Samedi 28 avril 2012 6 28 /04 /Avr /2012 09:51

 

     Souriez, c'est du pulp.

 

     Accoudé à un bar de l'aéroport de Philadelphie, Jack Eisley reconsidère son passé d'un œil désabusé. L'heure tardive incite au bilan, à l'examen de conscience. Un moment de pause avant le grand bouleversement à venir. Jack rencontre le lendemain matin son ex-épouse et son avocat, un as du barreau qui compte bien accrocher ses couilles à son tableau de chasse. Jack ne nourrit aucune illusion sur ce point : il va se faire écharper. En plein jet-lag, il noie son spleen dans la bière en attendant de regagner sa chambre d'hôtel.

     Assise sur le tabouret d'à côté, une blonde l'accoste à brûle pourpoint. S'engage alors une conversation surréaliste. L'inconnue affirme avoir empoisonné le verre qu'il achève. Une toxine mortelle dont elle possède le seul antidote et qu'elle se propose de lui administrer s'il passe la nuit en sa compagnie. Flairant l'arnaque, Jack éconduit la belle. Quelques heures plus tard, vomissant glaires et sang au-dessus des toilettes, il peste contre sa méfiance. Pourquoi a-t-il décliné l'offre de la blonde inconnue ?

 

     Dans le genre bigger than life, The Blonde s'impose comme une réussite. Le roman de Duane Swierczynski ne s'embarrasse pas d'un préambule besogneux. On embarque direct au cœur de l'action, au côté de la fine fleur des archétypes de la littérature populaire, autrement dit ces pulps auxquels l'auteur rend un hommage appuyé. Femme fatale en fuite, pauvre type poursuivi par la malchance, tueur au service d'une agence gouvernementale ultra-secrète, l'auteur ne ménage pas ses effets. Il ne craint pas non plus la surenchère et imprime à son histoire un rythme d'enfer, ne relâchant le lecteur qu'épuisé, un sourire comblé au coin des lèvres.

     Avec The Blonde, tout est énorme. L'intrigue est marquée du sceau de l'extravagance. L'auteur fait appel au registre du burlesque pour animer son récit. Bagarres, cascades et situations abracadabrantes se succèdent, l'espace d'une nuit, comme une folie douce perturbant les recettes d'écriture du thriller. Duane Swierczynski bouscule les conventions du genre, inoculant une forte dose de dinguerie et d'humour noir, sans se soucier un seul instant de la vraisemblance des événements. Et le lecteur suit, voire même court, happé par le tempo de cette course-poursuite mâtiné d'un complot technoscientifique, conquis par la frénésie généreuse des personnages.

 

     Au final, The Blonde est emblématique de cette littérature s'inscrivant de plain pied dans les genres et qui pourtant s'en amuse avec une impertinence potache.

 

     Affaire à suivre avec A toute allure, nouvel opus de Swierczynski qui en réalité précède The Blonde. L'édition, parfois, c'est bizarre...

 

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The Blonde - Pulp de Duane Swierczynski - Edition Payot, collection Rivages/Noir, 2010 (Roman inédit traduit de l'anglais [Etats-Unis] par Sophie Aslanides)

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Dimanche 22 avril 2012 7 22 /04 /Avr /2012 15:11

       Dans le domaine de la politique-fiction, Jihad s’impose naturellement comme une référence lorsqu’il s’agit d’évoquer les relations troubles et troublantes entre la France et l’Algérie. Le thriller de Jean-Marc Ligny, qui se voulait également un avertissement adressé au présent hexagonal [de l’époque], avait le mérite d’être diablement efficace. 

     Mais c’est aller vite en besogne et oublier que Jean-Pierre Andrevon avait, presque une décade auparavant, abordé ce même sujet avec Sukran, roman jadis édité dans la collection Présence du futur. Fort heureusement, Folio SF vient opportunément nous rafraîchir la mémoire.

