Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

  • : le blog yossarian
  •   le blog yossarian
  • : Grand lecteur de romans noirs, de science-fiction et d'autres trucs bizarres qui me tombent sous la main
  • Contact

Recherche

8 mars 2008 6 08 /03 /mars /2008 09:52

     L’œuvre de l’auteur italien Valerio EVANGELISTI démontre, s’il est encore utile de le faire, que les frontières entre les genres très codifiés que sont le roman policier, la science-fiction et le fantastique, sont finalement très perméables. Le personnage récurrent de Pantera apporte une preuve supplémentaire de ce glissement, voire de ce mélange que n’auront pas manqué de remarquer par ailleurs, les lecteurs assidus de l’inquisiteur Eymerich, autre créature d’EVANGELISTI.

     Pantera apparaît pour la première fois dans une nouvelle éponyme au sommaire du recueil « Métal hurlant ». Nous y faisons connaissance du personnage, un métis afro-mexicain, qui est à la fois pistolero et palero, c’est-à-dire un magicien vaudou. Pantera est à peine plus sympathique que l’inquisiteur dominicain. Tout au plus, entre deux exécutions d’un rare sadisme, discerne-t-on chez lui un vague sentiment de compassion pour les victimes des diverses brutes et profiteurs qu’il côtoie. Chargé par les bourgeois d’une petite ville d’exorciser une horde sauvage d’outlaws fantômes qui les hantent, Pantera découvre les dessous glauques de cette cité du Far west. 
     Puis, dans le roman « Black Flag », on le retrouve en train de chasser Koger, un homme-loup, vers la fin de la guerre civile américaine. Trahi par ses employeurs, Pantera cherche refuge auprès d’une troupe d’irréguliers sudistes, commandée par les frères James et un anarcho-individualiste (d’où la couleur de la bannière qu’ils arborent). Mais, ce récit ne constitue qu’une des trois lignes temporelles d’un collage prenant pour thème la violence qui emmène également le lecteur immédiatement après le
11 septembre 2001 et vers l’An 3000. Ces deux textes font donc la part belle au fantastique et à la science-fiction. Et si EVANGELISTI aborde les zones d’ombre de l’Histoire des Etats-Unis, Pantera use davantage de la psychologie et de sortilèges vaudous que de son colt.
     Cependant, « Anthracite », la nouvelle aventure de Pantera, s’affranchit très nettement de ces codes étrangers à l’univers du polar. Les sorts et gris-gris sont remisés en arrière-plan. Place à la description d’une lutte sociale et politique ; une lutte des classes, sournoise et sans merci. Un combat perdu d’avance…

     La première question qui vient à l’esprit lorsque l’on lit « Anthracite », c’est de savoir si ce roman peut se lire indépendamment des aventures précédentes de Pantera. A vrai dire si les allusions à « Black flag » ne manquent pas, elles ne constituent aucunement une gêne à la compréhension de l’intrigue. 
     On retrouve évidemment la thématique majeure de l’auteur ; cette violence inhérente à l’espèce humaine qui conduit les hommes à s’entredéchirer au lieu de s’unir, faisant par la même le bonheur de ceux qui les exploitent. Ici ce thème est juste transposé dans un univers qui emprunte au meilleur du western spaghetti – visionnez Django et consorts pour vous faire une idée de l’ambiance – tout en faisant clairement référence au roman noir.
     L’argument initial laisse penser que le sujet du roman va se focaliser exclusivement sur l’épisode sanglant des Molly Maguires. En effet, Pantera est engagé, à l’instigation d’une ancienne amie prostituée, par les Molly afin de démasquer et d’abattre le traître qui se cache en leur sein. Rapidement, il s’avère que le propos de Valerio Evangelisti dépasse ce cadre très restreint. 
     En fait, l’auteur nous convie à reconsidérer le rêve américain. Il nous ouvre les yeux sur les forces sociales et politiques antagonistes qui ont façonné les Etats-Unis. A l’instar de l’historien états-unien Howard ZINN (dont je recommande vivement la lecture de son « Une histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours ») mais avec un pessimisme cynique, il nous invite à une relecture de l’Histoire états-unienne dépouillée de ces artifices mythiques. Car si les Etats-Unis sont une nation, ils sont également une narration, figée sur le celluloïd des pellicules cinématographiques (visionnez « The Birth of the Nation » de D. W. GRIFFITH pour vous en convaincre). Car si les Etats-Unis ont une Histoire, ils sont surtout une multitude d’histoires, devenues plus ou moins légendaires. Vous connaissez sans doute la réplique : « lorsque la légende devient un fait établi, on imprime la légende. » 
     Aussi le regard de Valerio EVANGELISTI est-il formateur. Il incite à remettre en perspective nos représentations sur les Etats-Unis à la lumière d’autres sources. C’est une expérience enrichissante, à la condition de supporter l’artifice de la magie qui permet à Pantera de se retrouver au cœur de l’affrontement social et politique, des deux côtés à la fois, et ceci sans coup férir. Il faut également faire abstraction d’une intrigue très ample qui à force de multiplier les détours et les divers points de vue, a tendance à égarer le lecteur et à ralentir sévèrement le rythme. Fort heureusement, Valerio EVANGELISTI retombe sur ses pieds avec un dénouement implacable. Celui imprimé par les vainqueurs mais pas que sur le papier.

anthracite.jpg




















« Anthracite » de Valerio EVANGELISTI - REEDITION RIVAGES/NOIR, 2008 (roman traduit de l'italien par Jacques BARBERI)

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Maxence 25/06/2008 19:35

Oula, ça a l'air vraiment très bien ça dis donc !! Je le met dans ma liste "à lire". Et alors, quand te mets tu a Ken Bruen ?

yossarian 26/06/2008 17:58


Bientôt.
J'ai plein de temps qui se libère.