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16 juillet 2009 4 16 /07 /juillet /2009 15:25

     Bzjeurd a dix-neuf ans et il vit dans un pays qui n’a pas de nom. Tout au plus apprend-t-on au début que « dans ce pays, les gens disent la Terre pour désigner la terre. Ils disent la Mer pour désigner la mer. Et ils parlent des Limbes pour désigner les limbes. »

On n’en saura pas davantage sur un monde qui a les apparences d'une épure dont les traits se cantonnent à l’essentiel afin de permettre à un déluge de sensations de se déchaîner.

A vrai dire, on ne lit pas le roman d’Olivier Sillig. On s’immerge en son sein. On s’imprègne des paysages minéraux dont l’auteur helvète nous livre des pages entières avec une économie de moyens admirable.


     Bzjeurd
se révèle d’abord comme un livre-univers, étrange et fascinant, dont on ne sait si les paysages désolés sont le résultat d’une catastrophe ancestrale – quelques carcasses rongées par la corrosion, qui émergent ici et là, nous le laisse penser – où s’ils prennent place sur une exoplanète. Peu importe, ce monde existe, confettis d’îlots solitaires, archipel de terres séparé par les limbes, des sables mouvants se composant de limons plus ou moins humides, prompts à engloutir le cavalier et sa monture si ceux-ci n’ont pas pris garde de se munir d’une planche… de survie.

     Bzjeurd est également le nom du héros de ce roman. Un jeune homme appelé à devenir paysagiste, c’est-à-dire destiné à établir des drains, ces terres gagnées sur les limbes par un lents travail de surhaussement du sol afin de mettre les communautés humaines à l’abri de l’engloutissement. Une perspective d’avenir toute tracée qui à l’heur de le réjouir, jusqu’au jour où à son retour d’un long voyage, il découvre le massacre de tous les habitants de son village. A compter de ce jour plus rien n’est certain. A l’instar du sol d’une vasière traîtresse, l’avenir s’est dérobé sous ses pas. Il devient un déraciné avec les insignes du deuil, cousues sur ses épaules.

     En route vers Kazerm, un lieu mystérieux qui cache un secret inavouable derrière sa muraille de plomb, il espère satisfaire son désir de vengeance car du deuil à la vengeance, il n’y a qu’un petit pas à franchir.

On le suit ainsi jusqu’aux tréfonds de la forteresse, découvrant en même temps que lui une discipline de fer qui s’apparence davantage à une sélection. Quel est l’enjeu de celle-ci ? Qui préside aux épreuves que l’on impose aux impétrants venus se présenter aux portes de la citadelle ? Ces questions demeurent sans réponses. Reste la description d’un quotidien monotone, rythmé par des tâches éreintantes et dépourvues de sens. Une vie réduite à une existence animale : travailler, manger, baiser, survivre. Le tout dans une atmosphère étouffante conjuguant l’angoisse et la violence latente. Pourquoi ? Pour atteindre le but qu’il s’est fixé, tout simplement.


     En 192 pages âpres, tendues, intenses, Olivier Sillig mène Bzjeurd à la conclusion logique et implacable du destin qu'il s'est choisi.

Assurément, une lecture plus que recommandable.




























Bzjeurd
 de Olivier Sillig – Réédition Folio-SF, 2000 (édition originale, L’Atalante, 1995)

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Bzjeurd 09/02/2010 10:00




L'année de la première parution de Bzjeurd (1995), j'ai écrit une suite, actuellement inédite, peut-être parce que trop crue pour
les éditeurs.
Suite à un récent article qui établissait un lien avec Bzjeurd, je viens de lire "La Route", le
roman de Cormac McCarthy (2006). J'ai été stupéfait par l'analogie de situation, mais plutôt entre "La Route" et "Kazerm",
la suite inédite de Bzjeurd. Cette analogie m'a simplement confirmé que, dans notre imaginaire, nous,
humains, étions tous cousins, sachant aussi imaginer le pire.       
Comme "Kazerm" demeure inédit et que je m'occupe actuellement de mes textes plus récents, j'ai décidé de mettre
"Kazerm", provisoirement, en libre accès et texte intégral sur le Net.



Olivier Sillig, février 2010