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  • : Grand lecteur de romans noirs, de science-fiction et d'autres trucs bizarres qui me tombent sous la main
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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 12:22

     Avec Le chanteur de gospel, j'ai découvert Harry Crews, maudissant à cette occasion la pusillanimité qui m'a fait repousser à plusieurs reprises la lecture d'un auteur majeur de la littérature américaine, n'ayons pas peur des mots.

     Avec fébrilité, l'estomac noué, je n'ai pas attendu trop longtemps pour attaquer un deuxième roman, espérant ne pas être déçu. J'ai choisi La foire aux serpents dont j'avais ouï grand bien.

     Bonne pioche. Ce roman est même un cran au-dessus. Si si !

     Certes, les points communs avec Le chanteur de gospel abondent. Une propension à mettre en scène sans voyeurisme aucun une galerie de rednecks truculents. Une atmosphère empreinte de dinguerie à l'occasion d'un événement important, ici la fameuse foire. Un humour omniprésent, oscillant entre grotesque et absurde. Et surtout, une peinture sans concession de l'envers de l'american dream of life, avec juste ce qu'il faut d'exagération pour rendre l'ensemble authentique.

     Mais cette fois-ci, Harry Crews développe la psychologie de ses personnages leur conférant davantage d'épaisseur et par voie de conséquence stimulant notre empathie. Il aménage une véritable progression dramatique débouchant sur un dénouement sec comme un coup de trique mais au final très logique. Car La foire aux serpents est un roman noir dans la meilleure acception du terme. Une chronique de la misère humaine, à la fois sociale et culturelle, dont il temps de donner un aperçu.

 

     Joe Lon est une pointure dans la communauté qui l'a vu naître. Une sommité parmi les ratés, les malchanceux et les brutes qu'il côtoie au quotidien. Abruti intégral, un fait dont il est hélas conscient, il végète choyé par une épouse ravagée par les grossesses. Violent, raciste, alcoolique, frustré et inculte, le bougre a toutes les apparences du sale type et pourtant on ne peut s'empêcher de compatir pour la détresse profonde du personnage.

     Sur le fil du rasoir, Joe Lon menace d'exploser à tout moment, frappant son entourage, femme, enfants, amis, père, sœur, d'une furie incontrôlée et incontrôlable. Pas sûr qu'on lui jette la pierre pour cela, vu les circonstances atténuantes dont il bénéficie. Pas sûr qu'on le plaigne non plus.

     Le retour de Bérénice, l'amour de jeunesse de Joe Lon, avec laquelle il a fait les 400 coups avant que la belle ne le quitte pour poursuivre ses études à l'université, ne risque pas de modifier la donne, bien au contraire. Il n'y a rien de pire que de retrouver un ami du passé ayant poursuivi son bonhomme de chemin lorsqu'on est resté au bord de la route, les deux pieds dans la gadoue.

 

     Bref, La foire aux serpents relate la lente et irrésistible montée en puissance d'une violence réfrénée à grand peine, jusqu'à dépasser la masse critique...

 

    Personnellement, m'est avis que je vais continuer à jubiler en lisant du Harry Crews.

 

 

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La foire aux serpents (A Feast of snakes, 1976) de Harry Crews – Réédition Folio/policier (roman traduit de l'anglais [États-Unis] par Nicolas Richard

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