 

     Dans un futur pouvant être le nôtre mais qui ne le sera pas exactement – le 11 septembre 2001 et la guerre en Irak étant passés par là –, l’Europe se remet lentement de l’échec cuisant de sa croisade contre l'Islam, expédition s’étant achevée lamentablement dans les sables brûlants du Moyen-Orient.
     Roland Cacciari est ce que l’on appelle un démo. Comprendre un ancien combattant du choc des civilisations que les idéologues et les politiques se sont empressés d’oublier, puis d’abandonner dans la dèche. Une victime banale de la géopolitique, comme il a coutume de se le dire, à défaut d’être un dégât collatéral plus médiatique.

     Depuis sa démobilisation Roland vivote à Marseille, la première ville arabe de France. Partagé entre un passé traumatisant sans gloire et un quotidien clochardisé, il tasse la semelle, avec son guitarion, squattant la terrasse des rapid-food des beaux quartiers marseillais. Il joue ainsi l’aubade aux friqués, guettant le remord tardif d’une de ces sempiternelles bonnes consciences blanches. Simple quidam, homme d’affaires, touriste ou Arabe plein au as, devenu plus blanc que blanc par la grâce du portefeuille, à vrai dire peu importe. Les pétros n’ont pas d’odeur.
      Suite à une rixe, Roland fait la connaissance de Potemkine et de ses Chevaliers de Saint-Georges. Sympathie mutuelle, fraternité née du combat, toujours est-il que le courant passe immédiatement entre les deux hommes, et le mastard ne tarde pas à présenter Cacciari à Eric legueldre, le richissime patron de l’entreprise Electronic Nord-Sud. De fil en aiguille, Roland se trouve mêlé à une opération de déstabilisation visant la Fédération panislamique.

     Il aurait dû se rappeler cet à-peu-près aphorisme : si tu ne t’intéresses pas à la géopolitique, par contre elle, s’intéresse toujours à toi.


     Sukran est un court roman [296 pages] implacable, au style incisif et ironique. Jean-Pierre Andrevon ne fait pas dans la nuance. Il ne temporise pas et ne s’embarrasse guère d’état d’âme. Il pose son cadre, le peuple avec des personnages stéréotypés, puis ouvre le feu. A la mitrailleuse lourde, cadence maximale. Et il fait mouche.
     A vrai dire, on s’amuse énormément à la lecture de ce roman. On se réjouit de cet humour caustique qui passe souvent aux yeux des tièdes pour du nihilisme pur et simple.

     On jubile en goûtant le phrasé dynamique, les trouvailles langagières et les images joliment tordues d'un auteur inspiré.

«  on a filé vers l’ouest, sous le rose dégueulis du ciel » ou encore «  l’eau était tout près, visqueuse et noire, sans lune pour la poudrer de poésie.  »

 

     Du côté des personnages, il faut se contenter d’une psychologie réduite au strict  minimum. Que ce soit Cacciari le démo courageux, Potemkine le leader des Chevaliers de Saint-Georges - en fait, des néo skin-heads -, l’industriel raciste Eric Legueldre et sa femme Sylvina lourdement nymphomane...  Tous se définissent par et dans l’action. Mais peu importe cette absence de profondeur, rappelez-vous : cadence maximale...
     Quant à l’intrigue, découpée en trois parties [Vigile - Chef de la sécurité – Taupe], elle apparaît à l’image des personnages : linéaire, sans concession, mais sans temps mort et surtout assumée avec talent et énergie par l’auteur.

     Reste l’aspect anticipatif. Il ne faut évidemment pas lire Sukran comme un roman prospectif. Il faut plutôt y voir un texte délicieusement libertaire et joyeusement irrévérencieux, doté d’une ambiance empruntant au moins autant à la politique qu’aux mauvais genres, cyborg, savant fou et zombies kamikazes compris. La Fédération panislamiste imaginée par Jean-Pierre Andrevon a un aspect joliment anachronique à l’heure de la balkanisation de l’Islam suite aux coups de boutoir des révolutions arabes, de l’intégrisme et des États policiers corrompus. La faute à la géopolitique, encore...

