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  • : Grand lecteur de romans noirs, de science-fiction et d'autres trucs bizarres qui me tombent sous la main
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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 18:45

     Idéal pour se divertir, même si l'intrigue ne casse pas trois pattes à un canard, Butcher Bird s'avère une lecture cool et sans prise de tête. La quatrième de couverture évoque (à raison) les mânes de Quentin Tarantino pour les dialogues. Pas faux. Je n'irai pas à l'encontre de l'assertion tant les échanges brillent par leur ton ironique et une imagerie très cinématographique. Tout au plus me permettrai-je d'ajouter Terry Gilliam à la liste des références. Un ajout personnel s'expliquant par le délire visuel, entre fantaisie parallèle, cauchemar et réalité, dont fait montre Richard Kadrey.

     En effet, que ce soient la résidence des Jardins du Coma, en feu avant même d'être construite, le chantier de la cité du ciel, voulue en Enfer par Lucifer, ou Bérénice, la ville où finissent tous les souvenirs qu'on laisse derrière soi quand on tourne la page, je ne peux m'empêcher d'y voir un terrain fertile à la démesure du réalisateur.

 

     Quid de l'histoire ?

 

     Spyder et Loulou terminent leur journée, accoudés au comptoir du Bardo Lounge, seul bar tibétain de San Francisco. Associés dans un salon de tatouage et de piercing, les deux acolytes éclusent les verres de Tequila, les uns derrière les autres, tout en se défiant. Mais, au petit jeu de quelle est la pire façon de mourir, ni l'un ni l'autre ne semble remporter l'avantage. Jusqu'au moment où une inconnue, affublée de lunettes noires et portant la canne blanche, leur cloue le bec d'une sentence définitive : « Être trahi par celui ou celle qu'on aime. »

     Préférant oublier la fâcheuse, Spyder s'en va vider sa vessie dans la venelle à côté du bar, où un démon manque de lui faire la peau. Sauvé in extremis par l'aveugle, qui décapite le phénomène d'un coup d'épée, Spyder oublie rapidement sa mésaventure, mettant celle-ci sur le compte de l'alcool. Le lendemain, une copieuse gueule de bois lui martelant le scalp, il retourne au turbin. Mais dans la rue, il croise monstres et démons en pagaille. Un capharnaüm qu'il semble être le seul à voir. Et puis, au boulot, il découvre que Loulou a mis en gage son corps auprès des clercs noirs, des créatures terrifiantes venant régulièrement lui en prélever des morceaux. Le cauchemar !

     Tout ceci n'est que le prélude d'une quête frappadingue mais cool, en compagnie de Pie-Grièche – la mystérieuse aveugle du Bardo Lounge – de Loulou, de Primo – un gytrash – et du comte No. Une quête dont la destination est rien de moins que l'Enfer.

     Avec ses tatouages, un enchevêtrement de motifs anciens, de runes et de symboles ésotériques – comme seule armure, Spyder court de surprise en surprise, sans se départir de sa décontraction naturelle.

 

« N'oublie pas que tu es un baroudeur taciturne, un guerrier redoutable.

- C'est facile à dire quand on n'a pas la trique. »

 

     L'univers baroque, pour ne pas dire déjanté, où l'horreur affleure sans jamais prendre complètement le dessus, apparaît incontestablement comme le point fort de Butcher Bird. Richard Kadrey bâtit un monde fantaisiste où les arcanes de la démonologie copulent gaiement avec les mythes du monde entier, où le passé, le présent et le futur se superposent en vrac, dans une absence de solution de continuité. Et si la route de l'Enfer ne semble pas pavée de bonnes intentions, elle apparaît, bien au contraire, jalonnée de bizarreries, d'embuscades et de monstruosités prêtant plus à sourire qu'à s'effrayer.

 

« Sous le Borgia, l'Italie a été pendant trente ans en proie à la guerre, à la terreur et aux massacres. Ça a donné Michel-Ange, Léonard de Vinci et la Renaissance. Les Suisses, eux, ont connu cinq siècles de démocratie, de paix et de fraternité. Et qu'est-ce que ça a donné ? Le coucou ! »

 

     Difficile également de résister à la fulgurance de dialogues frappés au coin de la dinguerie ou inspirés par la filmographie d'Orson Welles. Le regard de Spyder semble empreint d'une douloureuse acuité quant aux relations humaines. Fort heureusement, le bougre conjure son spleen existentiel grâce à un humour irrésistible et les situations incongrues ne viennent pas démentir la vivacité de ses réparties.

 

     Bref, comme pour le diable, j'ai apprécié Butcher Bird surtout dans ses détails. Ce n'est certes pas un grand roman, mais une distraction réjouissante. Exactement ce qu'il me fallait.

 

« Spyder écarta les bras et inclina le cou en arrière pour crier à pleins poumons : Au secours !

Lucifer secoua la tête, comme atterré; Pie-Gièche se couvrit les oreilles.

Bon Dieu, ça fait des jours que j'en mourais d'envie !  Déclara Spyder. »

 

Butcher-Bird.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Butcher Bird de Richard Kadrey – Éditions Denoël, collection Lunes d'encre, avril 2012 (roman inédit traduit de l'anglais [États-Unis] par Jean-Pierre Pugi)

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commentaires

Cachou 28/05/2012 23:36


Ben tout pareil ^_^.
J'ai trouvé un autre livre du monsieur en occasion, on verra ce que ça donne, je me le réserve pour un autre moment de détente.

K2R2 28/05/2012 18:59


Chouette couverture !

yossarian 08/06/2012 09:25



Pulpeuse à souhait effectivement !