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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 17:32

 

     J'aime l'Histoire, sans doute est-ce pour cette raison que je l'ai étudiée à l'université. Sur ce blog, déserté de Dieu et des hommes, et même des marxistes orthodoxes, c'est dire, voilà enfin une occupation sérieuse ! Mais toujours inutile et ô combien ennuyeuse...

     L'écolier lambda, on l'appellera Brandon, confirmera tout le bon sens de cette remarque. L'enseignement de l'Histoire dans nos contrées n'offre en effet guère de prise à la curiosité et à l'intérêt. Une longue litanie de dates, de traités, de batailles et de découvertes, hantée de-ci de-là par quelques personnalités éminentes. Rien de très sexy.

     Et puis, franchement, quelle valeur ajoutée peut-on accorder au couronnement impérial de Charlemagne ? Qu'est-ce que le déroulement de la Révolution française face aux hoquets du prix de l'essence ? Que penser de l'attitude du mahatma Gandhi alors que Carla s'apprête à signer pour un nouvel album ? Hein ? Je vous le demande ?

Vous me direz que j'exagère. Hélas, non. Et je suis bien placé pour en parler...

 

     Aussi, mon étonnement fut-il grand en découvrant le nouvel opus de Catherine Dufour ! La pauvre, il faut croire qu'elle vit totalement déconnectée de la réalité. Nous parler de rois oubliés de tous, sauf des monarchistes convaincus qui se comptent sur les doigts de la main d'un lecteur de Voici. Drôle d'idée pour un auteur dont le lectorat famélique se réduit aux trois pelés cacochymes, deux tondus boutonneux de l'Imaginaire francophone.

     Quelle mouche l'a donc piquée ? Même Alain Minc a renoncé à ce type d'occupation depuis qu'il goudronne la chaussée des autoroutes.

     Ou alors, peut-être aime-t-elle l'Histoire et tient-elle à nous en dévoiler les arcanes d'une manière plus ludique et joyeuse, sans sacrifier pour autant à la réécriture complaisante ? L'hypothèse mérite d'être examinée et analysée de manière méthodique à la lumière de mon petit Malet & Isaac.

 

     Trêve de bla-bla, au boulot !

 

     Catherine Dufour aime l'Histoire. D'une plume alerte, empreinte d'une délicieuse ironie, elle se bombarde Alain Decaux sans calvitie, et nous invite à revisiter quelques épisodes fameux de notre chronique nationale, sous un angle se voulant également plus féministe.

     De Clovis à Louis XVI, en passant par François Ier et Philippe le Bel, son histoire fait la part belle à toute une galerie de souverains, n'oubliant pas de mentionner le rôle joué par les femmes : mères, sœurs, épouses et maîtresses. Et de ce périple dans le temps, conçu à la manière d'une croisière, on ressort avec le sourire aux lèvres et la curiosité aiguisée.

     Plus rapide sur la période républicaine et sur les fins de race du XIXe siècle, Catherine Dufour n'oublie pas d'être modeste. Prenant bien soin de rappeler qu'elle n'a pas une formation d'historienne, la dame montre toutefois qu'elle n'est pas dupe des enjeux de l'Histoire et du caractère partiel et orienté de ses sources. En effet, la vérité historique apparaît surtout comme la somme de ce qu'on ne sait pas, un hors champ laissé définitivement en jachère, faute de sources.

 

« L'Histoire est très injuste. Ou plutôt, c'est une terre de contraste. Là, voyez, elle est désertique. Aucune source n'y coule. De toutes les moissons qu'elles a portées, ils ne reste rien. Navré, l'historien traverse cette steppe sans s'arrêter. Mais là-bas, les sources abondent ! Elles jaillissent, écumeuses, et abreuvent d'immenses champs de souvenirs. Les historiens y gambadent par centaines.[...]