 

     A l’instar du Travail du furet, disponible également en Folio SF, Sukran s'avère un excellent roman de série-B, s'achevant quand même sur une touche d’humanité.
Jean-Pierre Andrevon va-t-il finir par faire mentir ses détracteurs le présentant comme un gauchiste-écolo râleur et nihiliste ?


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Sukran de Jean-Pierre Andrevon – Réédition Folio SF, 2008

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Dimanche 15 avril 2012 7 15 /04 /Avr /2012 16:05

     On la cherche, on la traque et pourtant jusqu’à présent elle nous échappe, comme une savonnette qui parfois nous revient sur le coin du crâne, sinistre rappel de notre condition humaine. De qui ou de quoi s’agit-il ? De l’intelligence bien sûr...
     Pourquoi un jour, du bourbier primordial, a surgit cette improbable espèce, réputée douée de raison, et qui par la suite a étendu sa civilisation à l'ensemble de la Terre et bientôt, peut-être (qui sait ?), s'élancera vers d’autres mondes... Je parle, vous l’avez compris, de l’Homme.
     Dans les cercles informés et bien pensants, on cherche désespérément la réponse. On s’affronte, on s’étripe, on s’allie pour déterminer l'Origine de tout. Du Tout.
     C'est « Dieu ! » a-t-on affirmé pendant très longtemps. L'explication, tombée pendant un temps en désuétude, regagne du terrain.
     C’est l’évolution a-t-on proclamé ensuite de manière plus scientifique, non sans provoquer l'indignation des déistes.
     Cependant, un autre participant s’avance et il semble avoir son mot à dire. Écoutons donc ce que nous propose la fiction spéculative.

« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et la puissance de la Mort n’aura pas de force contre elle. »


     Beaucoup d’encre et de sang ont coulé sur l’interprétation de cette citation. Crêpage de tonsures chez les exégètes, schismes, hérésies et croisades en pagaille...

     Vérité cachée, une réponse définitive semble encodée dans un rouleau apocryphe. Un secret perdu dans les Monts Tian Shan vers 628, lors de la fuite de religieux nestoriens. À qui profite cette disparition et quelle vérité inavouable est couchée sur le papyrus ? Ces questions tombent rapidement dans l'oubli car la véracité du texte « sacré » suscite moins l'intérêt de l'Église que le pouvoir qu'elle cherche à pérenniser.

     L’histoire secrète de la foi où le thriller haletant, voire éreintant (une danbrownerie), ne sont pas le cœur du roman de Jean-Michel Truong, bien au contraire l'auteur franco-vietnamien se livre ici à un exercice de fiction spéculative extrêmement stimulant.
      Passé les chapitres d'exposition, d'une nature disons plutôt historique, Truong opte pour l'enquête, avec comme fil directeur cette bulle de Pierre, texte apocryphe cataclysmique pour l'Église et peut-être pour l’espèce humaine. Nous franchissons ainsi allégrement les siècles et nous retrouvons en 2032.

     A cette époque, le monde vit à l’âge du grand Renfermement. Plus qu'une doctrine, il s'agit d'une nouvelle organisation sociétale. Mise sous cocon, si nécessaire de manière forcée, l’immense majorité de la population doit se soumettre au principe du « zéro contact ».
      Rassemblés dans des ensembles pyramidaux vertigineux, les cocons offrent tout le confort et le bien être d’une société moderne. Les larves (comprendre les humains encapsulés) communiquent et échangent des services via le Web afin de payer l'entretien de leur cocon et son niveau de confort. La reproduction s’effectue désormais in vitro et des programmes informatiques sont chargés d'éduquer la jeunesse. La sociabilité est désormais complètement virtuelle, entre amis, et lorsqu'elles souhaitent entreprendre des relations sexuelles, les larves ont à leur disposition un pelochon, une interface tactile ressemblant à une poupée gonflable améliorée. Le meilleur des mondes en quelque sorte.
      Les seules exceptions à la règle du « zéro contact » vivent dans des cités sous globe. Les Imbus, décideurs économiques du Pacte de Davos et leurs chiens de garde institutionnels dirigent le monde avec la bénédiction du Vatican jouissant des mêmes privilèges pour d’obscures raisons...
 

