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  • : Grand lecteur de romans noirs, de science-fiction et d'autres trucs bizarres qui me tombent sous la main
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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 17:51

     Une fois n'est pas coutume, je vais causer de SF sur ce blog.

 

     ...

 

     (Soupir de consternation)

 

     ...

 

     Ahem...

 

     Guide de lecture, digest, étude, dictionnaire, essai abondent sur le sujet apportant leur dose d'informations sur un genre qui reste en marge, malgré les efforts d'élucidation et de vulgarisation. On glose, on débat, on analyse, on assassine d'une sentence se voulant définitive et pourtant rien n'y fait. La SF reste mal-aimée dans l'Hexagone. La faute aux tenants de la culture officielle pour qui elle confine à l'amusement puéril quand elle n'est pas une preuve d'échec (dixit Angelo Rinaldi). La faute aussi aux défenseurs du ghetto (le fandom) arcbouté dans une posture d'enfermement, souvent agressive (logique du pré carré).

     On aboutit ainsi à une situation paradoxale. La SF contamine de plus en plus la littérature, entrant en quelque sorte par la porte de derrière. Pourtant, on ne la nomme pas. Bien au contraire, on biaise, on contourne, on trie le bon grain de l'ivraie. Tel ouvrage est de la pure SF. Tel autre n'est qu'une pâle copie. Bizarre...

     Venu des marges, c'est-à-dire de Suisse (ne m'en voulez pas amis helvètes), François Rouiller ne s'embarrasse pas avec ces guerres picrocholines. Avec cet ouvrage, il lorgne même vers le grand public, lui proposant un guide à la fois facétieux et sérieux sur la SF

 

     Au-delà des habituelles tergiversations, 100 mots pour voyager en Science-Fiction est doté de qualités qui risquent de le propulser parmi les incontournables du genre. L'ouvrage peut être lu par les profanes, le public cible il me semble, mais également par les connaisseurs.

     L’approche de François Rouiller se veut totale, englobant sous le terme de « culture SF », les diverses manifestations de la science-fiction dans les médias, l’art, le cinéma, la musique, la bande dessinée, les jeux vidéo, les croyances… Un angle d'attaque également subjectif, sans être complètement gratuit, méthodique, sans être psychorigide. Avec une grande liberté dans ses choix et dans son ton, François Rouiller explicite le sens de son projet. Une table, un index et une conclusion viennent compléter et renforcer la rigueur de son travail.

 

     100 mots pour voyager en Science-Fiction n'est une analyse exhaustive ayant pour objectif d'épuiser son sujet d'étude. Les spécialistes y pointeront sans doute les manques inhérents à leurs marottes tandis que les fans déploreront l’absence de leur auteur/œuvre fétiche.

     Une trame de 100 mots s’étalant de ADN à Zut (François Rouiller est facétieux, je l’ai déjà dit) sert de fil directeur. L’esprit présidant au choix de ces mots n’est pas celui qui guide habituellement les auteurs d’encyclopédie ou de dictionnaire. On ne trouve ainsi aucune entrée sur un nom d’auteur ou sur un thème science fictif particulier et les seules concessions à la forme sont les entrées Concentré et Guides proposant pour la première, une micro bibliothèque idéale de 56 titres et pour la seconde une liste d’ouvrages de référence en français et en anglais, accompagnée d’un bref recensement des sites consultables sur Internet.

     Pour le reste, l’auteur rend compte et analyse, dans de courts articles synthétiques et avec des exemples judicieusement choisis et exploités les principaux thèmes, clichés et motifs de la « culture SF ». Ainsi, le lecteur est libre de découvrir celle-ci de la manière qui lui plait. En picorant au hasard en dilettante, en respectant méthodiquement l’ordre alphabétique, en naviguant au fil des entrées proposées à la fin de chaque article.

     Signalons au passage que l’ouvrage de Rouiller recèle quelques perles savoureuses. Par exemple, dans l’article rédigé sous l’entrée Rumeur ou encore cette allusion – pêchée dans l’article Amateur – à l’analyse psychanalytique très sérieuse de Alexandre Hougron (« Science-fiction et société », collection Sociologie d’aujourd’hui, PUF, 2000) qui présente les lecteurs de Science-fiction comme « de jeunes hommes, tous relativement immatures, et, pour certains, peu doués et mal à l’aise dans toute forme de communication » et le même d’ajouter : « ils sont la preuve vivante que la fascination croît de manière proportionnelle avec le refoulement. »

 

     Bref, si vous êtes définitivement allergique aux ouvrages théoriques à la formulation académique, si vous dédaignez les guides de lecture routinier, les dictionnaires et les encyclopédies raisonnés trop raisonnables, le livre de François Rouiller offre une alternative décomplexée, distrayante et érudite afin de découvrir ou de redécouvrir la Science-fiction. Un livre dont l’objectif avoué est de donner envie, ce qu’il réussit pleinement.

 

100-mots.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

100 mots pour voyager en Science-Fiction de François Rouiller - Les Empêcheurs de penser en rond, 2006

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