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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 17:26

K

     Lorsque l'on est un tantinet exigeant, animer un blog confine au sacerdoce et au chemin de croix. Aussi, n'ayant ni la fibre religieuse, ni le goût du martyr, vais-je me contenter de recycler un vieux compte-rendu de 2005 repêché dans mes archives. De quoi garnir une rubrique trop longtemps restée en friche.

 

« Les barbelés s’étiraient sur des kilomètres à l’infini. Toute chose, tout être enfermé dans leur enceinte y était limité, piégé, condamné à mourir, même les gardes avec leur uniforme à tête de mort et leur mitraillette, même le commandant, avec ses goûts de luxe et ses vices raffinés, même les chiens, avec leurs crocs acérés et leurs yeux vigilants.

Camp de concentration. Le nom lui-même les tenait captifs aussi sûrement que les barbelés électrifiés, les miradors et les fusils. Il existait des camps de prisonniers, des camps de travail, des camps de transit, des camps pour le programme d’euthanasie, mais aucun ne ressemblait à cet endroit. Il y avait une puanteur, des bruits, un mélange d’ombre et de lumière qui n’appartenaient qu’à lui. »

 

     Un camp de concentration. Rien de neuf sous le soleil du totalitarisme. Pourtant, il s'agit ici d’un camp aux États-Unis. Sur ce point, l’incipit de K marque l'esprit, jouant sur l'ambiguïté, du moins au début. Pourtant, le roman de Daniel Easterman me laisse une impression mitigée. Seules quelques qualités (ou ce qui apparaît comme tel à mes yeux) atténuent ma virulence. Hélas, elles ne suffisent pas pour emporter mon enthousiasme. Quid de l'histoire ?

 

     Commençons par ce qui me paraît être le meilleur. K apparaît comme une uchronie vraisemblable. À l'instar du Complot contre l'Amérique, bien plus convaincant par ailleurs, l'événement fondateur de K puise son origine dans le contexte d'isolationnisme mâtiné de racisme des États-Unis d'avant guerre.

     Daniel Easterman imagine qu'en 1932 l'A.A.A. (Alliance aryenne d’Amérique) menée par Charles Lindbergh a remporté les élections. Cheval de Troie du Klan, cette coalition hétéroclite use de la popularité de l’aviateur pour imposer peu à peu ses vues au pays entier. Ainsi, être juif, catholique, communiste ou libéral devient désormais un crime passible d'internement en camp. De même, la ségrégation s'impose à tous, au travail et dans la vie quotidienne, une police politique (le FBIS dirigé par Edgar Hoover) se chargeant d'arrêter et de torturer les opposants et autres réfractaires à l'ordre nouveau. Dans un climat de haine savamment orchestré, la population est bien entendu invitée à donner libre cours à sa violence naturelle, pérennisant la bonne vieille tradition du lynchage de nègres. Bref, le rêve américain s'apparente de plus en plus à un cauchemar.

     Un fait semble à inscrire au crédit de Daniel Easterman. Il immerge le lecteur dans une proposition d’Histoire alternative très réaliste sans être trop démonstratif. Des extraits de livres d’Histoire postérieurs à l’action du roman distillent le vernis d'historicité servant de toile de fond à l'intrigue. On prend pied dans un pays apparemment familier, Easterman n'introduisant pas les différences de façon trop voyante. C'est bien de l'Amérique du début des années 1940 dont il est question, mais une Amérique où ce qui s'agitait dans les coulisses fait office de norme sociale.

 

     Là s'arrête la partie du roman m'ayant passionné. Pour le reste... heu..., je dois avant toute chose me livrer à une confession publique. En dépit de quelques titres, je conchie globalement le thriller. Le genre me met les nerfs en pelote, il me donne des aigreurs, il m'incite à aller sur le forum des fans de Maxime Chattam (c'est un exemple), pour proférer des insultes et envoyer valser la Net-étiquette. Bref, le thriller m'horripile. (Bon, ça c'est fait)

     J'ai retrouvé dans K tout ce que je déteste dans le thriller : les gimmicks, les recettes d'écriture, le rythme à l'emporte-pièce, sautant d'un protagoniste à un autre, histoire d'allonger le suspense, les cliffhangers assommants... Au secours !

     Mais le pire, argh ! c'est que rien n'est crédible dans l'intrigue. Sans déflorer de manière abusive le récit, je révèle juste son point de départ. Comme la guerre s'est déroulée dans l’ancien monde de la façon connue, le Royaume-Uni demeure le seul bastion invaincu face au Reich. Mais un bastion assiégé finit toujours par tomber. Dans cette situation, la participation des États-Unis dans le conflit est vitale pour l’avenir. S’ils choisissent le camp de l’Axe, good bye the Queen ! Informé de l’opinion du Klan, les Rosbeefs ont quelques soucis à se faire. Mais là où la diplomatie est démunie, un bon agent secret peut faire des miracles... Voilà pourquoi John Ridgeforth débarque nuitamment sur les côtes de Caroline du nord où il reçoit aussitôt l’appui de la résistance américaine qui lui fournit une identité crédible et quelques moyens pour s’intégrer sans faire trop de vagues.

     Jusque là, tout va bien.

     Arrivé à Washington, après un détour bien instructif dans la campagne profonde, John contacte son agent de liaison... la femme du vice-président des États-Unis ! Il en tombe amoureux aussi sec (façon de parler), se fait embaucher par son mari, Air Force One, et devient un intime du FBIS (quand on connaît la méfiance de Hoover, ça laisse perplexe)…

     Arrêtons le massacre. K aligne un florilège (je n'ai pas dit un ramassis) de clichés et de personnages caricaturaux faisant regretter amèrement l’art subtil d’un John Le Carré, par exemple.

 

     Un conseil : lisez Le Complot contre l'Amérique de Philip Roth.

 

 

K.jpg

 

 

 

 

 

   

 

 

 

 

 

K (K, 1997 ) de Daniel Easterman - Réédition Pocket, 2000

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