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  • : Grand lecteur de romans noirs, de science-fiction et d'autres trucs bizarres qui me tombent sous la main
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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 14:33

     Chasser les chimères peut s'avérer une tâche gratifiante, du moins si l'on en juge la sélection proposée par Serge Lehman. Sous une illustration de Gustav Klimt représentant Hygie, déesse de la Guérison, l'anthologiste entend réparer un oubli, restituant à la science-fiction française son âge d’or.

     Si l’intention semble louable, elle s'apparente surtout à un travail de forçat ou de bibliomane, aimant fouiller dans les rayonnages poussiéreux des bouquinistes et archivistes. Au regard du résultat, il faut reconnaître que l'effort en valait la peine.     

     Chroniquer une anthologie n’est pas tâche aisée. Doit-on rendre compte du travail de l’anthologiste, en jugeant de l’adéquation des textes sélectionnés avec la démarche, ou se contenter de résumer et commenter chaque texte à l’aune de ses impressions personnelles ? La première voie s’impose naturellement ici, tant l’échantillonnage des textes illustre idéalement le propos de la préface de Serge Lehman. 

 

     Florilège raisonné de textes issus d'un âge d’or de la science-fiction francophone Chasseurs de Chimères exhume un pan entier de notre culture littéraire. Un pan ayant basculé, à l'exception de Jules Verne, Rosny Aîné et Barjavel dans un angle mort. Qui se souvient de Maurice Renard, d' Octave Béliard, de Jean de La Hire, de Michel Epuy, de Jean d'Esme, de Claude David et de bien d’autres... ? Pas grand monde, convenons en. Et pourtant, il fut une époque où ces auteurs étaient le fer de lance de la science-fiction... pardon du merveilleux-scientifique comme l’a délimité et définit en 1909 Maurice Renard. Ce sont ces « Hypermondes perdus » que nous restitue rapidement - en préface - un Serge Lehman résolu à renouer le fil d’une continuité historique rompue.

 

     Au premier rang des éléments de cette redécouverte figure l’indispensable essai de théorisation de Maurice Renard sur le merveilleux-scientifique. Indispensable puisqu’il démontre que ce courant, dont les composantes et thématiques s’inspirent de Herbert Georges Wells, correspond, à quelques mots près, à la définition classique de la science-fiction établie par Hugo Gernsback en 1926.

     Eh oui, vous me lisez bien, l’antériorité de la définition du champ littéraire de la science-fiction reviendrait ainsi à un Français. De quoi, nuancer un grand nombre de ces idées reçues abondant sur ce sujet. De quoi également nourrir de longues discussions...

 

     Un mot maintenant des textes choisis. Si on relativise leur style désuet (ce n’est pas très difficile, il faut juste se remettre en mémoire des œuvres anglo-saxonnes écrites à la même époque), la sélection proposée dans cette anthologie donne une image de la SFF loin d’être ridicule. Sans faire preuve d’un esprit cocardier malvenu, on reste interloqué devant les qualités littéraires et l’imagination de la plupart de ces récits.

     Personnellement, j’affiche un coup de cœur pour trois titres. D’abord, je reste marqué par Les Xipéhuz, où l’auteur nous décrit l’impossibilité à communiquer de deux races (règnes ?) et l’affrontement qui en découle. Mine de rien, cette nouvelle de Rosny Aîné,parue en 1887, impressionne.

     Ensuite vient, Le Péril bleu, un roman tout à fait surprenant de Maurice Renard, édité en 1912. L’auteur y ouvre les vannes au vertige de l’imagination et fournit par la même occasion une illustration parfaite de ce courant merveilleux-scientifique qu’il a contribué à définir.

     Enfin pour clore cette série de coups de cœur, je souhaite dire un mot du magnifique texte de André Maurois où sont convoqués une merveille scientifique (l’immortalité de l’âme), l’amour et l’amitié. Du concentré d'émotion.

 

     On pourrait s'interroger sur l'échec d'un courant aussiproductif (près de trois mille textes écrits entre 1874 et 1950 recensés par l’anthologiste). Sur son oubli faisant passer la science-fiction comme un nouveau genre littéraire dans l'Hexagone durant les années 1950.

     Sur ce point, Serge Lehmans’en tient à quelques hypothèses. Il relève d’abord l’inexistence de ces supports à bon marché, les pulpspour les nommer, qui aux États-Unis ont généré un fandom, vivier des talents à venir. Il remarque également la timidité des auteurs français qui ne déploient pas ou peu leur imagination dans d’autres territoires, comprendre ici l'espace, et refusent notamment de se projeter dans l’avenir lointain.

     L’exclusion de Jules Verne du courant merveilleux-scientifique par Maurice Renard lui-même semble pour Serge Lehman symptomatique de ce complexe. Finalement la SFF ne semble pas s’être affranchie du paradigme Wellsien, ce qui l’a poussée à rater sa mutation, transformation opérée et réussie par les Anglo-saxons.

      À sa manière, l’œuvre d’archéologie littéraire entamée par Serge Lehman avec Chasseurs de chimères participe utilement à la redécouverte de l’Histoire de la science-fiction francophone. L'anthologiste livre ici à un public plus large une connaissance jusqu’à présent limitée à un cercle d’érudits pointilleux.
      L’occasion est belle pour en profiter car, croyez moi sur parole, cet âge d’or de la SFF recèle, de surcroît, quelques précieux joyaux à admirer.



Chasseurs_chimeres.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chasseurs de chimères, anthologie présentée par Serge Lehman- OMNIBUS/SF, Septembre 2006

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commentaires

Soleil vert 19/02/2013 22:39


Dans ma pile à lire ...


Au fait Le systeme Valentine vient d'être réédité en Folio SF, pas une nouvelle pour toi ...mais avec un bandeau bleu "prix du Cafard cosmique" !

yossarian 20/02/2013 21:32



Salut camarade ! Heureux de te lire.


C'est sûr. Le cafard manque...