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  • : Grand lecteur de romans noirs, de science-fiction et d'autres trucs bizarres qui me tombent sous la main
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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 17:08

     Panama City, 1989. L'armée américaine bombarde le bidonville d'El Chorillo avec un acharnement incompréhensible. Dans la poussière étouffante, les éclats de verre brisé et les décombres calcinés, deux humanitaires américains errent, à la recherche d'un abri.

     Des milliers de morts, des cadavres d'enfants réduits à l'état de poupées charbonneuses.

« Pourquoi ont-ils fait ça ? »

La réponse est sans doute tapie dans les dortoirs souterrains d'une clinique, nichée au cœur du quartier en ruine. À moins qu'elle ne se trouve dans le futur.

 

     Terre, cité de Paradice, an 3000. Pour fêter le nouvel An, trois trillions d'habitants s'apprêtent à laisser libre cours à leur fureur. Une orgie de cannibalisme, de viols, d'incestes, de meurtres, de mutilations, de tortures... Une communion sanglante aussi rouge que les brumes permanentes occultant le ciel.

     Dans cet asile psychiatrique qu'est devenue la Terre, les électrochocs administrés par les médecins réfugiés sur la Lune n'offrent plus qu'un court répit entre deux massacres.

     États-Unis, 1864. Les bushwhackers écument les terres du Missouri harcelant les fédéraux et leurs alliés. Suite à une trahison, Pantera rallie une de ces bandes. Un groupe mené par les frères James dans lequel sévit Koger, un curieux personnage apparemment atteint de lycanthropie. Les rebelles ne tardent pas à rejoindre la troupe de Bloody Bill Anderson, où Pantera fait la connaissance de Anselme Bellegarrigue, charlatan patenté et anarchiste français.

     Ayant fait ses preuves et gagné un respect teinté de crainte, Pantera suit ses compagnons de fortune au cours d'une cavalcade parsemée de tueries, de décapitations, de castrations et d'autres sévices, des pratiques bien éloignées de la vision héroïque des conflits accomplis au nom du bien, mais conforme à cette vision de la guerre moderne prônée par un des partisans de Bloody Bill Anderson.

     Présent, futur, passé. Entre ces trois périodes, un fil directeur : la montée de la violence comme processus historique inexorable.

 

 

« Quand tout un système de vie occulte la compréhension de son prochain, l'agressivité devient une norme. »

 

     Ayant déjà parlé de Valerio Evangelisti ici, je vais à l'essentiel.

     Black Flag me semble être un des meilleurs romans de l'auteur transalpin, du moins un de ceux réussissant à fusionner de manière très convaincante les différents genres dont l'auteur est coutumier. En fait, on se trouve devant un collage réunissant les huit chapitres de la nouvelle Paradi, parue dans l'anthologie « Destination 3001 », et un récit historique teinté de western et de fantastique. Le tout encadré par un prologue et un épilogue contemporains.

     On pourrait nourrir quelques craintes face à un tel assemblage, toutefois Valerio Evangelisti tire son épingle du jeu avec maîtrise, chaque trame se faisant l'écho des autres de façon à composer une sorte de symphonie noire.

     Les chapitres se déroulant à Paradice et en Amérique sont dotés d'exergues et de titres, allusions transparentes au psychiatre Wilhelm Reich et au groupe punk californien Black Flag, alors que le prologue et l'épilogue sont précédés d'un extrait de discours de George W. Bush et d'un article du New York Post postérieurs au 11 septembre 2001. Tout ceci introduit un niveau d'interprétation supplémentaire démontrant que Valerio Evangelisti ne s'est pas contenté d'accoler au petit bonheur la chance les trois histoires.

     Entre fiction et Histoire, Black Flag pourrait être sous-titré A History of violence. Osons le parallèle, on pourra nous le reprocher ensuite...

