Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

  • : le blog yossarian
  •   le blog yossarian
  • : Grand lecteur de romans noirs, de science-fiction et d'autres trucs bizarres qui me tombent sous la main
  • Contact

Recherche

21 juin 2011 2 21 /06 /juin /2011 14:18

     Contraint à l'exil depuis la défaite du Reich en 1945 face à l'Armée rouge, l'ex-chancelier Adolf Hitler vit désormais, sous la surveillance du FBI, dans un appartement de South Brooklyn. Une existence de reclus, partagée entre une épouse qu'il délaisse et des rêves toujours de fer.

Nous sommes en 1949, l'homme est âgé de soixante ans. Chef d'un État fantoche, abandonné de ses fidèles et en proie à la maladie, il nourrit pourtant toujours des projets grandioses pour l'avenir, surtout depuis que l'URSS a attaqué Pearl Harbor, provoquant ainsi la Seconde Guerre mondiale.

 

     Roman grinçant et uchronie minimaliste, Le Dernier Dimanche de M. le Chancelier Hitler illustre s'il en est besoin encore, le talent de satiriste social de Jean-Pierre Andrevon. Aucune surprise sur ce point en effet, la dédicace à Norman Spinrad annonçant d'emblée la couleur.

Écrit au vitriol, ce court roman n'épargne vraiment personne. Que ce soient l'ex-chancelier du IIIe Reich, un vieil homme terne enferré dans ses rêves de grandeur et de pureté, mais également son entourage – son épouse Éva et Hermann Goering, présenté comme un arriviste grossier et jouisseur – en passant par la société américaine dans son ensemble, il est vrai décrite à gros traits via le regard d'Hitler, nul ne sort indemne d'un roman cruel et pourtant fort drôle. Un rire tenant toutefois plus du ricanement sardonique qu'autre chose, il faut en convenir.

 

     Le dispositif narratif impressionne par sa simplicité et sa sobriété, le lecteur étant convié par Adolf Hitler lui-même à vivre les trois dernières journées de son existence de pré-retraité du totalitarisme. On s'attache aux pas du dictateur cacochyme, immergé à ses côtés dans les tracas quotidiens, les douleurs – il vit sous la contrainte d'une prostate tyrannique –, tourmenté par la maladie de Parkinson et un Alzheimer naissant.

Confronté aux humeurs changeantes du personnage, sans cesse traversé par les mêmes obsessions, ressassant son dégoût de l'humanité dans son ensemble et pourtant en même temps enclin à concevoir un avenir meilleur pour celle-ci, on ressent la totale médiocrité guidant le cours de sa vie et de son combat politique.

 

     En conséquence, l'uchronie sert ici de révélateur. Elle dessine en creux le portrait d'un vieux maniaque, accréditant par là-même la thèse de la banalité du mal, développée par Hannah Arendt à l'occasion du procès d'Eichmann.

Pour autant, Jean-Pierre Andrevon ne disculpe pas Hitler des crimes découlant de l'idéologie nazie. Bien au contraire, il en dévoile toute l'inanité, pour ne pas dire le nihilisme intrinsèque, sans omettre de préciser que le nazisme n'a sans doute pas le monopole en ce domaine.

 

     Lecture bienvenue, pour ne pas dire salutaire, Le Dernier Dimanche de M. le Chancelier Hitler est évidemment à recommander aux habituels esprits pessimistes. Car comme d'aucuns le devinent, ils sont les plus attachés au progrès, trouvant dans le spectacle de la noirceur de l'humanité et celui de l'absurdité de la vie, un moyen de conjurer leur angoisse et d'espérer du meilleur.

 

Le_dernier_dimanche_de_m_le_chancelier_Hitler.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Dernier Dimanche de M. le Chancelier Hitler de Jean-Pierre Andrevon – Réédition Après la lune, 2010

Partager cet article

Repost 0

commentaires