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14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 18:23

Il est des livres qui ne se racontent pas, il est des livres que l’on ne raconte pas. Fan Man appartient sans aucun conteste à cette catégorie dont il est parfaitement vain d’essayer de résumer l’intrigue puisqu’elle tient, elle-même, sur un ticket de bus. Et à vrai dire, quel intérêt ?

Avec Fan Man, William Kotwinkle nous narre les pérégrinations sans queue ni tête de Horse Badorties, un hippie clochardisé qui arpente les rues de New York. C’est drôle, c’est foutraque et c’est tout ce que l’on dira.

Du début à la fin, c’est Horse qui cause avec son phrasé oral imagé, ponctué de « mec » à tout bout de champ et de MAJUSCULES tonitruantes. Car comprenez bien, c’est Horse le héros de l’histoire. Il est cool, fume et consomme tout un tas de substances dont on ne soupçonnait même pas les vertus hallucinatoires.

En dépit des apparences, c’est un mec bien, ce Horse. Il est amical ; la preuve, il est toujours prêt à taper un brin de causette avec des inconnus rencontrés au détour d’une rue. Il est poli avec les minettes, même s’il a souvent une idée derrière la tête, genre une partie de jambes en l’air, histoire de vérifier si la gonzesse pourrait faire l’affaire comme choriste dans la Chorale de l’Amour. Ça, c’est son truc à Horse. Imaginez une vingtaine de jolies petites poupées, toutes équipées de ventilateurs portatifs à piles pour de simuler le rythme céleste. Ouais, c’est ça la chorale à Horse.

Le mec, il crèche dans un appartement qu’il squatte. Toujours à jouer à cache-cache avec le propio, mais il est cool Horse, et pas de malaise, il dispose d’un appartement de secours – c’est son voisin qui lui filé les clés – au cas où le proprio le mettrait à la porte comme un malpropre.

L’appartement de Horse est un capharnaüm indescriptible ; un vrai marché aux puces – sans doute qu’il y en a d’ailleurs – ; d’aucuns diraient que c’est un dépotoir. On y trouve rien que des trucs qu’il a ramassé ou chiné pendant ses vagabondages en ville. On n’imagine pas tout ce que les gens jettent et qui peut encore servir. Ça va d’une vieille sirène d’alerte aérienne au mécanisme de freinage d’une ancienne rame de métro. Rien que des trésors pour quelqu’un d’inventif. C’est vous dire si c’est un mec bien, Horse.

Bien sûr, il lui arrive d’avoir ses mauvais jours. Comme lorsqu’il scande durant toute la journée le mot andouille (un chapitre entier) afin de se purger. Et puis, il n’aime pas la musique portoricaine. Ça nuit à son karma, pour tout dire ça le déstabilise. Heureusement, il a sa casquette de l’Armée rouge impériale chinoise du commandant Duchmoll, avec ses épais cache-oreilles en fourrure. Rien de mieux pour absorber les stridulations néfastes du vacarme portoricain.

J’allais oublier, Horse n’aime pas se baigner. Il pense qu’on trouve dans l’eau tout un tas de trucs toxiques ; des trucs dans lesquels il ne souhaite pas se tremper. C’est un peu sa psychose à Horse. Mais globalement, on peut dire que Horse est le genre de type sociable à qui la vie ne pose aucun problème existentiel.

Un mec bien, on vous dit.



















Fan Man de William Kotzwinkle
- [« The Fan Man », 1974] - ED. Cambourakis, 2008 (Roman inédit traduit de l’anglais [Etats-Unis] par Nicolas Richard)

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commentaires

patatoide 14/03/2009 20:51

Une vague parenté peut-être avec les aventures grotesques de cet autre grand cinglé, Ignatius Reilly dans [i]La conjuration des imbéciles[/i].

yossarian 15/03/2009 15:44


Oui.
La parenté est citée sur la quatrième de couverture.
Par contre, je ne peux la confirmer n'ayant pas lu le Kennedy Toole.
J'ai des lacunes mais je les comble petit à petit.