 

     Le propos de Jean-Michel Truong semble donc nettement politique. L’auteur met en scène la logique ultra libérale qui prévaut dans son avenir, en évitant d’adopter un discours militant trop appuyé. Toutefois, il se montre un peu plus ambitieux et ne se cantonne pas simplement au champ de la dystopie.

     Sous un angle philosophique et scientifique, Truong spécule sur des sujets aussi variés que l’intelligence, la conscience, les relations humaines via le Web, le devenir de l’Homme, le rapport Homme/Machine et j’en passe…

     Ce foisonnement des thèmes n’apparaît pas superficiel, ni tape à l’œil ou ennuyeux. Il ne s’impose pas au détriment du récit qui reste passionnant de bout en bout. Concentrée sur le personnage de Calvin, la fiction distille les révélations et les rebondissements en un crescendo ne se relâchant guère.

     Né en cocon, le jeune homme appartient à une communauté virtuelle de six autres personnes : ses amis. Jusqu’au jour où l’un d’entre-eux se suicide. L’événement bouleverse sa vie bien rangée. Il l'amène à se poser des questions. Et comme il n’est pas dépourvu de certains talents en matière de piratage informatique, Calvin va effectuer quelques recherches. Ainsi de fil en aiguille, son enquête fait éclater son cocon de tranquillité et lui révèle que le Web disloque plus qu’il ne lie...

 

     Bref, je ne saurais trop recommander la lecture de ce Successeur de pierredont la réédition chez Folio SF me paraît particulièrement bienvenue. Et s'ils souhaitent mieux comprendre cette fin de l'Homme dans l'intérêt de l'Intelligence, j'invite les éventuels curieux à approfondir la thématique de Jean-Michel Truong en consultant son essai Totalement inhumaine. Du grain à moudre pour les neurones...

 

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Le Successeur de pierre de Jean-Michel Truong – Réédition Folio SF, juin 2012

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Vendredi 13 avril 2012 5 13 /04 /Avr /2012 17:21

 

     Sans doute est-ce mon côté pessimiste qui resurgit, mais j'aime lire des romans catastrophes. Les fins du monde m'enchantent, me faisant dresser le poil sur le dos des mains, et pour tout dire m'amusent. Un plaisir coupable contrebalancé par des récits post-apocalyptiques, histoire de voir comment les survivants retombent rapidement dans leurs pires travers, cause des malheurs de leurs prédécesseurs. Décidément, je ne suis pas sortable...

 

     À l'instar de leurs cousins anglo-saxons, les francophones n'ont pas à rougir de leurs recommencements. Une bibliographie abondante est là pour en témoigner. L'autoroute sauvage de Julia Verlanger (pas encore lu), Blue de Joël Houssin, Malevil de Robert Merle, La Forêt d'Iscambe de Christian Charrière (un roman méconnu à lire absolument), Spinoza encule Hegel du bien aimé Jean-Bernard Pouy, Le Monde enfin de Jean-Pierre Andrevon et j'en oublie sans doute, faisant notamment l'impasse sur la bande-dessinée.

On le voit, la veine post-apocalyptique est riche de promesses, de mondes retournés à la jachère où les survivants de l'humanité s'échinent à rebâtir une civilisation viable.

     Un mot maintenant de ma dernière trouvaille : L'Ombre dans la vallée de Jean-Louis Le May, rééditée par Les Moutons électriques, un roman post-apo méridional qui fleure bon la sauge, le thym et la chair carbonisée.

