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  • : Grand lecteur de romans noirs, de science-fiction et d'autres trucs bizarres qui me tombent sous la main
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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 18:11

     Un peu par curiosité, mais surtout par désœuvrement, j'ai entamé la lecture des trois premiers romans de la série « Cal de Ter » de Paul-Jean Hérault. De la SF aventureuse et populaire comme en publiait jadis la collection « Anticipation » des éditions Fleuve noir, et comme j'ai pu en lire pendant mes jeunes années.

 

<3615 mylife>

     Je dois confesser avoir beaucoup lu ce genre de livre à une certaine époque, repérant ceux-ci chez un bouquiniste de la rue Froide à Caen. Pendant un temps, je me suis même enquillé une proportion non négligeable des volumes de « La Compagnie des glaces » de Georges-Jean Arnaud. Faut croire que j'ai vraiment vieilli...

      Dans ma mémoire, ces romans assez courts me procuraient de la distraction, entre deux ouvrages plus consistants qu'il me fallait ingurgiter pour satisfaire à mon cursus universitaire. Je n'en garde pas un mauvais souvenir, mais il y a des choses que l'on devrait éviter de refaire...

<3615 mylife>

 

Rescapé1      Je ne peux pas dire avoir perdu beaucoup de temps avec ces trois romans. Leur lecture m'a pris en gros trois heures. L'histoire de Cal, dernier terrien perdu dans l'espace après la destruction de sa planète natale, supporte d'ailleurs très bien de sauter les pages. Aucune déperdition d'information à craindre, l'intrigue ayant, en règle générale, l'épaisseur d'une feuille de tabac à rouler.

      Mais je ne peux m'empêcher de trouver le fait de rééditer ce genre de truc, un peu abusé...

      Certes, l'auteur jouit d'un capital de sympathie dans le fandom francophone, si l'on en juge le prix Cyrano qu'il a reçu en 2005 pour l'ensemble de son œuvre. Pourtant, les trois premiers volumes de la série « Cal de Ter » démontrent autant de panache qu'une bière éventée sans faux-col.

      Pour le coup, j'ai surtout eu l'impression que Laurent Genefort, qui dirige la réédition de cette série chez Milady, nous proposait un de ses plaisirs régressifs.

     Personnellement, j'ai trouvé ça médiocre de bout en bout, pour ne pas dire autre chose de plus désagréable.


     Je m'explique : à lire « Cal de Ter », on a le sentiment que le seul souci de Paul-Jean Hérault est de reproduire tous les poncifs les plus éculés de la SF populaire. Entre technologie, aussi fumeuse qu'une Gitane sans filtre, et accumulation de stéréotypes, il nous gâte particulièrement. À tout ceci s'ajoute une idéologie néo hippie, oscillant paradoxalement entre utopie tranquille à base de football et de rugby, et mythe du surhomme. J'en suis resté baba... 

 

Les batisseurs du monde      Quid de l'intrigue ?

      Est-il bien nécessaire de l'infliger aux lecteurs de ce blog ? (Je devine comme une impatience déviante...)

      Baste ! Faisons taire le suspense.

      Cal est un logicien (merci papy van Vogt). Doté d'un Q.I. honnête mais instable, il demeure un être à part parmi les siens. Au cours d'un séjour en clinique (rien de grave, une banale opération de chirurgie esthétique), il est enlevé par son meilleur ami. Profitant de son anesthésie, le bougre l'expédie dans une capsule vers une destination inconnue. Lorsqu'il émerge de son hibernation, Cal découvre que la Terre et Mars se sont détruites mutuellement. Pas le temps de se lamenter, sa capsule va atterrir sur une planète bleue avant de s'autodétruire.

      Dernier Terrien de l'univers, Cal se voit déjà jouer au Robinson Crusoé sur ce monde étranger. Pas de chance, celui-ci est habité par des êtres simples et pacifiques. Le voilà propulsé au rang de pygmalion de ce peuple, en position de donner un petit coup de pouce à l'évolution. Car Cal a le projet de créer une civilisation meilleure que celle de la Terre. Et pour lui donner un coup de main, il peut compter sur les ressources illimitées de la dernière station cachée des Loys, une race extra-terrestre disparue...

