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19 octobre 2006 4 19 /10 /octobre /2006 17:59

« Un jour, le canon a grondé. Un premier coup a secoué l'horizon. De tressautement local en pâleurs concentriques, on nous a dit : c'est la guerre ! Immédiatement et sans délai, je suis parti à la guerre. Il me fallait des allures de petit courage. Elle avait des lettres, la bonne guerre, des lettres hautes dans le journal. on avait fait sa publicité. C'était quelqu'un, la guerre aux lettres hautes. On était badaud, bon badaud moral. On allait voir la guerre.»

Court roman de Jean Meckert, « La marche au canon » est la bonne surprise dont nous ont fait bénéficié Stéfanie Delestré et Hervé Delouche dans leur entreprise de réédition des introuvables de l'auteur. Ce roman en particulier, est doublement introuvable puisque jamais publié. Conservé dans un cahier parmi les papiers laissés par Meckert, le texte mêle de longs passages rédigés et des notes prises su le vif par le soldat qu'il a été : déplacements quotidiens et impressions saisies alors qu'il fuyait avec la troupe devant l'avance allemande.  

 

Oeuvre évidemment inachevée, « La marche au canon » est cependant un texte très  impressionnant ; un incontournable pour les exégètes de Jean Meckert. Récit d'un soldat mobilisé pour faire la guerre, ce roman a valeur de témoignage sur l'état d'esprit régnant dans la troupe en 1939 et sur des événements qualifiés désormais d'historiques. Pour ceux qui ont quelques souvenirs de leur cours d'Histoire, ces événements que j'évoque à mots couverts, figurent dans les manuels sous les termes de Drôle de guerre et de Débâcle.

 Curiosité franco-française des années 1939-1940, étrange période où l'on entend Ray Ventura chanter que l'on ira pendre son linge sur la ligne Siegfried, statu quo surréaliste où l'on attend l'attaque allemande, sûr de la repousser comme pendant la Der des der. Et effectivement on attend beaucoup dans ce court roman. La troupe occupe le temps, pour ne pas dire, elle le tue en attendant de s'entretuer. Elle fait ses gardes, elle joue aux cartes, elle chante, elle fanfaronne car même en période de guerre demeure « la bonne gaîté française, toujours à la hauteur de la situation, avec le quart de vinasse à portée de la main. » D'ailleurs, c'est surtout au rythme de ces canons-là que la guerre se déroule au final. Et la seule victoire dont peuvent s'enorgueillir les troufions et celle obtenue sur une pauvre femme, violentée pour l'occasion. 

Puis, les événements se précipitent. C'est l'offensive allemande dans les Ardennes et l'offense faite aux plans de l'Etat-major français. La Débâcle s'ensuit. On déplace les troupes, les officiers disparaissent, les routes sont encombrées par la masse des réfugiés. Le train s'arrête puis repart sans qu'une destination soit définitivement arrêtée. La troupe va-t-elle finalement se battre ? La réponse officielle figure dans les livres d'Histoire. Pour Jean Meckert, le voyage trouve son aboutissement dans un camp d'internement en Suisse jusqu'où l'a menée la débandade organisée de son régiment.

 « La marche au canon » porte également en germe tout ce qui fera le style Meckert. Tout est, en effet,  déjà en place dans ce texte de cent pages. Phrases courtes, langage parlé, avec une économie de moyens l'auteur met en place sans concession l'ambiance d'une époque dans laquelle le lecteur est plongé sans difficulté. Incompréhension, ironie devant l'absurdité d'événements qui dépassent la troupe et la population, on retrouve également les thèmes en devenir de l'auteur.   

 

« On votait pour la paix, on payait pour la guerre. Partout les innocents, enfournés par wagons, roulaient dans les nuits calmes. Et ceux qui pleuraient le faisaient en silence. »

* * * * * * * * * * * * * * * * * *

La Marche au canon  

Jean Meckert  

Editions Joëlle Losfeld, collection Arcanes  

Gallimard, 2005

 

 

 

 

 

 

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