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  • : Grand lecteur de romans noirs, de science-fiction et d'autres trucs bizarres qui me tombent sous la main
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4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 21:23

     Dieu reconnaîtra les siens est le premier roman de Elmore Leonard que je lis. Je connaissais déjà les accointances de l'auteur avec le cinéma, en particulier l’adaptation de son roman Punch Créole par Quentin Tarantino sous le titre de Jackie Brown. A posteriori, je comprends pourquoi. Les livres de Leonard s’imposent comme des scénarii sur mesure, n’attendant plus qu'un metteur en scène disponible pour les mettre en images. Leonard a lui-même tâté du scénario, poussant le vice jusqu’à novéliser ses propres scripts – Monsieur Majestyk notamment –, on comprends ainsi mieux sa maîtrise des procédés d’écriture inhérents à ces deux médias.

     Ma découverte de l’auteur s’était jusqu’à présent cantonnée à une nouvelle, au traitement sec, pour ne pas dire hard-boiled, parue au sein de la Méga-anthologie d’histoires effroyables chapeautée par Michael Chabon. Il a fallu une piqûre de rappel administrée amicalement par un cafard enthousiaste, qui se reconnaîtra s’il lit ces lignes, pour me faire sauter le pas. C’est désormais chose faite et, même si je ne suis pas totalement emballé, je ne peux pas affirmer être resté indifférent.

 

     Dieu reconnaîtra les siens se découpe en deux segments au traitement et à l’ambiance radicalement différents. Les soixante premières pages se déroulent au Rwanda environ un lustre après le génocide qui a endeuillé le pays. Elmore Leonard s’attache aux pas du père Terry Dunn, un religieux dépêché par la communauté des pères missionnaires de Saint-Martin-de-Porres pour remplacer l’ancien prêtre qui se trouve être également son oncle.

Jeune, barbu, cool, grand consommateur de cannabis et de Johnny Walker – étiquette rouge –, le père Terry ne correspond pas du tout à l’image conventionnelle que l’on se fait du religieux prosélyte. Sur place, il ne dit quasiment jamais la messe et se contente, le plus souvent, d’écouter en silence les confessions de ses paroissiens, ne leur distribuant que des punitions symboliques en guise de pénitence.
     Parmi ses fidèles se côtoient régulièrement les anciens bourreaux, les Hutus, et les survivants, les Tutsis. Tous se connaissent, se reconnaissent et le père Dunn peut témoigner de l’absence de remords des premiers et de la résignation des seconds. Lui-même a vécu le génocide. Il a vu les Hutus organiser les barrages sur les routes, séparer les familles, les amis, pour conduire les Tutsis quelque part dans les bosquets au bord de la chaussée. Il a assisté au massacre de ses ouailles dans sa propre église ; les machettes débitant sans aucune pitié les corps des femmes, des enfants, des nourrissons. Il entend régulièrement en confession les bourreaux qui cherchent plus à le défier qu’à soulager leur conscience. Le père Dunn est sans illusion. Il sait que la rédemption n’est pas en ce monde, ni autre part d’ailleurs. Reste la justice expéditive des hommes.

     Comme on le voit, le premier segment du roman se distingue par sa tonalité très noire. Toutefois, même si Elmore Leonard pose un cadre convaincant et met en scène des personnages à la psychologie complexe, il ne fait finalement qu’effleurer ce drame africain. Au lecteur de boucher les trous. Il pourra sur ce point mettre à profit l’excellent Une saison de machettes de Jean Hatzfeld et s’immerger dans Pawa, la bande dessinée de Jean-Philippe Stassen.

     Le second segment du roman introduit une rupture très nette dans le propos et le ton. L’intrigue se déplace à Detroit, où le père Dunn a rejoint sa famille pour goûter à un repos bien mérité et éventuellement collecter quelques dons pour poursuivre sa mission sur le continent noir. A la condition de s'acquitter de quelques excuses devant la Justice. En effet, avant de rejoindre l’Afrique, le père Dunn a quelque peu trafiqué avec la pègre comme chauffeur de poids lourd. La cargaison n’avait évidemment rien de légal. Heureusement son frère Fran, avocat spécialisé dans les affaires d’accidents corporels, lui a arrangé le coup avec le procureur.
     Bref, Elmore Leonard aborde des thèmes plus en rapport avec le roman policier classique. Néanmoins, tout ceci reste à la périphérie de l’histoire principale qui se focalise rapidement sur un nouveau personnage : Debbie Dewey.

     La jeune femme sort juste de prison où elle a purgé une peine sévère après avoir tenté d’écraser son ex-amant, Randy. A sa sortie de taule, elle nourrit une ambition toute simple : devenir comique et se venger de son ex. Entre-temps, celui-ci est devenu un affidé de la mafia de Detroit. Le restaurant qu’il dirige sert désormais à blanchir l’argent sale du milieu. 
     Debbie connaît Fran avec lequel elle a travaillé avant son incarcération. A l'occasion de sa libération, elle fait la connaissance de Terry. S'ensuit un coup de foudre réciproque et, sur l'oreiller, Debbie et Terry conçoivent un plan pour arnaquer Randy.

     Les ingrédients du récit sont maintenant définitivement posés et il ne reste plus à Elmore Leonard qu'à dérouler l'histoire jusqu'à son dénouement. Sans déflorer davantage celle-ci, disons simplement qu'il s'agit d'un jeu de dupes, quelque peu rocambolesque, reposant essentiellement sur des dialogues vifs ponctués de vannes. Le rythme s'avère pour le moins nonchalant, ce qui peut agacer. Cependant, le drôlerie des échanges et des situations, la pathétique humanité des personnages, la violence latente, contribuent à faire de Dieu reconnaîtra les siens, une lecture fort distrayante. Pas prise de tête pour deux sous. Un peu comme Jackie Brown, tiens !























Dieu reconnaîtra les siens [« Pagan Babies », 2000] de Elmore Leonard – Rivages/Noir, février 2009 – Réédition traduit de l’Anglais [Etats-Unis] par Dominique Wattwiller

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commentaires

K2R2 03/12/2009 16:30


C'est pas mal Elmore Leonard, j'avais été grandement surpris par la qualité de ses nouvelles Western. Cela dit, le bonhomme est une vraie poule pondeuse et il faut faire le tri dans ses bouquins.
Personnellement, mon préféré reste "Maximum Bob", vraiment féroce.


Maxence 07/06/2009 13:48

Miam ! Comme toi j'ai commencé à lire Leonard très tard, grâce à Bruen principalement. Le premier que j'ai lu est Glitz, très bon aussi, mais peut-être moins "profond" que celui dont tu parles et que  je vais acquérir très vite !Merci pour ce blog Ubik, toujours un plaisir d'y passer faire un tour

yossarian 28/06/2009 18:41


Et je n'ai toujours pas lu un seul Bruen. Il faut que je m'y mette...
Au plaisir de te relire.