 

     Un paysage de fin du monde conquis par une nature exubérante. Des collines colonisées par le maquis, une végétation inextricable de cactus, d'aloès, de chênes verts et d'autres essences méditerranéennes. Des myriades de papillons, de mouches, de taons qui sucent, piquent et harcèlent sans répit les rares voyageurs. Peu de mammifères et plus du tout d'oiseaux. Ne reste guère que quelques mulets, des chèvres tenaces et les survivants d'une humanité retournée à un état de sauvagerie, accrochée aux ruines de leurs villes, au bord d'une mer empoisonnée.

     Triste tropisme.

     La Puta Chavanassa a balayé la civilisation des consoms, ne laissant derrière elle que des vestiges. La Cité, champ de décombres en proie à la guérilla. La Citadelle, refuge inexpugnable de l'Ordre. Une route, long ruban de goudron gris, trait d'union entre la Cité et les communautés rurales du Pays Haut. Et un viaduc dressant son arc un tantinet délabré entre les deux versants de la vallée.

     Entre la Cité et le Pays Haut s'étend le maquis, territoire où les clans de barounaires ont pris l'habitude de se défier. Mobs couchés sur leurs biclos vrombissants, Drags aux mœurs barbares, Véloces aux cuisses tannées par le soleil et Caisses sans cesse en quête de carbur.

     Sous le regard des Réguliers de l'Ordre et de Barba Ammoun, une jeunesse sauvage s'épuise en de vaines joutes, à la recherche du frisson de la mort et de chair humaine à maltraiter ou à manger. Si les Réguliers ne craignent pas les barounaires, ils se méfient davantage de Barba Ammoun dont l'expérience et la ruse ont contribué à forger la réputation. Une réputation s'étendant sur sa compagne et sur ses enfants Angélique et Pascaou, les yeux et les oreilles du vieux en quelque sorte. Une expérience qui se paie au prix fort. Et malheur à celui qui cherche à truander ou à faire du tort au Barba. Il a tôt fait de finir sous les crocs de ses molosses ou fusillé par le vieux lui-même.

 

     Attachons-nous d'abord aux faits. Cette réédition Des Moutons électriques se compose de deux courts romans qui se suivent chronologiquement. Pour information, L'Ombre dans la vallée et Le Viaduc perdu s'inséraient à l'origine dans un ensemble plus vaste de six volumes appelé « Chroniques des temps à venir ». Une sorte d'histoire du futur où l'auteur ne se montre guère enclin à l'optimisme.

     Soyons maintenant subjectif. Même si j'ai apprécié l'atmosphère du roman, empreinte d'une certaine poésie et d'un lyrisme à la Giono, même si le mélange de paillardise, de violence et de gouaille déployé par Le May fonctionne très bien, je n'ai pu m'empêcher de trouver le temps long. Une impression de délayage, certes pas désagréable, mais qui finit par assoupir un tantinet. Fort heureusement, l'ensemble se lit rapidement compte tenu de la longueur (environ 250 pages pour les deux romans). Mais en même temps, je ne suis pas certain que ceci constitue une qualité...

 

     Bref, je ne recommande pas vraiment cet ouvrage. Pas sûr qu'il s'agisse d'un indispensable, à moins évidemment d'aimer les fins du monde et les éternels recommencements.

 

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L'Ombre dans la vallée de Jean-Louis Le May – Editions Les Moutons électriques, janvier 2012 (réédition se composant des romans « L'Ombre dans la vallée » et « Le Viaduc perdu »)

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Mardi 10 avril 2012 2 10 /04 /Avr /2012 18:08

 

     Alain Gluckheim a vécu des jours plus excitants, une jeunesse passée à 100 km/h, au son des guitares saturées, la drogue et l’alcool en abondance. Des années d’excès, des souvenirs à foison. Depuis, l’ex-parolier des Mona Toys, Glucose pour les intimes, celui que les fans surnommaient le crazy poet du Trocadéro, goûte la tranquillité d’une vie rangée, écrivant des polars et ployant l’échine devant les diktats de son éditeur. Il faut bien que jeunesse se passe...

