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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 21:21

L’Histoire recèle de nombreuses zones d’ombre que l’historien a parfois bien du mal à éclaircir, faute de sources. En revanche, ces zones offrent aux romanciers de véritables boulevards dans lesquels s’engouffrer, avec plus ou moins de réussite, il faut le reconnaître.

Court serpent de Bernard du Boucheron est à bien des égards exemplaire. On y trouve ce qu’il faut d’invention et de retenue pour combler les lacunes de l’Histoire. Une exemplarité de 150 pages qu’il est difficile de lâcher et de prendre en défaut au niveau de la vraisemblance.

Posons le cadre. Qui sait encore, en dehors du cercle des spécialistes, que l’aventure viking s’est poursuivie très loin vers l’occident, allant jusqu’à aborder dès le Xe siècle les rivages inhospitaliers du Groenland ? Venus d’Islande, des colons normands ont fit souche, poussant leurs pérégrinations jusqu’à Terre Neuve, mais ceci  est une autre histoire. Deux établissements ont ainsi été fondés sur les côtes sud et sud-ouest du Groenland avec une population avoisinant les 5000 âmes. Et puis, cette communauté est entrée dans une longue nuit jusqu’à son effacement quelque part vers le XVe et XVIe siècle, pour des raisons dont les historiens débattent encore.

Lorsque le roman de Bernard du Boucheron commence, nous sommes au XIVe siècle. L’abbé Montanus est dépêché par l’évêque de Nidaros pour relever le diocèse de Nouvelle Thulé tombé en déshérence et ranimer la foi vacillante de ses ouailles exilées au Nord du monde. Cela fait, au bas mot, cinquante ans que l’on n’a pas reçu des nouvelles de cette extrémité de la Chrétienté, à cause du refroidissement du climat et de l’extension de la banquise.

La mission revêt un caractère particulièrement dangereux mais le zélé ecclésiastique présente toutes les garanties pour sa réussite. Pieux, éloquent, miséricordieux, bon administrateur et exemplaire, il ne fait aucun doute pour sa hiérarchie qu’il est le candidat idéal.

Il s’embarque donc, armé de sa foi inébranlable, sur le Court serpent, un navire construit pour la circonstance dans le respect des techniques anciennes. Mais, le lecteur pressent que le périple ne sera pas une sinécure.

A la fois roman historique, récit d’aventures polaires et chronique à la manière médiévale, Court serpent est un roman qui joue sur de nombreux registres. Bernard du Boucheron fait le choix d’une narration omnisciente. En effet, le texte se compose de différentes pièces rassemblées pour former un tout cohérent. L’histoire commence par la lettre de mission de l’abbé Montanus dans laquelle sa hiérarchie lui donne ses instructions. Ce dispositif narratif apporte une touche d’authenticité historique aux événements qui vont suivre. S’ensuit un récit rédigé à la première personne par Montanus lui-même. Il est rapidement évident que ce témoignage comporte une part de non dit et d’accommodement avec la réalité. Des textes complémentaires viennent s’intercaler dans cette ligne narrative. Ils offrent un contrepoint au récit principal en proposant un point de vue qui apparaît comme recomposé à posteriori.

On pourrait craindre une narration hachée. Il en n’est rien. Ceci permet au lecteur de recomposer une image globale du récit en dépassant le simple point de vue des personnages. Court serpent comporte également son lot de morceaux de bravoure et de drame. Au final, Bernard du Boucheron parvient à dresser un pont entre la grande et la petite histoire.



Court serpent de Bernard du Boucheron - réédition Folio, 2006

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commentaires

dede 26/05/2013 15:37

Les scènes s’enchaînent trop rapidement, trop incompréhensible j'ai l'impression d'avoir perdu mon temps.

Nathrakh 14/03/2009 07:49

Et surtout, on y apprend à faire des amputations en milieu hostile.C'est très utile dans ce monde au contexte géopolitique multipolarisé où la peur d'un conflit nucléaire total est chaque jour présente.

yossarian 14/03/2009 18:22


Sans parler du cannibalisme.
Ne pas cracher sur les sources de protéines qui nous environnent. J'ai d'ailleurs commencé à faire engraisser mon fils, on ne sait jamais.


Soleil vert 12/03/2009 14:01

Les tours de force ne manquent pas dans ce roman couronné par l'Académie Française (beaucoup plus inspirée dans ses choix que le Goncourt) :- un dispositif narratif qui effectivement incite le lecteur à reconstituer le cours réel des évènements.- une maitrise de la langue à l'égal d'un Jaworski. La lettre de mission est un morceau d'anthologie. 

yossarian 14/03/2009 18:21


Ouais.
M'a donné envie de lire "Effondrement" de Jared Diamond ce roman.
Histoire de creuser le sujet en élargissant les perspectives.