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  • : Grand lecteur de romans noirs, de science-fiction et d'autres trucs bizarres qui me tombent sous la main
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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 11:32

« Bien plus tard, assis par terre, adossé à une cloison dans un Motel 6 à la sortie de Phoenix, les yeux fixés sur la mare de sang qui se répandait vers lui, le Chauffeur se demanderait s’il n’avait pas commis une terrible erreur. Encore plus tard, bien sûr, il n’aurait plus le moindre doute. En attendant, le chauffeur était dans l’instant, comme on dit. »

 

     Roman noir par excellence, à l’intrigue portée par un phrasé âpre, un style comportementaliste dépourvu de toute préciosité psychologique, Drive s’attache à la trajectoire d’un individu surnommé le Chauffeur. On ne connaîtra pas grand-chose d’autre du bonhomme.

     Sallis ne s’attarde pas sur son curriculum, tout au plus apprend-t-on indirectement que sa mère a tué son père avant de basculer dans la folie, suite à quoi le Chauffeur a été placé dans une famille d’accueil. On ne s’appesantit pas davantage sur les états d’âme ou sur les motivations du Chauffeur. Celui-ci se définit dans l’action et c’est ainsi que sa personnalité se dévoile peu à peu.

     Avare de paroles, le Chauffeur se révèle très jeune doué pour la mécanique et la conduite. Efficace, perfectionniste, bref professionnel, il respecte des principes inébranlables, à l’opposé de ces frimeurs bavards, flambeurs, accoutumés à se la jouer et à qui on ne doit accorder aucune confiance.

     Intronisé cascadeur, le Chauffeur évolue dans les marges du show bizz, jouant et rejouant les mêmes scènes de poursuite et les gymkhanas automobiles scénarisés par les pisse-copies des studios. Des marges d’Hollywood à celles du banditisme, le pli est vite pris. Des cambriolages à la sauvette, des braquages prenant pour cible des officines de prêteurs sur gages où il se contente de tenir le volant. Des extras malhonnêtes lui permettant d’engranger une cagnotte dans un sac de marin. Jusqu’au jour où le commanditaire d’un casse lui fait une entourloupe. Le Chauffeur se découvre alors un nouveau talent : celui de tuer.

     Dédié à Ed McBain, Richard Stark (aka Donald Westlake) et Lawrence Block, Drive dépasse le banal hommage à ces trois auteurs d’importance. Sallis nous dresse le portrait d’un dur à cuire ne s’embarrassant pas avec la morale, celle des autres. Le Chauffeur carbure à sa propre morale, une conduite de vie pas moins dégueulasse qu’une autre, à la condition d’accepter de franchir la ligne blanche.

     Portrait d’un homme solitaire, Drive est également le portrait en creux d’une certaine Amérique : celle des banlieues interminables, des autoroutes, des laissés pour compte de l’American Way of Life, des bars et motels minables, des appartements sordides où on nourrit sa solitude à coup de programme télé débilitant. Triste nouveau monde.

 

     En 175 pages bien tassées, James Sallis nous dispense une leçon d’écriture. Incontestablement une réussite et, par voie de conséquence, un roman à lire.

drive.jpg


Drive
de James Sallis - [Drive, 2005] - Rivages/Noir, 2006

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