenant souvent le pas sur le déroulement de l'enquête. Ainsi au fil des investigations de Morgado se dessine un
portrait en creux de la Frontière.
Alors peu importe si le sujet de Tijuana City Blues est survolé. Tant pis si le
dénouement de Loverboy est expédié. Aucune importance si l'intrigue de Mexicali City Blues a un air de déjà vu. Ce qui compte finalement, c'est le point de vue, celui d'un homme
aimant son pays, mais qui en connaît aussi les faiblesses. Un homme qui sait qu'il ne redressera pas la situation. Pourtant, s'il peut réparer un tort, même infime, il n'hésitera jamais à le
faire.
« Pauvre Mexique, si loin de Dieu, si près des États-Unis. »
Muñoz a la dent dure avec son pays. Corruption, criminalité, pauvreté. Le trio
habituel faisant les gros titres de la presse auquel l'auteur mexicain ajoute le consumérisme abrutissant et son miroir aux alouettes. Une nation au passif historique chargé pouvant se résumer à
la longue chronique d'une union contrariée avec l'oncle Sam.
En effet, s'il n'est guère tendre avec le Mexique, Muñoz n'épargne pas moins le voisin. Ils écorne le
mythe américain, nous dévoilant la propension des gringos à faire du Mexique leur terrain de jeu sans se soucier du devenir de ses habitants. Il démasque leurs méfaits, leur duplicité, sans
exonérer pour autant ses compatriotes de leur responsabilité.
Au final, je ressors avec un sentiment mitigé de cette série. Malgré son humour et son évocation
imagée de la Frontière, Gabriel Trujillo Muñoz n'est pas parvenu à me convaincre. Tant pis !
Additif : Les trois premiers romans de la série consacrée à l'avocat Miguel Angel
Morgado viennent d'être réédités en poche chez Folio. Signalons que le quatrième, Mezquite Road, est disponible chez l'éditeur canadien Les Allusifs, dans leur
élégante mais un peu coûteuse collection ¾ polar.
Tijuana City Blues (Tijuana City Blues, 2006) de Gabriel Trujillo Munoz – Réédition Folio/Policier, avril 2010 (roman
traduit de l'espagnol [Mexique] par Gabriel Iaculli)
Loverboy (Loverboy, 2006) de Gabriel Trujillo Munoz - Réédition Folio/Policier, avril 2011 (roman traduit de l'espagnol
[Mexique] par Gabriel Iaculli)
Mexicali City Blues (puesta en escena, 2006) de Gabriel Trujillo Munoz – Réédition Folio/Policier, octobre 2011 (roman
traduit de l'espagnol [Mexique] par Gabriel Iaculli)