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  • : Grand lecteur de romans noirs, de science-fiction et d'autres trucs bizarres qui me tombent sous la main
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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 17:41

    C. S. Lewis est l’auteur de Le Monde de Narnia, comme le bandeau aguicheur apposé sur la couverture de cette trilogie ne se prive pas de nous le rappeler. Cependant, à la différence de son collègue et non moins estimé ami J. R. R. Tolkien, Lewis ne s’est pas uniquement cantonné à la fantasy. Il s’est aventuré aussi dans le domaine de la science-fiction avec une œuvre plus ancienne dont le style, très suranné, et les intentions n’ont strictement rien de commun avec les pulps états-uniens de la même époque. A vrai dire, la science-fiction de Lewis ressemble davantage à l’œuvre de H. G. Wells. Le prophétisme socialiste y cède juste la place à une foi chrétienne ardente et C. S. Lewis y détourne respectueusement quelques uns des thèmes de son aîné. Certes, ce ne sont pas aux bûchers de l’Inquisition que C. S. Lewis voue les mécréants. Toutefois, il est indéniable que la vision cosmique de l’écrivain britannique emprunte énormément au christianisme et à ses propres convictions religieuses sur ce sujet.

     Même s’ils sont présentés comme un ensemble, les trois volets de la trilogie peuvent se lire de manière indépendante. On peut même allègrement se passer d’en lire un. Au-delà de la planète silencieuse est sans doute le titre le plus wellsien de la série dans son propos et son atmosphère. On peut résumer l’argument de départ de la façon suivante. Au cours d’une randonnée dans la campagne anglaise, le professeur Ransom, un philologue bon teint, fervent croyant, célibataire et sans famille, fait une mauvaise rencontre. Il est enlevé par deux personnages malveillants : le scientifique mégalomane Weston et son acolyte vénal Devine. Transporté sur la planète Malacandra (Mars), Ransom échappe à ses ravisseurs dès son arrivée. Pendant son périple en terre étrangère, le fugitif fait la connaissance des trois espèces qui peuplent la planète et il rencontre la puissance supérieure qui préside au devenir de la planète. Dans ce court roman, C. S. Lewis déploie un sense of wonder digne des meilleurs romans de H. G. Wells. On pense en particulier à Les Premiers Hommes dans la Lune. Mais comme nous l’avons déjà dit, il subvertit également les thèmes de son prédécesseur. Ainsi, l’espace n’est pas vide mais peuplé par des êtres supérieurs et lumineux : les eldila. De même, les créatures extra-terrestres sont paisibles et généreuses au lieu d’être hostiles. On le devine à la lecture de ces quelques lignes, Lewis ne s’en tient pas à un simple récit d’aventures. Il imprime à son roman une dimension métaphysique et il lorgne vers la cosmogonie, n’hésitant pas à agréger au substrat éminemment science-fictif du récit des éléments de la mythologie classique et de la culture chrétienne. En effet, comment ne pas voir dans les eldila qui résident dans l’espace et dispensent leur savoir aux espèces peuplant les planètes, des anges. Comment ne pas reconnaître dans la rébellion de l’eldil « tordu » et dans sa réclusion pour l’éternité, le motif chrétien de la déchéance de Lucifer. Pour les hommes, en conséquence condamnés à vivre sur la planète devenue silencieuse, demeure pourtant l’espoir d’une rédemption, à condition d’avoir la foi et d’écarter la tentation de se faire dieu…

     Ce message très chrétien, dont on retrouve par ailleurs quelques traces dans l’œuvre de J.R.R. Tolkien, se renforce davantage avec le deuxième volet de la trilogie. Les références au christianisme ne sont même plus en filigrane. On y retrouve Ransom, à qui l’eldil Oyarsa a confié la mission de combattre Weston, possédé par le « tordu », sur la planète Perelandra (Vénus). Après un rapide déplacement dans l’espace, le champion du Bien y rencontre une délicieuse et ingénue jeune femme, une véritable Eve, qui ne demande qu’à vieillir en expérience. Ainsi après la rédemption, C.S. Lewis évoque le sujet de la tentation dans un monde semblable au jardin d’Eden jusqu’à la nudité sans complexe des protagonistes. En conséquence, dans ce roman très statique, même s’il se déroule sur des îles qui flottent sur un vaste océan, l’émerveillement de la découverte cède très nettement la place à un débat moral. Weston y représente la tentation et Ransom se fait l’avocat du Bien.



     Après cet épisode édifiant, Cette hideuse puissance apparaît comme l’épisode de trop. C. S. Lewis abandonne les planètes étrangères pour concentrer son intrigue sur Terre. Il délaisse le personnage de Ransom qui ne disparaît cependant pas totalement, pour faire d’un couple, dont l’union bat de l’aile, le moteur de son intrigue. Mark est un jeune professeur de sociologie qui enseigne dans la petite université d’Edgertown. Il adhère par conviction et ambition à l’élément progressiste de cet établissement. Son zèle est récompensé lorsqu’il se voit offrir une place à l’INCE, une organisation scientifique d’Etat dont le but est de rationaliser la société. Pendant ce temps, son épouse Jane fait des rêves étranges et prémonitoires. Elle entre en contact avec une société secrète qui combat l’INCE. Cet argument de départ laisse présager une intrigue qui fait la part belle à un complot universitaire et politique. Au final, l’histoire s’avère très rapidement poussive et embrouillée. Les dialogues didactiques enflent au point de devenir littéralement assommants. La dénonciation du mythe scientiste du pouvoir de l’homme sur la nature est amené avec la finesse d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. Et puis, C. S. Lewis mêle à tout cela des éléments du mythe arthurien, ce qui contribue à donner une coloration passéiste à son discours. La réaction comme seule rempart contre le totalitarisme…


    
Dans la perspective d’une connaissance historique du genre, la réédition de la trilogie cosmique de C. S. Lewis n’est sans doute pas inutile. Il convient cependant d’avertir les éventuels lecteurs que nous sommes sur un terrain très daté. Par contre, on aurait pu faire l’économie de la réédition du troisième titre, ce que je me permets d’indiquer en exerçant une sorte de droit d’inventaire.


La trilogie cosmique de C.S. Lewis

-         « Au-delà de la planète silencieuse » - La trilogie cosmique, I – Folio SF, roman traduit de l’anglais par Maurice Le Péchoux

-         « Perelandra » - La trilogie cosmique, II – Folio SF, roman traduit de l’anglais par Maurice Le Péchoux

-         « Cette hideuse puissance » - La trilogie cosmique, III – Folio SF, roman traduit de l’anglais par Maurice Le Péchoux

 

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commentaires

Cochonfucius 21/09/2010 17:36



Je vais m'y efforcer!



Cochonfucius 21/09/2010 16:22



Comme beaucoup de lecteurs, j'ai énormément apprécié les contrastes entre les trois espèces "humaines" de Malacandra, et la candeur de l'Eve perelandrienne.


 


Comme presque tout le monde, j'ai évidemment été "un peu" déçu par le troisième volet de la trilogie. L'auteur était visiblement fatigué, lorsqu'il l'a produit.


 



yossarian 21/09/2010 17:28



Celui qui est sévère envers lui-même et indulgent envers les autres évite les mécontentements.