Il est faux de dire que l'Histoire est pleine de trous : elle n'est qu'un petit trou dans la nappe immense de notre ignorance. […]

Pourquoi tant d'obscurité ? Parce que l'Histoire, c'est ce qui est écrit. Ceux qui savent écrire, ce sont les clercs. Et les clercs écrivent pour ceux qui les nourrissent. L'Histoire ne s'intéresse donc qu'aux clercs et aux élites. Elle y est bien obligée. »

 

     Certes, on pourrait trouver à redire, l'Histoire ne se cantonnant pas qu'aux sources écrites. Le recours à l'archéologie et à d'autres sciences auxiliaires a permis d'éclaircir un peu quelques zones obscures. Mais pour l'essentiel, le constat de Catherine Dufour se défend.

 

     Ainsi, naviguant entre les sources brutes et l'interprétation de quelques historiens de renom, parmi lesquels on ne citera que Georges Duby, en une sorte de dialectique ironique mêlant le vraisemblable et le probable, Catherine Dufour nous régale-t-elle de son point de vue sur près de deux mille ans d'Histoire de France.

     Et croyez-moi, le voyage est très divertissant.

 

Additif : pour les fans, un rabiot illustré ici

 

HistoireDufour.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Histoire de France pour ceux qui n'aiment pas ça de Catherine Dufour, Editions Fayard, collection Mille et une nuits, 2012

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commentaires

Cachou 15/05/2012 23:36


"Sur ce blog, déserté de Dieu et des hommes"


La preuve: je suis une femme!


 


Je pense que je suis le public visé par le livre, je suis en tout cas directement pointée du doigt par le titre (pas taper pas taper).


Mais moi, l'histoire "à dates" m'a manqué à l'école. Dans le programme belge, il faut insister sur l'acquisitions de savoir-faire et savoir-être, et d'asséner des dates est très mal vu. Au point
que maintenant, les périodes ont été mélangées (si si) pour voir l'histoire par thématiques. Résultat: des élèves qui ne savent même plus établir la chronologie bête de l'histoire occidentale.


Moi je fais partie de la génération précédente, sans dates mais encore avec une "suite" logique, si ce n'est qu'à force de nous faire analyser des textes, je n'ai jamais réussi à percevoir la
ligne du temps historique correctement. Ce n'est que depuis que je suis devenue prof, et encore plus que j'ai suivi des cours de littérature dans mes cours du soir, que j'ai réussi à avoir une
idée plus nette et compréhensible de l'histoire de France du Moyen Age au 19ème siècle. %ais du coup, tu me demandes de sortir une date (style batailles, tout ça), à part les plus évidentes, ou
les littéraires, je suis incapable de te la donner. Et pour moi, c'est une perte, parce que j'aimerais pouvoir savoir situer ces choses...


 


Mais bon, l'histoire ne reste pas ma passion, et donc je n'ai pas trop envie de lire ce genre de livre (pardon).

yossarian 16/05/2012 08:31



Ah ah ! Non, je ne ferai pas du Aragon.


Pour rebondir sur la question des programmes scolaires, en France, l'introduction d'un socle commun de connaissances et de compétences permet de réinjecter des notions de chronologie, chose qui
cependant n'a jamais vraiment été complètement délaissée, même si acquérir des repères temporels (et géographiques) n'est pas une chose allant de soi pour les élèves. Personnellement,
j'estime qu'on ne peut pas passer outre un travail de contextualisation.


Mais revenons à Catherine Dufour. Même si son "essai" n'entre pas dans tes préoccupations immédiates, essaie quand même, si l'occasion se présente. La dame rendrait intéressant une notice de
montage d'armoire traduite du chinois par un Serbe. C'est dire...


ps : La prochaine fois, je mentionnerai le genre féminin dans mes accroches.



BouquetdeNerfs 13/05/2012 18:05


Super !


Concernant l'addititif, cela signifie que le livre n'est pas illustré?


 


 

yossarian 13/05/2012 19:14



Il ne l'est pas, à une ou deux exceptions près (du cosmétique).