Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

  • : le blog yossarian
  •   le blog yossarian
  • : Grand lecteur de romans noirs, de science-fiction et d'autres trucs bizarres qui me tombent sous la main
  • Contact

Recherche

11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 16:38

     Il y a maintenant belle lurette, j'ai causé sur ce blog de Blue, roman du désormais très rare Joël Houssin. Les lecteurs assidus et chevelus s'en souviennent peut-être...

     La réédition/réécriture de Locomotive rictus – à paraître chez Ring sous le titre de Loco – m'a rappelée l'envie que j'avais de lire Argentine du même auteur. Et comme par hasard, j'ai fini par trouver le livre après une longue et infructueuse quête.

     Bref, vous l'aurez compris, les conditions étaient réunies pour me mettre à l'ouvrage, ce que j'ai fait, toutes affaires cessantes.


« Elle dégageait un parfum bizarre, mélange lourd de musc et de poil de chien mouillé. »

 

     La Cité. Microcosme où s'ébattent des prisonniers politiques et leur descendance, sous la garde de la milice, en uniforme et lunettes noires. Une prison assiégée par le désert au-dessus duquel planent de lourds zeppelins noirs.

     Les belles théories ont fait long feu accouchant d'un chaos permanent. Entre les quartiers, l'apartheid couve. On ne se mélange pas, on ne se parle pas. On s'affronte par bandes interposées, on s'entretue. Les rues, les passerelles, le sous-sol de la ville sont sous l'emprise des pires vices et sévices.

     Pourtant, dans cet univers de béton, il faut survivre car « le dégoût de vivre ne supprime pas la peur de mourir. »

 

« La ville était une machine à broyer les anges. »


     La parenté entre Blue et Argentine n'est pas abusée. En fait, le second titre semble comme un décalque du premier. Même univers urbain, les quartiers ayant remplacés les territoires contrôlés par les clans, même violence permanente entre bandes que l'on croirait échappées d'Orange mécanique, même emprisonnement, avec le désert et des zeppelins de surveillance, en guise de mur infranchissable.

     L'histoire est ici dominé par la figure de Diego. Fils et petit-fils de rebelle, il a brillé au firmament, sous le surnom de Golden Boy, à la tête de sa bande des Communards. Au point de devenir le héros d'une jeunesse bagarreuse et frondeuse. Mais ce temps est révolu. Diego vit désormais barricadé dans un appartement du quartier Nord. Entre un père alcoolo et paranoïaque et un petit frère qui le méprise, il assure le quotidien merdique de sa petite famille.

 

«  Et puis les mètres sont devenus des années, les kilomètres des siècles ! Les animaux se sont mis à mourir de vieillesse dès leur naissance, les œufs n'abritaient plus que des fœtus de vieillards... »

 

     Évidemment, on se doute que les choses ne vont pas rester en l'état. Les événements se précipitent inexorablement. Le temps fout le camp. L'entropie menace l'équilibre de la Cité, faisant passer les bastons entre bandes pour des jeux d'enfants. Un ouragan de tachyons risque de déferler, effaçant les années et les existences. Tout semble perdu. À moins que Diego ne sorte de sa retraite.

 

« Une vilaine couperose violacée commençait à tacher le ciel. »


     À l'instar de Blue, Argentine apparaît comme un roman tendu, peuplé d'archétypes sympathiques, de trognes mémorables. Un roman plus malin qu'il n'y paraît, porté par une plume ayant gagné en ampleur et en assurance. À plusieurs reprises, on est subjugué par les visions dantesques de l'auteur. Et l'on est emporté par une histoire menée au rythme d'une samba endiablée.

 

«  Nous avions l'impression de rouler sur le ventre d'une phénoménale charogne dont nos roues crevaient les abcès chargés de pus et d'humeur. »

 

     Arrivé au terme de ce compte-rendu, je me rends compte que je n'ai toujours pas lu Le Temps du twist. Je crois qu'il devient urgent d'y remédier.

 

Argentine.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Argentine de Joël Houssin – Éditions Denoël, collection « Présence du futur », 1989

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Slicte 13/10/2012 17:15


Bonne chronique, qui m'a émoustillé. Comme celle de Jean-pierre Andrevon sur Noosfere d'ailleurs. J'ai ressenti tous les meilleurs attraits de la French
Touch en SF. C'est à dire, pas forcément des thèmes inédits mais une écriture singulière et attachante. Par ailleurs, la couverture est mystérieuse et intrigante contrairement à celles
du Fleuve Noir qui étaient bien flippantes.


Après une petite recherche, effectivement le bouquin ne court pas les rues, ce qui est bien dommage.


 

yossarian 17/10/2012 18:50



Réponse tardive, mais réponse tout de même.


Effectivement, j'aime beaucoup cette génération d'auteurs : Vila, Andrevon, Houssin et bien d'autres. Ils ne s'embêtaient pas avec leurs états d'âme. C'était plutôt : on aligne les mots et
cadence de feu maximum.