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25 janvier 2008 5 25 /01 /janvier /2008 15:03
« Mon nom est personne
ou Wu Ming,
refaire le monde en le racontant.»

Wu Ming est né en 1999. 
Wu Ming n’est pas un, mais plusieurs. 
Wu Ming est le nom d’un collectif composé de cinq activistes bolonais, pour ce que l’on peut en savoir. 
Wu Ming est une expérimentation pour entrer en dissidence et rejeter le système de l’auteur star. Wu Ming a écrit collectivement « Q » [traduit en français sous le titre moins percutant : « L’œil de Carafa], « 54 » et a collaboré sur d’autres textes. 
Wu Ming a aussi écrit en solo, en particulier Wu Ming 1, 2 et 5. Wu ming ne fait pas qu’écrire des romans ; il a écrit aussi le scénario d’un film et a inspiré le groupe folk-rock Yo yo Mundi
Wu Ming théorise beaucoup (la création des mythes) et milite sur des sujets aussi essentiels que les médias, la culture pop, la gratuité de la culture. 
Wu Ming est un foyer bouillonnant de création dans la musique, la vidéo, le cinéma et l’Internet. 
Si vous trouvez que je répète beaucoup le pseudonyme collectif Wu Ming, c'est normal puisque c'est volontaire.
Cette brève chronique est consacrée au roman Guerre aux humains de Wu Ming 2.
 
« La masse des hommes mène des vies d’un désespoir tranquille. »
 
Raconter, ne serait-ce que succinctement, «  Guerre aux humains » c’est s’exposer inévitablement au risque de lister une galerie d’individus, à la fois étranges, inquiétants, absurdes et pourtant très proches de nous dans leurs attentes, besoins, idéaux et désespérantes prévisibilités. On pourrait facilement succomber à une sourde et tenace dépression en refermant ce livre. Et puis non, prenons le parti d’en rire comme nous y invite Wu Ming 2 en écrivant cette farce satirique qui n’est pas dépourvue, à l’occasion, de quelques belles scènes contemplatives.

D’abord il y a Marco qui a décidé de rompre avec la société consumériste qui à ses yeux, s’achemine résolument vers sa fin définitive : celle du genre humain. Larguant les amarres avec sa famille, ses amis et son passé, iI décide de se retirer dans une grotte afin de semer les graines d’une nouvelle civilisation, troglodyte et calquée sur la pensée de Henri David Thoreau. Mais sa proposition utopique ne rencontre pas vraiment le succès escompté et Marco passe surtout pour un original, voire un emmerdeur car il n’arrive véritablement pas à couper définitivement tous les ponts. Trop d’empathie pour l’espèce humaine, peut-être ?

Puis, il y a Gaia Beltrame qui tient un bar bibliothèque à Castel Madero, bar dont le concept est aussi limpide que ruineux : faire crédit à qui emprunte un livre à lire. Castel Madero est, au passage, l’archétype du petit village de l’Apennin, désert rural à la population vieillissante ou célibataire, parfaite illustration du théorème suivant : dans un petit village de mille habitants, doté d’une mairie, d’un cinéma et d’un distributeur de billets, le nombre de bars est toujours supérieur ou égal à trois. Un pour les vieux, un avec tabac, un pour la racaille. Cependant, Gaia n’a plus la tête à son travail depuis qu’elle a égaré Charles Bronson… son saint-bernard âgé de cinq ans.

Et puis, il y a Jakup Mahmeti, l’immigré albanais qui a réussit. Passé du statut de simple dealer à celui de caïd, il souhaite désormais investir dans les combats clandestins de chiens, voire dans les combats entre chien et homme, comme au temps jadis des gladiateurs. Le chantier de l’autoroute n’est pas avare en immigrés que ses sbires savent rabattre de façon convaincante. Sinon, il reste la clientèle fascisante d’un club culturiste un peu louche pour remédier à la carence des vocations.

Et puis, il y a cette mystérieuse armée madéroise de Libération animale, à l’effectif considérable de trois membres. S’inspirant d’un mauvais roman de SF d’ Emerson Krott (« L’Invasion des humains », Galaxie 1981), dont des extraits s’intercalent régulièrement dans le récit, ses combattants ont planifié la guerre contre les humains, en commençant par les chasseurs du cru. Ils tranchent ainsi dans le vif du terroir local à coups de hache.

On pourrait continuer d’allonger la liste en évoquant ce sanglier fou à la recherche de pommes à glaner ; ce carabinier corrompu que la bête éventre ; son supérieur hiérarchique féru de sports extrêmes ; ces alcooliques en pagaille qui squattent les tables du bar Beltrame ; ces chasseurs sur la défensive, prêts à se faire justice eux-mêmes, cette petite vieille chapardeuse, ma foi fort sympathique ; ces jeunes adeptes satanistes, capotes et crucifix compris… 

On pourrait rallonger ainsi la sauce longtemps. Cela ne ferait que confirmer le mélange de dinguerie et de choses bien plus graves qui ressort à la lecture de « Guerre aux humains ». Par contre, cela ne dirait rien de la relative déception qui, au final, finit par l’emporter sur le sourire complice. 

Le roman de Wu Ming 2 n’est pas sans rappeler d’autres titres au propos déjanté ; par exemple « Le lézard lubrique de Melancoly Cove » de Christopher Moore. Mais il manifeste une maîtrise globale du récit un sacré cran en-dessous. Pour tout dire, l’écriture est hachée, pour ne pas dire syncopée. On se laisse gagner inexorablement par une forte impression de foutoir qui irrite à la longue. On n’arrive pas à se départir du sentiment tenace que le fil directeur de l’intrigue n’existe pas, que la cohérence de la narration n’est pas la préoccupation principale de l’auteur ; ce que confirme d’ailleurs une postface intitulée générique, où celui-ci révèle les sources très hétérogènes de son expérimentation littéraire.

Bref, « Guerre aux humains » promet plus qu’il ne donne. Reste quand même quelques descriptions d’une nature qui reste merveilleuse malgré les déprédations de l’humanité. Mais qu’est-ce que la nature sans le regard de l’homme pour la contempler ?
 
Dommage. Peut-être « New Thing » de Wu Ming 1 est-il plus engageant ? C’est en tout cas, ce que laissent penser certains échos plus positifs…
Affaire à suivre comme on dit.

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« Guerre aux humains » [« Guerra agli umani », 2003] de Wu Ming 2 - Edition Métailié - Bibliothèque italienne, 2007 (traduit de l'italien et présenté par Serge Quadruppani)

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commentaires

Epikt 28/01/2008 12:38

Mince... ces bouquins me tentaient bien (éditeur cool + pseudonyme sinoisant, rien de tel pour me faire tomber dans un piège !), mais à présent ils risquent d'attendre un peu plus longtemps...

yossarian 29/01/2008 18:42

Pour se consoler, iI reste le roman de Wu Ming 1.A condition évidemment d'aimer le jazz.