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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 15:15

     Où l'on retrouve Rolo Diez et Mexico...

     Drôle de façon de commencer un article me dira-t-on. À ma décharge, j'avoue nourrir depuis quelques années une relation textuelle intense avec Rolo Diez. Le pas du tigre, L'effet tequila, Chats de gouttière et surtout Lune d'écarlate. Rarement je n'ai été déçu par le bonhomme.
     Bien sûr, ceci n'excuse en rien ces manières cavalières entachées de va-comme-je te pousse, de familiarité déplacée et autre infraction à la net-étiquette.
     Reprenons-nous !

     Né au Mexique de parents et grand-parents libanais, Kaluf appartient à la petite communauté musulmane de Mexico. Propriétaire d'une boulangerie prospère dans le quartier Florida, il brigue la présidence du centre social et culturel musulman de La Media Luna. Parfait citoyen lambda, il ne diffère guère de ses concitoyens, petits bourgeois n'aspirant qu'à la tranquillité et à la respectabilité.
     Certes, il a bien une maîtresse, épouse par ailleurs de son pire ennemi et adversaire aux élections. Un fait un tantinet gênant car on ne badine pas avec la moralité dans la communauté, surtout lorsque l'on traîne déjà une réputation de tiédeur religieuse. Heureusement, Kaluf compense tout cela par une réputation de gestionnaire économe et par un clientélisme de bon aloi. Et puis, tant que son incartade reste confidentielle, pas de quoi enflammer le minaret...
     Malheureusement, Kaluf a eu la malchance de revenir indemne de New York un certain 11 septembre 2001. Un des derniers vols avant la suspension du trafic aérien au-dessus des États-Unis. Il devient aussitôt le présumé coupable idéal d'un attentat avorté. Car Mexico bruisse de rumeurs alarmistes. Si l'on peut défier l'hyperpuissance américaine chez elle, plus aucun pays n'est à l'abri... Dans les différents services de police de la capitale, on commence à dresser les listes noires et on s'inquiète de ne pas avoir encore arrêté son terroriste.
     Parmi eux, Saldana compte bien tirer son épingle du jeu. Le bougre a le profil pour cela : il déteste les étrangers, en particulier les Arabes. Et puis, il espère ainsi échapper à la routine, les petits trafics, les enveloppes glissées en douce pour fermer les yeux sur les échanges illégaux du marché de Tepico. Mais surtout, il guigne en silence la proéminente poitrine de la secrétaire de son patron, espérant que la chicha lui accorde le repos du guerrier. 

Oscillant entre satire féroce et roman noir, Les 2001 Nuits dépeint l'atmosphère prévalant après les attentats du 11 septembre. Un cocktail détonnant fait de guerre contre le terrorisme, de chasse aux sorcières, le musulman remplaçant sans coup férir (si l'on peu dire) le rouge, de suspicion établie comme norme sociale, le tout accompagné par un climat délétère de corruption et de criminalité généralisées.


     Redoutable page-turner, Les 2001 Nuits brosse aussi toute une galerie de personnages caricaturaux, évoluant dans un système devenu absurde. C'est peut-être là le point faible du roman. À trop vouloir en rajouter, Rolo Diez rend son propos parfois grotesque. On peut en effet s'agacer de Saldana, superflic de pacotille, dont les préoccupations très terre-à-terre révèlent la nature bassement médiocre et malsaine. On peut juger abracadabrantes les coïncidences permettant à Kaluf de sauver sa peau.


     Fort heureusement, le rythme endiablé, l'humour railleur et l'inexorable mécanique de l'intrigue tendent à gommer ces impressions. Et, on se laisse emporter par les péripéties de l'histoire, ricanant des malheurs de Kaluf, sans arriver pour autant à se départir d'un vague sentiment d'inquiétude.

 

 

2001nuits

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les 2001 Nuits (Las dos mil y una noches, 2010) de Rolo Diez - Editions Payot, collection Rivages/Noir, 2010 (roman inédit traduit de l'espagnol [Argentine] par Alexandra Carrasco-Rahal)

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