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  • : Grand lecteur de romans noirs, de science-fiction et d'autres trucs bizarres qui me tombent sous la main
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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 20:30

     À l'instar des feuilles mortes, les prix littéraires tombent en automne. De quoi alimenter le marronnier des médias. De quoi relancer aussi les ventes, pour le plus grand contentement de l'éditeur, tout en flattant l'égo de l'auteur.

     Je confesse n'accorder qu'une attention mollassonne à ce spectacle. Le feu des projecteur, le jeu des petites phrases, les sous-entendus, les tensions affleurant lors de la publication des nominés, tout cela m'indiffère et, à vrai dire, ce n'est pas un prix qui me fera lire un roman.

     Cette année fait exception (Ne jamais dire jamais ou fontaine etc.). En effet, la remise du prix Médicis est venue bousculer mes habitudes. Certes, Maylis de Kerangal n'était pas vraiment une inconnue. J'avais lu quelques avis engageants sur son roman précédent. L'occasion de précipiter sa remontée au sein de ma pile à lire.

     Que dire de Corniche Kennedy sans affadir l'impression qu'il me reste de ce livre, une fois la dernière page tournée ?

     Résumer l'histoire ? Baste ! Celle-ci tient de toute façon sur un ticket de bus (ou de métro). D'un côté des jeunes, la bande de la Plate, ayant pris quartier sur un bout de caillou au pied de la corniche à Marseille, et qui se prennent pour les plongeurs d'Acapulco. De l'autre un maire excité, surnommé le Jockey, souhaitant mettre un terme aux plongeons de cette racaille des quartiers désargentés de la cité phocéenne. Faire place nette ! Restituer la corniche à la circulation automobile. Et rien d'autre ! Entre les deux, un flic désabusé, revenu de tout, cuvant son spleen dans l'alcool.

     Non, résumer l'histoire de Corniche Kennedy n'est tout simplement pas tenable car les clichés déjà-vus, déjà lus ailleurs, se révèlent au final un prétexte, un décor, permettant à l'écriture de Maylis de Kerangal de se déployer dans toute son ampleur. Somptueuse, rythmée, déconstruite, à hauteur d'homme, la prose de l'auteur happe l'attention. Elle installe une atmosphère, campe les caractères, exprime les non-dits. Elle se révèle idéale pour décrire cette période trouble et troublante, propice à tous les excès, que l'on nomme adolescence.

     Il ne se passe pas grand chose sur la Plate. On se regarde, on se toise, on se défie, on joue au jeu de la séduction. On cache les blessures intimes tout en cherchant à être quelqu'un ou du moins à le paraître. Et on plonge, pour le frisson du saut (chiche !), pour cet instant fugitif où, entre ciel et mer, on embrasse le monde dans sa totalité.

     Quelque chose d'alchimique se met en place. Un tropisme irrésistible. Les phrases de Maylis de Kerangal sonnent vrai. Elles réveillent des échos familiers, des souvenirs enfouis dans les tréfonds de la mémoire. Quelque chose de visuel, d'olfactif que l'on perçoit également à l'oreille. Quelque chose dont il est difficile de dresser le compte-rendu sans en affaiblir l'effet.  Aussi, laissons la parole à l'auteur.

 

« Ils se donnent rendez-vous au sortir du virage, après Malmousque, quand la corniche réapparaît au-dessus du littoral, voie rapide frayée entre terre et mer, lisière d'asphalte. Longue et mince, elle épouse la côte tout autant qu'elle contient la ville, en ceinture les excès, congestionnée aux heures de pointe, fluide la nuit – et lumineuse alors, son tracé fluorescent sinue dans les focales des satellites placés en orbite dans la stratosphère. Elle joue comme un seuil magnétique à la marge du continent, zone de contact et non de frontière, puisqu'on la sait poreuse, percée de passages et d'escaliers qui montent vers les vieux quartiers, ou descendent sur les rochers. L'observant, on pense à un front déployé que la vie affecte de tous côtés, une ligne de fuite, planétaire, sans extrémités : on y est toujours au milieu de quelque chose, en plein dedans. C'est là que ça se passe et c'est là que nous sommes. »

 

     Bref, je dois avouer que je suis maintenant très impatient de lire Naissance d'un pont.

 

corniche_kennedy.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Corniche Kennedy de Maylis de Kerangal - Réédition Gallimard, collection folio, 2010

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