     En effet, les trois trames narratives décrivent une évolution pour le moins pessimiste, dessinant une histoire du futur rattrapée par le pire de la nature humaine. La violence agit ici comme un personnage à part entière. Violence bestiale, volontaire, planifiée, dictée par un fanatisme confinant à la folie. Violence pour le plaisir qu'elle procure, la liberté qu'elle représente, la fascination qu'elle exerce et les alibis qui la justifient.

     L'avenir appartient aux psychotiques sous-entend Evangelisti. « Des individus capables de tout pour défendre leur espace vital. ». « Un homme libre et impitoyable dont l'assouvissement des besoins ne provoque aucun remord d'ordre moral. » Dur dans ces conditions de rester intègre et entier.

 

     Avec Pantera, Evangelisti crée un personnage fort et fascinant. Le métis afro-mexicain, à la fois pistolero et palero (comprendre sorcier vaudou), apparaît comme un juste. Mais un juste à la manière des anti-héros de Sergio Leone. Un salaud magnifique, cruel, strictement préoccupé par sa survie, mais ne pouvant s'empêcher d'éprouver un reliquat d'empathie pour les victimes.

     Pour autant, Valerio Evangelisti ne néglige pas la vraisemblance historique. Les méfaits et gestes des frères James, de William Quantrill et de Bloody Bill Anderson sont attestés à la fois par l'Histoire et la culture populaire. Ceci révèle le sérieux de la documentation de l'auteur italien. C'est le moins que l'on puisse attendre de la part d'un diplômé en histoire moderne et contemporaine. Toutefois, cette érudition reste au service du récit, fournissant un cadre temporel identifiable à la fiction, de quoi étoffer sa substance avec des éléments de réalité.

     Au final, Black Flag n'est pas une lecture agréable ou réconfortante. Valerio Evangelisti démonte les ressorts de l'angélisme, trop souvent agités pour masquer les pires saloperies. Et on se prend à espérer que l'avenir décrit dans Paradice, ou du moins une version proche, ne se réalisera pas. Ce n'est pas gagné...

 

Black-Flag.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

Black Flag (Black Flag, 2002) de Valerio Evangelisti – Editions Payot, collection Rivages/Fantasy, 2003 (roman inédit traduit de l'italien par Jacques Barbéri)

 

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commentaires

Cachou 23/03/2012 09:14


C'est une excellente question à laquelle je n'ai pas la réponse. Si ce n'est peut-être que dans l'uchronie, ce n'est tant pas la raison de départ qui m'intéresse que la construction d'un univers
similaire aux nôtre et pourtant dissemblable. C'est le côté théorie du chaos qui m'attire plus dans tout ça.
La guerre de sécession fait partie de ces éléments historique qui ne me plaisent pas par contre (guerre, toussa ^_^). Et pourtant je me suis (modérément) amusée avec "Autant en emporte le temps".

Cachou 23/03/2012 08:33


Je suis nulle en histoire, je me perds dans des récits historique, me sentant stupide de ne pas savoir faire les liens, comprendre les allusions, etc. Ou, plus simplement, n'accrochant pas au
récit quand il évoque une partie de l'histoire qui ne me botte pas (comme les croisades). Ce n'est pas que je n'aime pas le genre donc. Mais il me parle rarement.

yossarian 23/03/2012 09:09



Etre nulle en histoire n'est pas une excuse ! Tu me copieras ton Malet Isaac deux fois ! ;)


(C'est secondaire, et puis je suis sans doute trop curieux ou indiscret, ou les deux à la fois, mais comment fais-tu pour t'intéresser à des uchronies ?)


Blague à part, Black Flag c'est surtout la guerre de sécession. Personnellement, ma connaissance du sujet était très sommaire, du moins pour les aspects militaires. Depuis, j'ai creusé la période
et découvert plein de choses très intéressantes ne concernant pas que les aspects militaires. Des choses qui ont des répercutions encore actuellement sur la mentalité de certains Américains.



Cachou 21/03/2012 00:07


Gli Italiani sono più forti! Si!


(mais bon, trop "historique" pour moi autrement...)

yossarian 21/03/2012 16:33



Trop historique ?