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22 mars 2009 7 22 /03 /mars /2009 20:52

Vous connaissez sans doute la formule : les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent.

J’ai promis X fois que ce blog serait le flambeau rayonnant de mes lectures du moment. Qu’il serait animé jours et nuits du compte-rendu de celles-ci. Des livres forcément hachement bons, écrits par des auteurs évidemment grands.
Et puis, j’y aurais aussi parlé de tout ce qui me passe par la tête. On y aurait rasé gratis et je serai devenu la coqueluche du Web, voire peut-être même l’objet d’un culte fanique…

Alors je sais que j’ai promis du Kotzwinkle, du Meckert et bien d’autres choses. Mais bon, les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent.

Plus sérieusement, voici le compte-rendu d’un roman pour lequel je n’ai fait aucune promesse. Et comme il s’agit du premier volet d’une trilogie, deux autres devraient suivre… Si vous m’écoutez bien.


Commençons par dire un mot sur l’auteur. Charlie Williams (avec i au prénom pour ne pas le confondre avec son homonyme américain) appartient à cette nouvelle vague d’écrivains britanniques qui plutôt que de ressasser les mêmes recettes, ont fait le choix de troquer la routine des littératures policières contre le spectacle brut de décoffrage de la déglingue et du malaise au quotidien. Délaissant le personnage du flic ou de l’enquêteur désabusé, ils ont opté pour celui du marginal fracassé par la vie. Bref, tout ça pour dire que Charlie Williams c’est de la bonne littérature noire.
 

Les allongés, dont je vais causer ici même, est le premier volet de ce qu'il est convenu désormais d'appeler la trilogie de Mangel, du nom du patelin imaginaire où vit Royston Blake, le videur de la boîte de nuit Le Hoppers.

Blake, c’est une force de la nature. Imaginez une armoire à glace, cheveux coupés courts, attaché à sa Réputation (avec Majuscule), à sa Ford Capri 2.8i et guidé par une philosophie de vie inébranlable : les potes, les clopes et de la binouze.

Tout à fait récemment, la Réputation de Royston s’est mise à vaciller. Cela a commencé avec l’incendie criminel du Hoppers. Royston a été immédiatement soupçonné de ce méfait. il faut avouer que la mort de sa femme, avec laquelle on dit qu’il ne s’entendait plus, a énormément contribué à alourdir les soupçons. Depuis, la situation s'est améliorée. Royston a pris du poids et a retrouvé son boulot de videur après changement de propriétaire. Mais il n’a jamais totalement été innocenté.

Et puis, les événements se sont aggravés lorsqu'un des frères Munton, Baz, est venu le chatouiller à la porte de la boîte. Devant tout le monde, il l’a défié, mettant à mal sa Réputation. Depuis, on raconte partout dans Mangel qu’il est un dégonflé. La honte. La rumeur est même parvenue aux oreilles de ses meilleurs potes, Legs et Finney, et jusqu’à celles de sa régulière du moment, Sal.

Même si les trois frères Munton sont connus pour leur brutalité et qu’il n’est pas recommandé d’être invité pour un voyage à l’arrière de leur bétaillère, Royston doit laver son honneur. Il doit montrer à tous qu’il n’est pas une lopette. Ainsi, tout le monde verra qu’il en a dans le caleçon et sous le scalp. De quoi redresser fièrement la barre et redevenir le videur respecté (comprendre qu’on n’emmerde pas) et adulé des petites minettes.

Vous l’aurez compris, si vous savez lire entre les lignes, Les allongés c’est drôle, brutal, noir et finalement dramatique. Charlie Williams ne s’embarrasse pas d’une intrigue policière classique. Il balance des événements, apparemment sans queue ni tête, et imprime à l’ensemble une énergie irrésistible. Les allongés, c’est un peu comme être dans la tête d’un type bas de plafond attaché à des valeurs qu’il juge noble. Mais mieux vaut être averti. A Mangel, Royston est Le Caïd. C’est l’as des plans géniaux qui foirent lamentablement. Mangel est une plaie ouverte qui suppure et dans laquelle Royston fouaille avec le tact et le doigté d’un sanglier au moment de la glandée. 
 

Bref, Les allongés est le premier volet d’une tragi-comédie diablement efficace. Et plus on s’enfonce dans l’horreur et l’innommable, plus la détresse de Royston Blake nous apparaît pathétique.

Autant vous le dire immédiatement le deuxième volet, Des clopes et de la binouze, est meilleur. Ça fait envie, hein ?

























Les allongés de Charlie Williams -
Gallimard/Série noire, février 2007 - Roman inédit de l’anglais par Daniel Lemoine - (Réédition Folio/policier)

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