 

      On s'en tiendra là pour l'histoire, de crainte d'en révéler tous les ressorts (ils ne sont pas bien complexes).

      On le constate rapidement, au propos un tantinet condescendant et entaché du fardeau de l'homme blanc, s'ajoute une intrigue simpliste brassant les mêmes recettes dans chacun des trois romans. On peut d'ailleurs résumer celles-ci de la façon suivante : Cal se réveille de son hibernation, il découvre le monde qui l'entoure, un danger survient, de nature belliqueuse, religieuse ou cosmique, il le surmonte avant de reprendre son somme pour quelques centaines d'années supplémentaires. En véritable Hari Seldon couillu, il corrige ainsi à plusieurs reprises l'évolution de SA planète, mise à mal par les aléas de l'Histoire.

La-planete-folle.jpg      Soyons honnête, même si le procédé ne m'a pas rebuté, après tout de nombreux auteurs populaires utilisent le même, cela ne marche absolument pas ici.

      La narration est dépourvue de toute tension dramatique. Les méchants brillent surtout par leur nullité et les rebondissements sont au mieux téléphonés, au pire télégraphiés.  

   Hérault se contente d'énoncer des faits, alternant mécaniquement des chapitres à la première et à la troisième personne du singulier, sans exploiter littérairement le changement de point de vue. Enfin, les actions de Cal sont aussi crédibles que les promesses de François Hollande. Mais en même temps qu'attendre d'autre d'un personnage ayant la psychologie d'une huître ?

 

      Au final, « Cal de Ter » s'avère une série besogneuse, dépourvue de tout souffle épique, où l'absence d'imagination se conjugue à un propos réactionnaire. Dire que l'on a tué des castors pour rééditer ce machin !

     Personnellement, ce sera no more Hérault pour moi à l'avenir...

 

 

Cal-de-Ter-1.jpg 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Cal de Ter » de Paul-Jean Hérault – Label Milady (réédition des trois romans : Le Rescapé de la Terre [1975], Les Bâtisseurs du monde [1976] et La Planète folle [1977])

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commentaires

Cancale de Ter 07/02/2014 23:50

Hum !

Je viens de me farcir la série. Elle ne manque pas, loin s'en faut, de défauts, mais je te trouve un peu dur.
Notamment, je pense que tu as trouvé les grilles de lectures les plus inadaptées à analyser cet œuvre. Excuse moi, mais alors le mythe du surhomme, le complexe de l'homme blanc et le "propos réactionnaire", faut vraiment faire une fixette et aimer se faire mal pour aller les chercher là dedans...
On a surtout une série s'appuyant sur une super idée, efficace sur 100 pages, puis devenant terriblement lassante.
La faute au style plus lapidaire qu'une Intifada, au néant littéraire, aux personnages agaçants et aux ficelles répétées jusqu'à l'usure. Le pire reste la vraisemblance et le rythme de plus en plus absents au fur et à mesure des intrigues. Ça donne l'impression d'avoir été bâclé, et c'est bien gênant !
Ceci dit, ça reste quand même du roman d'aventure, de hall de gare et de transport en commun d'un bon niveau.

patatoïde en perdition 06/02/2013 15:21


Mes zygomatiques te remercient de cette allusion aux Stranglers.

yossarian 08/02/2013 14:44



Gaffe quand même ! Le claquage n'est pas loin.



BouquetdeNerfs 04/01/2013 15:31


Citer François Hollande dans une chronique sur un livre SF écrit par un homonyme de notre premier ministre fallait le faire ! :-)

yossarian 04/01/2013 17:59



J'ai le vice chevillé au corps.



Patrice 03/01/2013 18:51


Pour ma part, j'ai tout gardé. Cela-dit, ruiné était un bien grand mot de ma part: à 8F le FNA, on pouvait en acheter un paquet.

Patrice 03/01/2013 18:45


Tiens, toi aussi tu t'es ruiné chez Mémoranda durant tes études?

yossarian 03/01/2013 18:47



Eh oui !


Bon, je les revendais après lecture.