Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

  • : le blog yossarian
  •   le blog yossarian
  • : Grand lecteur de romans noirs, de science-fiction et d'autres trucs bizarres qui me tombent sous la main
  • Contact

Recherche

29 juin 2011 3 29 /06 /juin /2011 18:53

     Petit à petit, les éditions Asphalte continuent d'étoffer leur catalogue. Après l'Australie, l'Allemagne, l'Islande et la Thaïlande, l'éditeur poursuit son tour du monde en traînant ses guêtres du côté de l'Argentine.

     Vous l'ai-je déjà dit ? Les auteurs argentins méritent que l'on se penche (ou s'épanche) sur leur cas. Oui ? Non ? Une faute réparée immédiatement, on va le voir.

     Carlos Salem, Ernesto Sabato, Adolfo Bioy Casares, Jorge Luis Borges... Voici des auteurs géniaux ! Avec des romans à l'avenant. De quoi redonner foi en l'humanité (non, je déconne). Bref, cela fait un bout de temps que j'ai lu Golgotha de Leonardo Oyola. Et comme j'ai justement plein de temps qui se libère, je vais en dire un mot tout de suite. Hop !

 

     Même si les ajustements structurels imposés par le FMI ont taillé des croupières aux rentiers patagons, l'Argentine jouit toujours d'une aura de pays riche en Amérique latine. Une aura agrémentée de clichés romantiques : tango et gauchos. Des représentations à la réalité, Carlos Salem se charge de nous ramener les pieds sur terre dans une courte préface assez éclairante.

     En lisière de Buenos Aires, la capitale, prolifèrent la misère et la délinquance. On appelle ces quartiers les villas miserias. Des lieux abandonnés de tous, sauf des pauvres. Un labyrinthe de maisons aux façades lépreuses, reliées entre-elles par des pasillos censés empêcher le passage des voitures de police.

     Oyola connaît bien ces quartiers populaires. Il y est né, y a vécu. Il a appris leurs règles et ce qu'il coûte de ne pas les respecter. Dans la préface, Carlos Salem dépeint Golgotha comme un western moderne, un poème épique, rythmé et enragé, servi par un rock généreux. Celui joué dans les pasillos.

 

     Quid de l'intrigue ? Villa Scasso, banlieue de Buenos Aires. Chômage endémique, alcoolisme, violence quotidienne, une vraie carte postale pour touriste suicidaire. À Scasso, on vit et on meurt. On meurt beaucoup. Pas question de quitter le quartier autrement que sur ses pieds, en devenant footballeur ou flic, ou les deux pieds devant soi.

     Un jour de neige, Magui perd sa fille. Un avortement clandestin raté. Du rouge sur fond blanc. La faute à pas de chance dit la rue, taisant le rôle joué par Kuryaki, le caïd local. Magui avait tout misé sur sa fille. Elle nourrissait de grands espoirs quant à son avenir. Quel parent ne se comporte pas ainsi, se voilant la face pour ne pas voir les agissements réels de sa progéniture. Mais Magui ne supporte pas ce drame. Elle se suicide dans l'indifférence générale. La routine à Scasso. Sauf pour Calavera.

     Il a bien connu Magui avant d'entrer dans la police. Il a même failli l'épouser. Il connaît aussi Kuryaki. Un client sérieux, bien connu de ses services et jouissant de l'impunité. Dès lors, il n'a plus qu'une seule idée en tête : se venger. Le sang appelle le sang et tant pis s'il faut contrevenir aux règles du quartier, rompre le statu quo avec la bande des Gamins. Tant pis si Lagarto, son coéquipier et ami, lui conseille d'oublier, de laisser filer. Kuryaki doit mourir.

 

     Drame en trois actes, dont le découpage se réfère aux différentes stations d'un calvaire, Golgotha impressionne par sa puissance d'évocation rageuse. On est littéralement immergé, pour ne pas dire aspiré, par l'histoire et par cette villa miseria.  À force de dialogues, de descriptions, de détails, Oyola donne substance au quartier de Scasso. Vie et mort semblent inextricablement liées aux pas de chacun de ses habitants. Les règles doivent y être respectées, même si la frontière reste mouvante entre ceux qui survivent et ceux qui tuent, entre ceux qui font la loi et ceux qui la font respecter.

     Récit syncopé, alternant digressions et accélérations de rythme, souvent dans le plus parfait désordre, Golgotha marque l'esprit. Sans concession, il agace, secoue, émeut, bref il ne laisse pas indifférent.

     Je suis curieux maintenant de lire un autre titre de l'auteur. Chamamé par exemple.

 

Gol.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Golgotha (Golgotha, 2008) de Leonardo Oyola – Editions Asphalte, 2011 (Roman inédit traduit de l'espagnol [Argentine] par Olivier Hamilton)

Partager cet article

Repost 0

commentaires