     Partageant les maux de nombreux citadins – stress, neurasthénie, hypocondrie – la quarantaine, de petite taille, il subit plus qu’il ne vit. Son quotidien s’organise autour de deux pôles : son appartement et une épouse japonaise internée en hôpital psychiatrique pour y soigner une dépression aigüe, nommée syndrome de Paris par les spécialistes. Bref, les perspectives d’avenir apparaissent bouchées. Restent les souvenirs, la nostalgie et quelques fâcheux pour vivre à son crochet, voire pour l’embarquer dans des plans foireux. Et l’ombre de Mona Granados...
     L’égérie du groupe hante, pour ainsi dire, Alain depuis son séjour au Japon et depuis que l’on a retrouvé le cadavre de la jeune femme dans la Seine. Un corps dépourvu de tête, de mains et de pieds. De quoi donner de la substance aux rumeurs qui la prétendent vivante. De quoi renouer avec le passé.

 

     Graphiste, dessinateur, photographe, réalisateur et écrivain, Romain Slocombe cumule les talents d’un touche-à-tout et un goût affirmé pour les déviances. Publié à la « Série noire » en 2000, il se fait connaître du public accoutumé au polar avec la série de La Crucifixion en jaune. Passé chez « Fayard noir » en compagnie de Patrick Raynal, il y entame un nouveau cycle : L’océan de la stérilité. Entretemps, il contribue au Poulpe et publie de nombreux livres, romans pour la jeunesse et albums de photographies.

     Dédié au groupe Bazooka auquel il a collaboré, et à Jean-Pierre Dionnet, L’Infante du Rock rend aussi hommage à Paris. Le roman peut se lire comme une déclaration d’amour pour la capitale. Ses places, ses boulevards, ses quartiers animés, ses lieux de convivialité servent de cadre aux pérégrinations de Glucose, et l’on sent poindre l’affection – qui sait, le vécu – de l’auteur pour tous ces lieux. Ce Paris n’est pas celui que photographient les hordes de touristes, harcelées par les rabatteurs et en proie aux plaisirs vulgaires. Ce n’est pas davantage celui des beaux quartiers sécurisés. C’est un Paris des marges, ou plutôt en marge, historique, connu des seuls habitués ou de ceux qui l’ont gravé dans leur mémoire. Pourtant cette acception de la capitale prévaut, gâtant le paysage d’Alain Glukheim.

     Bâtie à la manière d’un puzzle, l’intrigue alterne le présent – l’incertitude demeurant sur l’année exacte – et le passé intime de Glucose, déroulé comme le fil d’une pelote. L’atmosphère oscille entre noirceur et humour amer, ultime politesse rendue par un narrateur désabusé. Toutefois, c’est bien la nostalgie qui imprègne le récit, faisant de Alain Glukheim un personnage attachant, souvent pathétique, mais au final humain.

     Au fil de l’histoire, on retrouve les thèmes habituels de Slocombe. Sa grande connaissance du Japon et de sa culture – un peuple d’une gentillesse désarmante – de l’art contemporain, de la musique et de l’Histoire, nourrissent le roman, lui conférant un parfum d’authenticité. Son sens du rythme et de l’intrigue contribuent à rendre l’enquête et l’errance de Gluckheim passionnante de bout en bout.

 

Bref, tout ceci est bon et il serait dommage pour les amoureux de Paris comme pour les amateurs de polars de négliger ce titre. Avis aux amateurs.

 

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L’Infante du Rock de Romain Slocombe - ÉD. PARIGRAMME, COLL. « NOIR 7.5 », NOVEMBRE 2009



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